Mieux comprendre 1789, grâce à l'historien Jean-Luc Normand

Les livres d'historiens sur la Révolution française sont pléthore, mais celui de Jean-Luc Normand, édité à compte d'auteur, est particulièrement original et brillant. Voici ce qu'on peut en dire:

NORMAND J.-L., 2020, L’année déiste (Le futur a commencé hier), Imprimerie Mouturat, Flers (Orne). jlnormand.fr 

Point de vue d’une lectrice non-historienne, fascinée par un livre (qu’elle n’a pas nécessairement bien compris malgré quatre lectures, l’auteur le lui pardonnera, de même qu’il lui pardonnera tous les oublis d’une recension qui ne saurait être exhaustive), livre d’une grande rigueur scientifique, ce qui n’empêche pas l’auteur de se livrer à quelques incursions dans le monde des Beaux-Arts : peinture avec Boucher (p. 28),  Le Nain, Chardin (p. 217), Watteau (p. 219), Millet (p. 284), Giotto et Georges de La Tour (p. 325), Joseph Wright of Derby (p. 327); musique avec Fidelio de Beethoven (p. 186, 272), Berlioz (p. 193), Schubert (p. 193) ; cinéma avec Visconti « Le guépard » (p.307, 316, 336) ou Sydney Pollack « On achève bien les chevaux » (p. 309), et surtout de proposer une lecture originale de trois événements fondateurs de 1789, et de leur genèse : 5 mai, ouverture des Etats Généraux ; 4 août, abolition des privilèges ; et 26 août, Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Les Français croient connaître leur grande Révolution, et notamment les événements de 1789. Eh bien, non, ils ne la connaissent pas, pas plus que leur longue histoire, en tout cas pas comme la leur explique (au sens propre, en « dépliant » la complexité des événements et des êtres  car « chacun des protagonistes fabrique des mythes sur l’autre » p. 136),  l’historien Jean-Luc Normand.

Ce qui n’est pas le moindre intérêt du livre : la lectrice découvre des notions inconnues d’elle, telle la loi de King (p. 234), loi économique ou encore des mots qu’on a perdu l’habitude d’utiliser, tels les mots « régnicole » ou « clabauder » ou encore « mercuriale » ; elle se voit aussi obligée de réviser son Histoire de France, et la géographie du monde.

Le livre commence par une promenade quasi touristique dans le Parc de Versailles où surgit le spectre des protagonistes d’événements pour l’essentiel circonscrits entre le 5 mai 1789 (Réunion des Etats-Généraux) et la nuit du 4 août 1789 (soi-disant abolition des privilèges), voire le 26 août 1789 (adoption de la Déclaration des Droits de l’Homme) : le spectre d’une foule survoltée, puis celui de la reine Marie-Antoinette, adorée avant d’être haïe, cruels mais émouvants personnages de la tragédie, dont la profonde humanité, dans ce qu’elle a de pire et de meilleur, est soulignée par l’auteur par le biais de « transitions ».

De  Versailles, puis de la gravure qui représente l’ouverture en grande pompe des Etats Généraux par le roi Louis XVI et dont l’interprétation semble préfigurer la suite (« cette gravure qui semble affirmer l’éminente supériorité du Roi ment, car son discours réel est la supériorité normative de l’espace-temps du Clergé, qui s’impose à tous les autres. […] cette gravure masque la réalité d’une théocratie cléricale […] » p. 12), le livre emporte le lecteur dans un texte aussi passionnant qu’un roman, dans un tourbillon d’événements et de moments historiques, politiques, qu’il croit vivre en direct quelle que soit l’époque concernée, moments qui se chevauchent, se répondent, se répercutent, se télescopent et se fracassent, s’éclairent les uns les autres, et au total composent une fresque de l’année 1789, mais aussi de l’avant et l’après 1789, rigoureuse d’un point de vue scientifique, mais haute en couleur, riche de références ou allusions historiques, littéraires, picturales, voire cinématographiques, d’analyses brillantes (de la pensée de Sieyès, principal « inspirateur » de la Révolution p. 261 et sequ. ; de celle de Tocqueville p.192 et sequ., et encore  p. 241 et sequ. ; de celle de de Gaulle p. 203 et sequ. ; et de celle de Marx p. 255 et sequ.), mais aussi de remarques incises, discrètes, subtiles, pertinentes, amusantes, où l’on entrevoit l’auteur, son érudition, son humour, son immense culture. Un raccourci, rédigé par l’auteur lui-même, illustre cette fresque panoramique : « Importés du Moyen-Orient où ils sont nés, le savoir théorique et le savoir-faire pratique des sociétés agraires traditionnelles, multiplient les champs et les villes, les ressources et les hommes. […] Le mâle dominant du petit groupe de chasseurs pouvait devenir le Roi de 28 millions de sujets. […] Au bout de l’épée du conquérant impérial, le triomphe romain, les splendeurs de Versailles ou de la Cité Interdite, Ramsès II foulant le Nubien sous sa sandale, Louis XIV dominant les captifs dans le Salon de la Guerre, les princes aztèques sacrifiant des centaines de vaincus au sommet des pyramides » (p. 53).

Bien incapable de donner un avis sur le fond, la lectrice non-historienne se contentera de donner la parole à l’auteur afin qu’il énonce lui-même son hypothèse : « De mai à août 1789, la Révolution a fait disparaître une utopie, une utopie catholique, pour la remplacer par une autre utopie, une utopie déiste, symbolisée par les « Lumières » (p. 327). Et pour soutenir cette hypothèse, de façon très convaincante l’auteur va chercher loin dans le passé les racines des événements de 1789, et souligner leur conséquences, toujours prégnantes aujourd’hui et probablement amenées à répercuter loin dans le futur leurs ondes de choc, d’où le sous-titre du livre : « Le futur a commencé hier », « car fonder une société sur la culture de l'égalité et non sur la culture de patriarcat, rebaptisé en paternalisme dans la France de 1789, trace la ligne de conflit de 1789, donc, inévitablement, la ligne de conflit pour les temps successeurs » p. 241.

Livre d’une vie, en sus, puisque Jean-Luc Normand explique la genèse de son essai, ancré dans les turbulences de la deuxième moitié du XXe siècle, profondément et modestement autobiographique, et se livre à des considérations épistémologiques passionnantes sur le métier d’historien et la discipline historique : « Il n’appartient pas à l’historien de savoir si cela est bon ou mauvais. Il suffit que cela soit ». p. 115 ; « Mais l’historien n’est ni procureur, ni avocat, mais d’abord analyste » p. 225. « Inévitable, le passé a vocation à être bien géré, car il peut être dangereux pour une collectivité, toujours en passe d’osciller entre le mythe et le traumatisme, l’obsession et le refoulé » p. 336. « Le présent se confond avec le futur qui se crée » p. 345.

La description et l’analyse des événements de mai 1968, vécus sur le tas par l’auteur qui n’était encore que jeune étudiant, et leurs conséquences, en terme de démocratie et de droits, sur le monde de l’éducation nationale ne manquent ni d’intérêt ni de piquant. Quelqu’un qui a passé un peu plus de 37 ans et demi de sa vie dans ce monde (la lectrice) reconnaît bien là des vicissitudes traversées.

Débarrassons-nous, pour commencer, des quelques regrets d’une ignorante : des cartes, un index, une ample bibliographie auraient satisfait sa curiosité et pallié ses lacunes. Mais ces compléments auraient exagérément, on veut bien le croire, dépassé les limites d’un livre aussi fourmillant de détails, aussi riche de réflexion, aussi panoramique, et la publication coûté une fortune à l’auteur. Après tout, la lectrice dont la curiosité a été piquée à ce point peut essayer de se constituer elle-même la bibliographie à l’aide de tous les noms d’historiens répertoriés, contemporains ou non (Paul Hazard, Georges Dumézil, Jean Nicolas, Jacques Le Goff, Jules Michelet, Bernard Teyssèdre, Hélène Carrère d’Encausse, Pierre Goubert, Jean-Christian Petitfils, Fernand Braudel,  Jean Egret, Pierre Chaunu, Michel Winock, Ernest Labrousse, René Grevet, Simone Bertière, Claude Nicolet, Pierre Gouhier, Jean-Denis Bredin, Georges Lefèbvre, Albert Soboul, Patrick Kessel, Emmanuel Leroy-Ladurie, Arnold Toynbee, Louis Massignon, Marc Bloch,  François Furet, Gérard Bourdin, Alfred Sauvy  - mais quid de Georges Balandier co-inventeur du concept de Tiers-Monde ?) Quant à l’index, elle peut le réaliser elle-même et, pour les cartes, les consulter dans ses livres d’histoire de lycéenne, pieusement conservés, ou sur Internet …

Venons-en à ce qui fait le charme du livre : les remarques incises de l’auteur, ses pointes d’humour, ses références historiques, ses subtiles allusions à la littérature et à l’art, ses observations percutantes, ses analyses brillantes, la fantaisie du conte philosophique « L’Amérique du Parc de Versailles », qui porte témoignage d’une imagination qui ne se cantonne pas à la recherche pure et dure.

Quelques exemples de remarques incises et pointes d’humour (parfois volontairement anachroniques ou iconoclastes, surtout dans la chute de la phrase), pris au hasard, donnent le ton et invitent le lecteur à sourire : « De « funestes secrets » d’autant plus funestes qu’ils ne sont plus secrets » p. 28 ; «  l’affirmation intransigeante (ou bornée … comme on voudra) de ses valeurs » p. 37 ; « « et voilà pour le Pape », « et voilà pour les évêques » p. 54 ; « Exit le Mérovingien en 751, bonjour le Pépinide […] p. 59 ; « une caste militaire,  dont la guerre est l’activité centrale, théoriquement pour la défense de la Foi et du territoire, pratiquement pour cela  - épisodiquement – et pour son propre intérêt – la plupart du temps.» p. 60 ; évoquant le concept d’Etat, emprunté par les Capétiens à Rome, l’auteur plaisante :« Alors on prit le fruit défendu et on sut trouver les honnêtes accommodements susceptibles de profiter de la dégustation et d’éviter les dégâts collatéraux » p. 66 ; « Relayant Arthur Young (pour une fois qu’un Anglais loue la France …) […] » p. 69 ; « à moi, Samuel et La Fontaine », p.75 ; « […] la protection du royaume, de la vie et des biens des sujets (dont, ajoutons-nous perfidement, ceux du clergé) […] p.102 ; «  à moi, Bayard » p. 103 ; « au bout du compte, le compte n’y était pas » p. 122 ; « Les modes de paiement sont indiscutablement loin de toute idée de « dématérialisation » p. 125-6 ; « on a la société de consommation qu’on peut » p. 140 ; «  (à moi, les grenouilles !) p. 146 ; « à moi La Fayette ! » p. 165 ; « Louis XVI fit du Louis XVI, c’est-à-dire du n’importe quoi […] » p. 168 ;  « Car, pour les réformateurs (ont-ils tort ?) […] p. 177 ; « Louis la Gaffe » p. 182 ; « Louis Pénélope défaisait en un temps record ce qu’il venait juste de faire » p.184 ; « Sans cadavres et sans ossuaires pleins, les enclos bretons sont si pittoresques » p. 213 ; « Si l’on veut dire que la bourgeoisie a joué un rôle essentiel et joué pour son compte (comme tous les autres acteurs) […] p. 256 ; « les têtes tombent. Au propre comme au figuré » p. 272 ; « On proclama la gratuité de la justice (adieu « les épices » !) […] » p. 314.

L’auteur se livre aussi à des remarques apparemment incongrues et des détournements d’aphorismes qui ne peuvent que faire sourire : lorsqu’il parle de « transformer l’essai alors que la partie semblait perdue » p. 40, à propos des débuts du christianisme ; il reprend d’ailleurs l’image sportive du rugby p. 262, à propos des idées de Sieyès, et emprunte celle du football page 271 à propos de la prise de la Bastille;  il évoque des « voyages hallucinogènes » p. 40 (alors qu’il est question des événements qui suivent la mort du Christ et des « visions » de ses proches) ; de « travail d’expert » p. 21 et 40 (en référence au prétendu enseignement du Christ) ; de « l’iceberg qui frappe à mort le Titanic » (le navire représente l’Ancien Régime) p. 13, 280 : les événements historiques, même frappés d’une certaine trivialité, celle des faits divers, ont leur utilité pour la compréhension des événements, le naufrage du Titanic, en l’occurrence. « Qui est prophète en son camp ? » p. 42, demande l’auteur, en parlant de Robespierre en 1792, à propos de ce que ce dernier dit de la guerre.

Quant aux subtiles allusions littéraires ou philosophiques, elles aussi font sourire le lecteur de connivence avec l’auteur : référence à Voltaire et à sa célèbre remarque «L’Univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger » p. 33 ; référence à Hobbes, p. 38 : « chaque jour l’homme est un loup pour l’homme » ; à Margot p. 39 (donc à Musset : « Vive le mélodrame où Margot a pleuré ») ; référence au Tartuffe de Molière : « Cachez ce Dieu que je ne saurais voir » p. 46 ; référence à La Fontaine « face à la féodalité, les Capétiens plièrent mais ne rompirent pas » p. 61 ; référence au fameux « famille, je vous hais !» de Gide, p. 79,  pour évoquer la famille de Louis XIII ; « Versailles ou la précaution inutile ? » p. 87, allusion au sous-titre du Barbier de Séville de Beaumarchais ; Louis XVI, présenté comme « un solitaire teinté de misanthropie (elle est générale […]) » page 156, le voilà donc portraituré en Alceste ; référence à Térence : « Car, tout titrés qu’ils fussent, ils n’en étaient pas moins hommes, et, comme tels, rien de ce qui est humain ne leur fut étranger […] p. 319.

L’auteur n’hésite pas à pratiquer l’anachronisme en faisant allusion à des concepts politiques récents : par exemple les célèbres gaulliennes ou mitterrandiennes  expressions « l’exercice solitaire du pouvoir » ou « le coup d’Etat permanent » p. 108 pour les opposer ou les comparer à la monarchie capétienne, ou encore « donner son temps au temps » p. 251.

Références littéraires ou philosophiques incontournables, ainsi que le nom de leurs auteurs, s’égrènent tout au long du livre : Platon (p. 30) ; Aristote (p. 30) ; Esope (p. 55) ; la Bible bien évidemment (p. 57, 259, entre autres); Thomas d’Aquin (p. 31) ; Christine de Pisan p. 76 ; Froissart, p. 317 ; La Fontaine et ses fables : « La cigale et la fourmi » p. 38, « Les grenouilles qui demandent un roi » p. 53, 57, 75, 76, 77, 120, 146, 171, 208, 346, 355  (entre autres) ; Molière, p. 81, 260 ; Beaumarchais, p. 87, 260  « Car d’un auteur encore ancré dans les mentalités traditionnelles, Molière, on est passé à un auteur qui met en scène la rupture du compromis par rupture du consensus sur le primat nobiliaire, Beaumarchais » p. 260 ; Voltaire, p. 10, 25, 28, 29, 36, 41, 45, 46, 280, 285, 342-3 ; Sade, p.28 ; Rousseau, p. 29, 36, 45, 46, 189, 240, 280 ; Diderot, p. 46 ; d’Holbach, p. 46. Citons d’autres auteurs encore, dans le désordre : Arthur Young p. 7, 69, 176, 178, 239, 244 (entre autres) ; Balzac p. 79, 284 ; Courteline, p. 79 ; Fénelon p. 67, 90, 100, 107 ; Saint-Simon p.23, 62, 107, 111 ; Machiavel p. 147, 201, 316, 348 ; Shakespeare p. 79, 147 ; Saint-Exupéry, p. 200 ; Pirandello, p. 334, 338 ; La Bruyère, p. 339 ; Condorcet, p. 239, 285, 327, 350 ; Tocqueville, p. 24, 192 et sequ., 241 et sequ. ; La Boétie p. 180 ; Bossuet, p. 56, 75, 100, 101, 227, 228, 229 ; Camus (« un faiseur de roman ») p. 227 ; Marx, p. 30, 255 et sequ., 264, 347 ; Lampedusa p. 307, 316, 336 ; Claudel, p. 322 ; Bernanos, p. 342 ; Nietzsche, p. 30 ; Auguste Comte, p. 30 ; Goldoni, p. 218 ; Marivaux, p. 223 ; Chateaubriand, p. 15, Claudel, p. 322 ; Prévert, p. 10 ; Jules Verne, p. 359et Sieyès bien sûr, tout au long des pages (9, 10, 12, 24, 41, 43, etc.)

Les économistes ne sont pas oubliés : Juglar et Kondratieff p. 142, mais aussi Malthus p. 214, 232, 338.

Les aphorismes (français, latins, chinois, allemands) ne sont pas en reste, « le vin nouveau pouvait s’accommoder de vieilles outres et vice versa » p. 36, métaphore reprise plus loin (p. 231, 241) ; « mettre le loup dans la bergerie » p. 30 ;  « qu’il y ait loin de la coupe aux lèvres […]» p. 43 (entre autres) ; « Ventre affamé n’a pas d’oreille » p. 87 ; « Ayant tiré le vin, il faudra le boire, même si c’est une amère piquette » p. 120 ; comme on vient de le voir, ces aphorismes sont précisés par une repartie de l’auteur, comme pour le premier exemple : «  La France est nécessairement tombée de Charybde en Sylla, à cause de Charybde même » p. 200 ; « Vox populi, vox Dei » p. 191, 204 et 240 ;  « Le navire du paternalisme prend eau de toutes parts. […] Le poisson pourrit par la tête » p. 249 ;  « la Roche Tarpéienne, proche du Capitole» p. 165, 167 ; « heureux comme Dieu en France » p. 213 ; « Mais ils se donnent des bâtons pour se faire battre » p. 242 ; « Chassez le clerc catholique, il revient au galop » p. 265 ; « ils avaient brûlé leurs vaisseaux » p. 268 (formule utilisée auparavant, p. 175); à propos de l’Assemblée : « les paysans lui avaient mis le couteau sous la gorge » p. 296 ; « Oignez vilain, il vous poindra » p. 300 ; « c’est l’oiseau qui choisit la branche, et non l’inverse » p. 333. « On ne le criait quand même pas trop sur les toits » p. 350.

Les références historiques, innombrables, empreintes d’humour parfois, donnent un éclairage très révélateur aux événements relatés : « à chaque époque ses « réseaux sociaux » p. 9-10 ; « il y a de la répression de la Commune de Paris dans cette répression » (p. 41, il s’agit de la répression qui suivit la Grande Peur de 1789) ; « Pour parler chinois, Louis XVI a le « mandat du ciel » p. 56 ; « le roi est bien déconnecté du Ciel et de son mandat » p. 189 ; « Auguste a réussi là où César a échoué : imposer un gouvernement « monarchique » à une société qui vivait sur un modèle démocratique et surtout oligarchique […] » p. 106 ; « […] le bruit ne peut que courir d’une « promotion-canapé » […] » p. 108 (il s’agit du choix par Blanche de Castille du cardinal Romain de Saint-Ange, et par Anne d’Autriche du Cardinal Mazarin, comme précepteurs pour leurs fils respectifs) ; Marie-Antoinette : « […] la Bergère en chef d’un village Potemkine […] p.136 ;  « […] guerre, celle des mots avant celle des morts […] » p. 167, ; « Sieyès est en fait, « l’inspirateur » (formule gaullienne pour Monnet) […] p.178 ; « Spartacus et les esclaves des îles sucrières apprécieront » p. 179, un député du Tiers vient d’accuser Louis XVI de despotisme et de comparer les députés du Tiers à des esclaves recevant des ordres ; « De Gaulle, le dernier des Capétiens ? » p. 207 ; «  C’est déjà : « ni Dieu ; ni maître » p. 237, quand le peuple prend conscience d’être dominé ; « Bloqués par leurs analyses dépréciatrices du « fait religieux », les âges démocratiques ont du mal à comprendre comment la Bible peut donner à la fois le Ku-Klux-Klan et Martin Luther King […] » p. 230 ; « la peur sociale, très largement répandue, du Grand Soir […] » p. 269 ;  « Quoi qu’on pense de la valeur de l’événement « 14 juillet 1789 », on ne peut que reprendre la formule de Churchill : finalement, rarement « autant d’hommes ont dû à si peu » p. 272 ; « Parlons Lénine : le sans-culotte est « conscient et organisé » p. 277 ; « la course aux extrêmes qui se met en place à partir des élections de 1789 » p. 187 ; « Au sommet de la pyramide (tout est pyramide dans cette société), il y a Louis-le-Grand qui s’empiffre publiquement à Versailles, parce qu’il est glouton, sans doute  […] » p. 217 ; « le maoïsme paysan », p. 307 ; Vatican II, p. 312 et sequ. ; « La France était « un seul lit pour deux rêves », p. 328,  référence au livre d’André Fontaine ? ; « […] l’investissement en faveur des U.S.A. se révèlera très rentable pour la France du XXe siècle, mais, sur le moment, c’est un désastre financier total » p. 329-30 ; «ce fut, entre eux « une nuit des longs couteaux » p. 310, référence reprise p. 312, 313 (il s’agit des divisions entre les privilégiés pendant la nuit du 4 août).

Les « répliques » des convulsions de l’histoire (comme si elle bégayait … pour paraphraser Marx)  donnent à penser ; les leçons en sont-elles pour autant tirées ? « Sauf pour la journée du 10 août 1792, qui aura sa réplique en 1848, et peut-être le 6 février 1934 […] », p. 133 ; « au bout de la chaîne de l’histoire de la Bastille, Louis XVI réduit au geste du dauphin de 1358 : adopter l’insigne de la rébellion sur sa coiffure le 17 juillet 1789.» p. 135 ; « la succession de Philippe IV le Bel et celle de Louis XIV offrent de troublantes similitudes » p. 138 ; « les députés ont la ferveur des militants qui sont entrés dans une phalange héroïque ? comme Brutus écrasant Tarquin ; comme les Spartiates aux Thermopyles ; comme les Romains de la vertueuse République » p. 179 ; le mouvement lollard, dans l’Angleterre du XIVe siècle, préfigure le «Manifeste des Enragés » de Jacques Roux, p. 230 ; « les « Trois Glorieuses » de 1789 », p. 270 ; « Athènes et Rome savaient qu’on n’arme pas les esclaves » p. 281 (le port de l’épée est interdit aux roturiers).  

Les personnages historiques se comptent par dizaines, depuis Ramsès II (p. 38-39), Octave-Auguste (p.,  106, 148), Jésus Christ (p. 19 et sequ.), Constantin (p. 18, 21, 45, 55) et sa mère Hélène (p. 58), Dioclétien (p.18, 45), Théodose (p. 18, 21, 45, 55), Clovis (p. 21, 51, 52, 58)  et son épouse Clotilde (p. 58) jusqu’à Staline (p. 197, 258, 342, 348), en passant par César (p. 53), Vercingétorix (p. 53) ; Hugues Capet (p. 51, 102) ; Charlemagne (p. 52, 53, 54, 56, 59) ; Philippe-Auguste (p. 58 entre autres) ; Philippe le Bel (p. 26, 68) ; Charles V le Sage (p. 54, 67, 71, 76) ; Jeanne d’Arc (p. 52, 75, 139, 144, 205); Charles VII (p. 52) ; Louis IX (p. 56, 57, 68, 69, 71, 74) ; Henri III (P. 58) ; Henri IV (p. 58, 71, 77) ; François Ier (p. 57-58) ; Louis XIII (p. 35, 41, 58, 59, 66, 71) ; Richelieu (p. 35, 41, 59) ; Mazarin (p. 59) ; Louis XIV (p. 28, 41, 54, 70, 71, 72) ; Mme de  Maintenon (p. 28) ; Louis XV (p. 28, 54, 69, 71, 73, 74) ; Madame Du Barry (p. 28) ; le Régent (p. 28) ; les incontournables protagonistes de la Révolution : Robespierre (p. 8, 29, 42, 46, 198, 242, 257, 274) ; Mirabeau (p. 155, 245, 248, 257, 275, 285), Barnave (p. 248, 254, 275), La Fayette (p. 165, 181, 185, 248, 313), Babeuf (p. 276), Danton (p. 288), Hébert (p. 288), Marat (p . 311, 318), Saint-Just (p. 46),  le vicomte de Noailles et le Duc d’Aiguillon (célèbres pour leurs interventions en faveur du Tiers Etat la nuit du 4 août, p. 297, 298 et sequ.), et surtout Sieyès (p. 9, 24, 41, 178, 180, 187, 249 et sequ., 257, 261 et sequ., 284, 285, 351); Bonaparte (p. 36, 44, 45, 52, 58, 158, 198) / Napoléon (p. 26, 54, 220) ;  Cromwell ou Torquemada (p. 42) ; Lincoln, Gandhi, Jaurès (p. 140, 206, 305) ; Jules Ferry (p. 304-5, 342) ; Krupp, Schneider, Ford et Renault (p. 257) ; Clemenceau (p. 144, 305) ; Pétain (p. 204, 208); Mitterrand (p. 108, 207, 208) ; Jean Moulin (p. 144) ; de Gaulle (p. 57, 58, 60, 86, 142, 178, 192, 203, 204, 205, 207, 346) ; Luther et la Réforme, p. 94, 97 ; Calvin p. 95, 97 ; Charles Quint (p. 147) ; Lénine p. 180, 277 ;  Pol Pot, p. 230 ; Vauban, p. 231, 300 ; François-Joseph, Sissi, et leur fils Rodolphe p. 245, 248 ; Che Guevara, p. 248 ; Mao p. 339 ; l’infâme Talleyrand, p. 25, 36, 341 ; Franco p. 342 ; Nicolas II p. 347 ; Gorbatchev, p. 346-7 ; même Bastien Thiry, organisateur d’un attentat contre de Gaulle en 1962 (p. 58), et Lee Harvey Oswald (p. 96), l’assassin présumé du Président John Kennedy (22 novembre 1963) trouvent une place dans cette fresque monumentale, sans oublier la touchante figure de Jacques Bonhomme (p. 26, 67, 68, 75, 140, 280 et sequ., 358). Bien des personnages cités dans l’ouvrage manquent encore ici, omis à dessein pour ne pas rendre la liste plus fastidieuse (ce que le livre n’est pas). Mais pourquoi cette galerie de portraits sinon parce que tous ces personnages jouent un rôle de près ou de loin pour éclairer a priori ou a posteriori les convulsions de l’Histoire, voire contribuer aux événements de 1789 qui n’arrivent pas par hasard mais sont comme l’aboutissement d’un «effet papillon » venu de loin et dont beaucoup de ces protagonistes sont responsables, parfois à leur corps défendant, à un titre ou l’autre, effet papillon qui continue de se propager.

Les personnages de la littérature mondiale ou du cinéma ne sont pas absents : Nestor (p. 220) ; Robinson (p. 220), Superman (p. 39) qui ici réfère au Christ. On trouve également trace des découvertes scientifiques et des savants qui ont changé le monde : la caravelle (p. 30), l’héliocentrisme (p.32) ; la lunette astronomique et le microscope (p.32), les lois de la gravitation universelle (p.33),  Newton et Kepler (p. 33), Messmer (p. 35), le théorème de Pythagore (p. 34), Wegener (p. 337).

Les références à d’autres religions que le christianisme (p. 226 par exemple, au sujet du paternalisme commun, selon l’auteur, au domaine chrétien, à l’hindouisme, au bouddhisme, au confucianisme pointent l’éclectisme et l’immense culture de l’auteur, clins d’œil à la connivence du lecteur : il se réfère au judaïsme (p. 29-30), à l’islam (p. 29, 36, 46), à la religion wahhabite (p. 41) ; à l’athéisme, au confucianisme (p. 30, 229, 357), au paganisme (p. 21, 26) ou encore à  l’hindouisme « En terme hindouiste, le karma négatif de la France de Louis XIV l’a emporté sur ce qu’il y avait de positif dans le karma de 1789 […] » p. 200, mais aussi pages 336, 357; au bouddhisme (p. 21, 35, 36, 322, 357), au culte des reliques, chrétiennes et bouddhistes : « Sots croyants qui gambergent sur une dent, un cheveu, un os du saint, du fondateur ! Mais à partir des os de Lucy, n’a-t-on réellement créé qu’un récit scientifique ? » (p. 38). La proximité entre religion et science, si souvent repérée par les sociologues,  apparaît ici aussi : « Découvrir les lois mathématiques relève de la Science, mais ces découvertes sont solidairement des actes de foi, car Science et Foi vont de pair. La Science est un acte de foi » p. 32 ; Confucius est, de nouveau, cité p. 339.

La géographie de la planète intervient poétiquement et à bon escient dans la démonstration  car ce livre est un voyage dans le temps et dans l’espace : de Versailles à Paris, bien sûr, mais nous traversons aussi la Gaule devenue la France ( p. 12, 21) ; nous allons voir la Franche-Comté (p. 5), Verdun (p.11), Fontevraud (p. 17), Noirlac dans le Berry (p. 22), la Vendée (p. 41), Cherbourg (p. 45) Varennes en Argonne et Montmédy (p. 49), Reims (p. 57-58), Amboise, Chinon, Chantilly, Blois, Chambord, Fontainebleau (p. 70) etc. L’espace géographique du royaume de Louis XVI, grosso modo semblable à l’actuel territoire métropolitain, est soigneusement rendu dans une magnifique synthèse descriptive : «Il était situé dans la zone tempérée avec toutes les nuances, océanique, continentale et méditerranéenne de cette zone, bigarré au surplus de centaines de microclimats. Il incluait une riche palette de systèmes géologiques et de reliefs, bassins sédimentaires coexistant avec pénéplaines usées et partiellement rajeunies à la surrection des grandes montagnes de sa périphérie méridionale. Un réseau hydrographique extrêmement riche débouchait sur des littoraux étendus, ouverts à la fois sur la Méditerranée, l’Océan Atlantique, la Manche et la Mer du Nord. » (p. 51).

Nous nous déplaçons néanmoins (car tout se tient, le monde est beaucoup plus petit qu’on ne le pense), de Byzance (p. 30) à Abou-Simbel (p. 38), d’Athènes, Rome (p. 11, 19, 21, 23, 30, 39, 44, 53, 54, 58, 59, 66 etc.), Pompéi (p. 30) ou Sparte (p. 179, 265, 296) ou encore la Phénicie (p. 53) jusqu’au Mexique des Aztèques (p. 25, 30), de la Cité Interdite de Pékin (p. 53) jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique à peine libérés de la tutelle de l’Angleterre, ou ceux du XXe siècle (p. 42, 43, 207, 248, 249) en passant par la Russie des tsars (p. 129) devenue l’URSS (p. 100, 197), l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, la Sicile, le Saint Empire Romain Germanique, l’Autriche, les Pays-Bas, la Pologne, Venise, la Belgique, la Prusse, la Palestine, Jérusalem). Nous voyons ainsi que c’est la géographie du monde qui a engendré son histoire : « Au bout des épis du blé domestiqué dans le Bassin parisien, voyez Chartres et Versailles, grâce à la charrue, comme la Chine au-dessus du lœss ; comme au bout des gisements de pétrole et de gaz, voyez Doha et Dubaï grâce au moteur à explosion entre autres » p. 53.

Le périple nous conduit plus tard, c’est-à-dire à l’époque contemporaine, au Yémen, en Birmanie, en Inde, à Java et Bali, en Chine, au Bhoutan, mais surtout au Zanskar de 1985, près de l’Himalaya, où l’auteur essaie de retrouver un peu de la vie paysanne de la France du XVIIIe siècle et espère rencontrer l’alter ego de Jacques Bonhomme (p. 358).

Et puis, on aime ces formules percutantes, iconoclastes parfois, non dépourvues d’ironie sarcastique de temps à autre, ces déclarations sans appel et sans concession de l’auteur tout juge d’instruction qu’il se veuille et non procureur ; on sourit des jeux de mots : « Mais Raison et science font partie intégrante d’un discours et d’un univers religieux » p. 41 ; «  Alors qu’elle n’est pas la seule idéologie à vocation universelle, l’idéologie des Droits de l’Homme est la seule, à ce jour, à avoir reçu une caution étatique universelle » p.  43 ; « N’en déplaise au nationalisme, un provincialisme à l’échelle de l’Histoire comme de la planète, comme tout nationalisme […] » p.51. ; « le passé ne meurt jamais complètement » p.58 ; «Décidément le clergé catholique a un faible pour les forts » p. 59 ;  à propos du faste de la Cour sous Louis XIV : «Cendrillon croit rêver » p. 72 ; « Publicité et duplicité vont de pair dans cet exercice du pouvoir » p. 72 ; à propos de Louis XVI « […] car son peuple n’est pas exactement celui qu’il croit et Roi trompeur, car il n’est pas exactement celui que son peuple croit.» p. 73 ; « Le lit de la Reine était aussi essentiel que la salle du Conseil ou le champ de bataille : le Roi devait y briller » p.77 ; « France, terre d’assimilation » p. 83 ; il déboulonne la statue de Saint Louis dont il souligne sa volonté  « aussi bien de nourrir les lépreux que de torturer affreusement les blasphémateurs […] » p. 95 ; « Ajoutons que les Capétiens furent des croisés peu efficaces, à la limite désastreux si l’on regarde Saint-Louis. » p. 95; parlant de Louis XIV, il le décrit comme « un vieux Roi cagot, flanqué d’une punaise de sacristie » p. 98 ; « pour tous, le pouvoir est un fromage » p. 108 ; « L’argent n’est pas seulement le nerf de la guerre ; il est le nerf de la politique tout court » p. 119 ; à propos du Parc aux Cerfs de la Du Barry et des fantasmes sur les riches, il ironise : « Un marxisme de délires psychologiques [...] » p. 139 ; en ce qui concerne Louis XIV : « Les millions de visiteurs français et étrangers que son prestige attire à Versailles et dans ses jardins continuent à leur manière l’adoration courtisane de l’oligarchie cléricale et nobiliaire domptée » p. 152 ; parlant de Louis XVI (et peut-être pas seulement) « Mais il lui manquait un attribut essentiel du pouvoir : il faut faire peur, et il ne faisait pas peur ; sinon il faut être un entraîneur d’hommes, par la passion et la force de conviction. » p. 158 ; « La Révolution est une maturation morale et psychologique, une conversion religieuse, par laquelle l’esclave devient Homme » p. 180 ;  « Qui a les armes a le pouvoir » p. 222 ; « si les seigneurs, si bons pères de famille, exerçaient une si douce autorité sur ces paysans-enfants, si heureux de vivre dans leur charmant bocage, comment expliquer cette révolte massive et implacable », p. 284 ; « Le bon docteur Guillotin, dont la scientifique philanthropie aime tant adoucir les souffrances de l’humanité […] » p. 293 ; « La confusion constante que fait le nationalisme français entre égalité et uniformité lui vient des circonstances de sa naissance en 1789 », p. 305 ; « redoutable mécanique du 4 août, où la peur, la haine et l’intérêt matériel donnent la main aux principes et à l’idéalisme pour faire mettre à bas une société par ceux qui en profitent le plus, et mettre en place une autre société où rien ne leur interdit d’y avoir une bonne place » p. 311 ; à propos de Louis XVI encore, cette conclusion paradoxale: « en rendant inévitable la naissance des Etats-Unis d’Amérique comme la Révolution qui l’abattit, il a rang de créateur le plus évident et le moins reconnu du monde contemporain. De l’efficacité, dans l’Histoire, du petit homme » p. 332. « L’homo sapiens est naturellement historien, car la conscience du Temps est une donnée immédiate de la conscience humaine ». 335. « Il est fou d’être sage en des temps où tous se croient sages d’être fous » p. 345.

On aime aussi cette profonde empathie pour le frère humain. Parlant de Louis XVI, l’auteur prend pitié : « Sachant son funeste destin, on a quelque peine à l’accabler » p. 156 ; « De 1786 à 1792, il fut le mauvais dirigeant, placé au mauvais endroit au mauvais moment, par hasard de naissance et la disgrâce de deux décès : son père et son frère aîné. Ainsi va le monde … » p. 157 ; mais encore, l’auteur rend justice à « cette phrase qui honore et le Prince et l’Assemblée : « tous les assujettissements qui dégradent la dignité de l’homme peuvent être abolis sans indemnités […] », p. 303. Plus encore, l’auteur prend fait et cause pour les petites gens que la misère étreint depuis des siècles : « L’historien doit quitter les courbes et passer aux estomacs frustrés ; il doit quitter les chiffres et les statistiques pour passer aux cerveaux affolés par une angoisse objectivement argumentée mais qui devient passionnelle, irrationnelle et viscérale. » p. 235 ; « Les contemporains vivent avec leurs entrailles ce que nous reconstituons avec notre cerveau » p. 235-6. On retiendra surtout l’empathie de l’auteur pour ce Jacques Bonhomme (p. 26, 67, 75, 140, 280 et sequ.), figure symbolique du peuple des anonymes révoltés parce que sacrifiés pendant des siècles, qui ont su cependant contribuer magistralement, en 1789, à l’histoire de la Révolution.

 Enfin, à une époque où, Dieu merci, la peine de mort a été abolie dans notre pays, on saura gré à l’auteur de son empathie pour la reine Marie-Antoinette (p. 359-360) et de son allusion à la force du pardon demandé par la reine, on rêve qu’il lui soit un jour accordé unanimement. Ce n’est pas être royaliste mais tout simplement humain que d’avoir pitié d’une jeune femme de 38 ans qui n’a pas demandé à naître, qui n’a pas demandé à régner, qui a souffert le deuil de deux de ses quatre enfants en bas âge, de son époux décapité quelques mois avant elle, et n’a pas compris dans quel monde elle vivait, faute d’éducation, ce qui est aussi souligné par l’auteur avec l’indulgence du pédagogue de métier, toute à son honneur : « Cette « insoumise » est surtout une enfant, une adolescente, une jeune femme, que des adultes irresponsables n’ont pas su éduquer, convaincre, construire, « élever », dans tous les sens du terme. Un gâchis qui est un des rares points communs entre Louis XVI et Marie-Antoinette : cette faillite des adultes qui ont présidé à leur éducation » p. 246.

Le livre se referme. Il a perdu son charme à être décortiqué comme cela vient d’être fait, mais cette dissection a peut-être permis de révéler l’immense érudition et le magnifique talent de l’auteur, sa puissance de synthèse, et l’incroyable complexité de ce puzzle qu’est l’Histoire, et plus particulièrement celle de 1789, dont cependant Jean-Luc Normand a démêlé l’écheveau de main de maître.

                                                                                           Nicole Péruisset-Fache,  16 juin 2020

 

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