« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant ». A. Rimbaud
Vision de Cassandre
11 septembre 2001
Matin d’azur lumineux, ciel de fin d’été en Normandie. Il est presque neuf heures. Aux quatre points cardinaux, jusqu’à l’horizon, clarté bleue sans limites.
Soudain, juste en face de ma route toute droite, en face de mes yeux, deux nuages, deux étranges nuages gris comme deux panaches de fumée. D’où viennent-ils ? Il n’y a point d’usine dans la vallée en cet endroit, point de cheminées d’où ils s’élèveraient à la verticale, dans l’atmosphère d’un jour calme, au-dessus de la vallée et des bois qui l’entourent. Mon esprit ne fait qu’un tour : on dirait deux hautes tours rectangulaires.
Six heures plus tard, il est neuf heures du matin à New-York. Deux avions fous percutent les tours jumelles du World Trade Center, qui s’effondrent dans un apocalyptique nuage de fumée et de poussière, une hécatombe d'êtres vivants, symbole inaugural des effondrements à venir dont nul n'a alors préscience.
Ma vision fut-elle prémonitoire ? « Un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » ne me fut pas nécessaire, il ne m’est jamais nécessaire, n'en déplaise à Rimbaud. Cassandre d’aujourd’hui, sans artifices, JE VOIS.
Point besoin d’être Cassandre néanmoins pour comprendre que le XXIe siècle sera violent et inhumain.
2 janvier 2023 Aimée Saint-Laurent © (Chants de la vie simple)