Automne normand
Pommes de Bailleul rougissant au soleil sur les branches. Trilles du rouge-gorge caché quelque part. Brise dans les grands hêtres. Feuilles encore vertes qui oscillent entre ombre et soleil. Calme après-midi d’éclatante lumière. Les moutons ruminent à l’abri. Le chien bondit en liberté, joyeux. Les derniers papillons s’aventurent sur les colombages de la maison gorgés de chaleur. Sur l'appui de la fenêtre, le chat se repose. Une ultime rose sourit sur la treille, avant les premiers froids. Instants d’éternité que nous ne partageons pas.
Mes pensées volent vers toi qui m’aimais tant et me préfères absente. Pourtant, mon cœur n’a pas changé, il a toujours vingt ans et le même élan envers toi. Il bat toujours pour toi et souffre. Mes souvenirs de toi jouent avec mes rêves, hésitant entre espoir et néant. J’espérais que nous allions enfin un jour vivre ensemble le moment de savourer le temps, de contempler encore un peu la beauté du monde, ici, loin de tout, maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.
Je n’aurai pas cette chance, je devrai juste égrener les jours comme égrènent leurs chapelets, assises devant leur porte, les vieilles femmes en noir des pays du sud en marmonnant des prières que nul dieu n’entend. Je devrai me contenter de ton image, des anciennes paroles que tu me disais, elles sont restées dans ma mémoire, et l’étreinte de tes bras, et le rythme de ton pas à côté du mien, et tant de fois ton retour toujours si espéré, parfois chargé de fleurs pour célébrer les plus belles heures de l’amour.
8 octobre 2021 Aimée Saint-Laurent ©