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Nicole Péruisset-Fache

Professeure agrégée honoraire, Docteure de l'Université de Rouen, Qualifiée aux fonctions de maître de conférences, Chercheure en sciences humaines indépendante, poète à ses heures

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Billet de blog 7 octobre 2021

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Une vie de femme, Poème du jour

Horizon illusoire d’une enfance choyée, je croyais être née au royaume solaire de l’amour entre les humains qu’était pour moi la Terre. L’enfer, c’était la punition des méchants, longtemps après leur départ d’ici-bas. Petit à petit, j’appris à voir plus clair. Les méchants étaient là, bien là, autour de moi.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une vie de femme

Horizon illusoire d’une enfance choyée, je croyais être née au royaume solaire de l’amour entre les humains qu’était pour moi la Terre. L’enfer, c’était la punition des méchants, longtemps après leur départ d’ici-bas. Petit à petit, j’appris à voir plus clair. Les méchants étaient là, bien là, autour de moi. Il fallait passer outre. La vie terrestre était cousue de misères. Homo homini lupus. Kyrie eleison.

Vous souvenez-vous, mon père, comme vous fûtes colère quand je récitais à voix haute La servante au grand cœur de Baudelaire ? L’enfant que j’étais trouvait le texte joli. La mort lui semblait ordinaire, et la servante exemplaire.

A ceux qui approchaient de moi, si tristes, si blessés, si fragiles, si amers, je distribuai autant que je pouvais un peu de la lumière, de l’espoir, de la joie de vivre que les miens m’avaient légués. La pitié, ma bonne étoile, me guidait, je donnai sans compter, je finis par rencontrer la nuit noire. L’enfer, c’est les autres.

Femme, j’aimai. Je ne sus qu’aimer de toute mon âme. Poète, je chantais, je pleurais. A pleines lignes. A pleines larmes. Je crus parfois être aimée, on me fit la guerre, je fus trahie, abandonnée, meurtrie. Je chantai encore, au cœur du silence, le silence des absents que l’on aime.

Mais les poètes restent seuls, incompris, maudits. Ils déchirent les voiles de la bien-pensance. Leurs visions rendent les passants aveugles, et ils sont pressés. Morts, on les encense et les enfants apprennent parfois encore leurs vers. Naïve, je chantai alors pour les vivants à venir. La poésie, peut-être, survivrait aux temps obscurs du XXe siècle et du XXIe commençant. Aujourd’hui, elle n’intéresse plus, on retient les slogans publicitaires.

                     7 octobre 2021 Aimée Saint-Laurent ©

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