Il ne m’est Charlie que de Lançon.

Depuis qu’ils sont morts, je suis abonnée. Je me suis bien ré-habituée : la couverture, la dernière page, le journal sur la table comme lectures pour la semaine.

Après, c’est l’effet barquette aux marrons dans le frigo, tu n’y penses pas vraiment mais tu es contente et tu te demandes pourquoi et mais oui, bien sûr, il y a la barquette aux marrons pour quand ce sera le bon moment. L’article de Philippe Lançon, c’est ma barquette aux marrons.

Je me suis mise à aimer son personnage, avec tout le mauvais superficiel facile de cet amour. Il était là quand ça s’est passé, au champ d’un honneur qu’aucun d’eux n’aurait reconnu, il est blessé et ça dure longtemps, ses soins, il a mal, il en fait part. Quand il parle d’autres sujets, il les traite de sa place.

Je me suis mise à aimer son malheur, le ton qu’il a pour en parler, sa recherche d’intelligence, comme en analyse. J’aime la tristesse qu’il ne vise pas à rétrécir et qu’il habille pour nous la donner à voir décente. J’aime qu’il endosse la lucidité et ses impudeurs élégantes.

Je me suis mise à croire qu’il avait vécu en un seul moment ce que nous vivons tous et qui nous laisse avec la nostalgie anthropologique de notre condition.

Je me suis mise à penser que ce qu’il écrivait avait la force de ce que c’est qu’être au monde, comme si son aventure lui conférait une place de laquelle on ne peut plus dire de conneries.

 

Il me reste à espérer qu’il ne détesterait pas ce que je dis là.

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