Un Etat chef d’orchestre : qui écrit la partition ?

Un Etat chef d’orchestre : qui écrit la partition ?

 

Dans le dernier « Rapport d’information » sur l’ « organisation de la santé mentale » (http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i2249.asp),

je tombe rapidement en page 4 sur cette métaphore : « un Etat chef d’orchestre, aménageur et régulateur ».

En filant la métaphore, tout est dit ! On ne trouve pas mention de la partition d'orchestre à jouer, qui l’a donc écrite ? Alors je crains qu’il n’y en ait pas, comme presque toujours actuellement, quand l’idéologie devient un gros mot, et que la pensée est réduite à des procédures et des chiffres.

Et quand, en Politique, les mots comme pré pensés, éculés tiennent lieu de réflexion, le questionnement s’absente du fait du langage délité…

 

Mais voilà, il y a des textes qui relancent le questionnement, et je voudrais partager ce plaisir de lire, relire Georges Orwell.

Dans Politics and the English Language (https://canvas.santarosa.edu/courses/26020/files/929256), un texte de 1946, on trouve l’introduction suivante que j’ai traduite en français :

 « La Politique et la langue anglaise

La plupart des gens qui se préoccupent de ce sujet auraient tendance à admettre que la langue anglaise est sur un mauvais chemin, mais on suppose généralement que nous ne pouvons rien y faire par une action consciente. Notre civilisation serait décadente, et notre langage (c’est l’argument qui va avec), doit inévitablement partager cet effondrement général. Il s’ensuit que toute lutte contre les abus du langage serait un archaïsme sentimental, comme de préférer la bougie à l’électricité, ou la voiture à cheval à l’avion. Sous cet argument, on trouve la croyance à demi consciente que le langage est dans une évolution naturelle (est de nature), et non un instrument que nous façonnons selon nos propres desseins.

Maintenant, il est clair que le déclin d’une langue (d’un langage) doit en fin de compte avoir des causes politiques et économiques : il n’est pas dû simplement à la mauvaise influence de tel ou tel individu qui écrit. Mais un effet peut devenir une cause, renforçant la cause originelle et produisant le même effet d’une manière plus intense, et ainsi de suite à l’infini. Un homme peut se mettre à boire parce qu’il se sent un raté, et tomber encore plus bas parce qu’il boit. C’est un peu ce qui arrive à la langue anglaise. Elle devient laide et imprécise parce que nos pensées sont stupides (foolish), mais le laisser-aller de nos pensées, leur négligence rend plus facile d’avoir des pensées stupides.

Mais il faut dire que ce processus est réversible. L’anglais moderne, particulièrement l’anglais écrit est plein de mauvaises habitudes qui se répandent par imitation et qui peuvent être évitées si on veut s’en donner la peine. Si on se débarrasse de ces habitudes, on peut penser plus clairement, et penser clairement est un premier pas nécessaire pour une régénération de la politique : ainsi la lutte contre le mauvais anglais n’est pas une chose futile et n’est pas la préoccupation des seuls écrivains professionnels.

Je vais y revenir plus bas, et j’espère que ce que j’ai dit deviendra plus clair. »

 

Je vous propose de continuer la traduction, petit à petit, et si d’autres veulent s’y mettre, une sorte de travail d’équipe, pourquoi pas ?

 

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