Christophe Dettinger, ce boxeur

J’ai revu les images de janvier 2019.

Il y a deux moments. Le premier montre cet homme, remontant une passerelle à la force de ses poings, contre un policier en casque et bouclier. C’est beau. Sa force et sa technique, sa manière de remettre son bonnet en place comme s’il ajustait un casque haut et lourd. Son avancée surtout, comme une danse, vers l’avant, vers l’avant, contre le bouclier autant que contre l’homme.  Il donne la forte impression que toute peur physique l’a quitté. Il est dans ses coups, il est dans ses poings, dans ses mollets, dans son torse qui vole. Il boxe dans sa ligne. L’autre recule. Un temps, le bouclier ne le protège plus, reste à peine la visière du casque. C’est la colère d’Achille qui le fait avancer.

On a par la suite, beaucoup parlé de la violence de ce boxeur, lorsqu’on l’a vu frapper à coup de pieds au sol, un policier. Les gestes ont perdu de leur lyrisme. Plus de ballet ni d’avancées aériennes et sautillées. S’il n’y avait pas la scène autour, où l’on perçoit nettement que le boxeur est seul de sa trempe et que les autres ont plutôt l’air de moustiques en débandade contre des bourdons carénés, si l’on ne voyait que lui, on dirait qu’il s’acharne sur un homme à terre. On oublierait que la force est du côté de cette armée de police qui a le bon droit, le droit, la loi pour elle, en plus de son armure. On plaindrait l’homme au sol, on honnirait celui qui le frappe.

Je lis que le boxeur vient de sortir de prison, qu’il est en sursis. Je ne sais pas qui il est ni quelle est sa devise. Je garde son combat en mémoire. Je retiens que le pouvoir a gagné, par policier interposé. Je voudrais que l’on mette les choses à leur place : le boxeur n’avait que ses poings. A l’aune des légendes, c’est lui qui était le faible - et qui va le rester -. C’est lui qui paie cher sa propre fureur. C’est lui qui était du côté des attaqués. C’est lui qui a, un court moment, transformé la défense en attaque. Pas l’inverse.

Les faibles ont le droit de se battre, à condition qu’ils perdent.

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