Fausses nouvelles ou faux raisonnements ?

Ce n’est pas tant les fausses nouvelles que les faux raisonnements que nous subissons.

J’entends M. Véran, pour parer à la critique du faible nombre de vaccinations : « On ne peut pas vacciner tout le monde en un jour. » Nous y voilà. Le ministre répond comme si quelqu’un avait réclamé que tout le monde soit vacciné en un jour. En assignant le contradicteur à une pensée sotte, on le neutralise. C’est la reprise de la formule prêtée à Marie Antoinette : « Ils veulent du pain, qu’on leur donne de la brioche ».

Quel est le raisonnement qui a pu faire penser que parce qu’un pourcentage de Français étaient réticents au vaccin, on allait ne pas lancer une campagne de vaccination rapide et massive ?  Il aurait suffi, si la bonne foi était de mise, de tout organiser pour déjà vacciner 30 millions de personnes. Ce n’est pas ce qui a été préparé. On a fait semblant que le chien ne voulait pas de sa soupe pour expliquer qu’il ne voulait pas se nourrir.

Quant au comité tiré au sort, mis à disposition du gouvernement par cobayage statistique, tel un sondage d’opinion in vitro, in vivo… pour faire semblant qu’on écoute les Français alors qu’on veut juste savoir quoi faire pour se faire assez aimer d’un certain nombre afin d’être réélu…

On n’en finirait pas de relever ces défauts de raisonnement, diffusés dans le pays comme les lumières d’une boule à facettes.

Bien inséré dans des attaques au lexique, bien huilé par des tournures approximatives et généralisantes, bien masqué par des changements de discours, le défaut de raisonnement même le plus grossier est difficile à percevoir, fastidieux à démontrer, long à dénoncer.

Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas les ficelles qu’on ne subit pas la corde. Sauf qu’à ne pas voir les ficelles, à ne pas pouvoir identifier ce qui blesse, on risque de ne mordre que ce que l’on peut attraper. Si l’on a encore des dents.

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