Ce que j’ai vu au Trocadéro, c’est ce qu’on appelait la curataille. Je n’ai pas trouvé le mot dans le dictionnaire et il a peu d’occurrences dans Google. C’était un mot qui désignait les plus riches que nous. Ils allaient à la messe et portaient des vêtements plus coûteux que les nôtres. Ce n’était pas tant une affaire de religion que de distinction sociale.

Dans un innocent amalgame, nous les prenions pour des soumis ridicules, des patrons, des arrogants, des petits puissants, mais nous savions qu’ils étaient à craindre, qu’ils ne voulaient pas notre bien. De ce fait, les stigmatiser en les nommant « curataille » n’était pas le signe d’une haine, nous ne faisions que nous défendre. Les pauvres se moquent des riches, les petits des grands parce que les riches et les grands sont des dangers pour les pauvres et les petits.

A présent, si l’on se moque de X, il faut se moquer de Y à la même hauteur. « Cinq minutes pour la Shoah, cinq minutes pour Hitler » et les journalistes seront bien gardés. Pourquoi ai-je la conviction que moquer Pénélope Fillon n’équivaut pas à moquer une mendiante ? Cela semble évident, au cinéma mais il ne fait aucun doute que le vrai Daniel Blake est transparent pour les distributeurs de récompenses. Dans la vie réelle, le seul mot de vieux, et plus encore quand il est au féminin, suffit à provoquer le ricanement sur TMC avant 20 heures.

Donc, la curataille… Je les ai vus dépenser des trésors d’énergie à aller soutenir leur cupide et riquiqui leader, piètre sire qui ne se bat que pour affaiblir les faibles. C’est dégoûtant de voir cet homme appeler combat un acharnement qui consistera à faire payer les petits. C’est dégoûtant de voir cette curataille se rebiffer comme un peuple. Que leur faut-il encore ? Qu’aurait-on lu sur leurs pancartes s’ils n’avaient été obligés de ne brandir que des drapeaux ?

Celui qui dirait, façon de parler, « Allez, on va vous en débarrasser, ce cette curataille », celui-là me paraîtrait meilleur humain que le Trocadéro tout entier.

 

 

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