Il vient d’une école unique.

 

Ce qui nous frappe, c’est qu’il n’y connait rien, il ne connaît rien à notre travail.

Il a toujours le mot plus haut que ce que nous nommons : il appelle un chat un animal domestique, ou, plus souvent, un pet.

Il a l’air de vouloir tout changer, enfin pas exactement tout changer, il a l’air de vouloir supprimer. Nous ne mettons pas longtemps à comprendre qu’il n’est pas là pour nous ou pour notre travail, il est là pour réduire.

Nous constatons qu’il est un mandataire, pas vraiment un chef. D’ailleurs, il ne parle pas en son propre nom : à la moindre question, il répond qu’il n’y est pour rien, que c’est comme ça, que le monde a changé.

Son travail, à lui, c’est de supprimer : nos habitudes, notre organisation, nos tâches, nos préoccupations, nous.

Nous n’avons comme recours que de tomber malade.

Comme c’est un tortionnaire habile et bien outillé, pour chaque amputation il propose une prothèse.

Depuis qu’il est là, nous ne parlons plus de notre travail, nous nous disputons. Certains partent. Certains le rallient.

Ceux-là se mettent à expliquer qu’ils n’y sont pour rien, que c’est comme ça, que le monde a changé.

 

Bientôt, ils se retrouvent à cinq pour supprimer les deux qui restent.

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