Comment ma grand-mère basque a appris à nager.

Elle était née en 1900, dans une famille de huit enfants. Son père avait une barque qui lui servait à ramasser le bois mort dans la Bidassoa, fleuve frontalier entre la France et l’Espagne. Elle racontait comment ce père apprenait à nager à ses enfants : le jour de leurs sept ans, il les mettait dans la barque, attachait une corde sous leurs bras et les jetait à l’eau, lui se mettant à ramer en retenant la corde. Aucun ne s’est noyé. Je crois que ma grand-mère savait nager mais je ne l’ai jamais vu prendre le moindre bain de mer.

J’ai l’impression d’avoir grandi dans un monde où il ne serait venu à l’idée de personne que c’était cette façon d’apprendre qu’il fallait promouvoir.

J’ai l’impression que je vieillis dans un monde où cette façon d’apprendre -non seulement elle mais encore ce qu’elle suppose de la vision de la vie et de la vie des autres- est, par volonté ou par incurie, promue.

Par ceux qu’elle fait rire et qui n’y voient pas de mal. Par ceux qui pensent que seuls les méritants s’en sortent. Par ceux qui expliquent que la dette en sera réduite tant la méthode est peu couteuse. Par ceux qui floutent le visage de la fillette pour pouvoir passer la vidéo. Par ceux qui en analysent longuement et savamment le contexte sans conclure parce qu’il n’y a pas lieu de choisir un camp. Par ceux qui jugent qu’on a autre chose à faire que de s’occuper de ça.

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