« Celles z’et ceux », non merci.

Cela couvait, il ne l’a pas inventé, il n’est pas le seul à l’employer, le "celles z’et ceux existait avant lui". Sauf que l’on voit bien qu’il l’a mis à l’ordre du jour, comme un ordre en effet, à savoir que quiconque dira « ceux qui m’aiment prendront le train » passera pour un macho misogyne démodé et se fera reprendre : « celles et ceux qui m’aiment prendront le train ».

 On a pu observer, tout au long de la campagne, qu’il s’est calé l’expression dans les neurones et que cela n’a pas dû être facile au début : « ceux qui, euh, celles z’et ceux qui ». Comme il est rapide à la comprenette, il te me nous a intégré l’affaire, jusqu’à ne plus en pouvoir, si bien qu’il lui arrive de dire qu’il « fait partie de celles z’et ceux qui pensent que si ou ça », ce qui est une formulation proche de l’erreur. A présent tout le monde le fait (aïe, toute la monde aussi, alors).

Comme femme, quand j’entends celles z’et ceux, je me sens pointée du doigt, mise à part, spécifique dans une spécificité dont, justement, je ne souhaite pas qu’elle soit pointée à tout bout de champ. Ceux englobe et neutralise. Celles et ceux partage. Bref, dans toutes et tous j’entends moins nous tous que dans tous. Tous, c’est tous. Sans compter que pour celles et ceux qui ne sont ni des celles ni des ceux et celles et ceux qui sont à la fois des celles et des ceux, il faudra trouver à les nommer. Dans cinq ans ?

J’accepterais que l’on me dise que c’est subjectif, voire démodé, que la langue évolue, que les techniciens-ciennes de surface ne sont pas des femmes de ménage. Tout ce que je veux dénoncer, ce sont ces insupportables euphémisations performatives qui finalement mentent.

Le celles z’et ceux met les femmes au rang de celles (zut), de ce qu’il ne faut surtout pas oublier, dans le discours. Bien montrer que quand on pense ceux, on pense celles aussi, en plus, à côté, en note de bas de page. Et l’on se dit – de bonne foi ?- que se forcer à y penser va faire qu’on y pense. Une sorte de méthode Coué-couette. Les femmes comme « forget me not », comme ayant à être rappelées pour être appelées, les femmes comme une mention sur un post-it. Contingence, quand tu nous tiens. Le malheur, c’est que l’acquisition d’un syntagme par automatisation dans le discours ne suffit pas à faire opérer un changement mental. Ce que les paroles sont supposées traduire, elles risquent de ne faire que le singer.

Examinons donc les faits. Quand il a pioché dans son carnet d’adresses, il a mis les ceux aux grandes vraies premières places et les celles exactement en plus, à côté, en note de bas de page. Le nombre y est. Pas la place. Penser qu’il a essayé en vain est encore plus douloureux. En même temps, on le voyait, pendant la campagne, que les hommes étaient ses compagnons et les femmes, des celles, épouse, grand-mère, aide efficace, follasses qui chantent dans une voiture.

Alors ça va, monsieur, il peut parler le celles z’et ceux, bien dire ce qu’il veut, faire le contemporain tellement de son temps qu’il n’en peut plus, il remet le vieux monde sur le tapis, le vrai vieux monde, bien atavique, bien global, bien rangé. La transgression amoureuse, que l’on nous a vendue comme un rachat, n’est en réalité qu’un confort, une façon d’être tranquille avec la question des femmes, une fois pour toutes. Et tous, dirait-il.

A bon entendeur, salut. Je dis bien entendeur.


 

 

 

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