Macron ou l’art de l’insinuation

Comment dire les choses sans en avoir l'air tout en les disant. Le discours et la pensée de ce président

La rhétorique pauvre du président, reflet d’une pensée encore plus pauvre, s’appuie constamment sur l’insinuation, une insinuation proche de la calomnie. On ne sait jamais exactement à qui s’adressent les critiques que ce président profère à tour de bras. Incapable de décryptage d’une réalité qui lui étrangère, Emmanuel Macron désigne des individus qui apparaissent comme de pures constructions de son imagination et les accuse. Comme si les personnes évoquées étaient d’emblée censées se reconnaître et en prendre pour leur grade, sans être sûres que c’est bien d’elles qu’il s’agit. Les ouvrières de l’entreprise Gad sont « pour beaucoup illettrées ». Beaucoup ? Combien ? Quelle proportion ? Sur quels critères sont-elles jugées illettrées ? De quel droit un ministre (ce que vous étiez, M. Macron) peut-il se permettre de juger si des gens sont illettrés ou non ? Qui est-il pour juger de l’illettrisme de personnes qu’il n’a probablement jamais rencontrées et qui, aujourd’hui, communiquent toutes par smartphone ou ordinateur? Il n’empêche qu’illettrées ou non, elles recevront toutes la fameuse lettre du président et qu’elles sauront certainement bien la lire, la comprendre et la jeter au panier. Ce sont les ouvriers et les ouvrières, les employé(e)s, tous les travailleurs de ce pays qui, grâce à un travail seulement récompensé par de maigres salaires pour la plupart d'entre eux, produisent la richesse de notre pays et de toute façon méritent le respect dû à chacun.

« Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires » pensez-vous (déclaration du 7 janvier 2015). Quels jeunes ? Avec quelle formation ? Devenir milliardaires de quelle manière ? Selon quels principes moraux ? Et dans quel but ? Est-ce le but d’une vie humaine que d’accumuler les millions sur un compte en banque ? Pour ensuite rêver de frauder le fisc, placer ces millions dans les paradis fiscaux et ainsi nuire à l’Etat, c’est-à-dire en l’occurrence aux Français ? Est-ce le but d’une vie humaine d’écraser les autres pour se vautrer dans l’hyper richesse ? Contrairement à ce que vous croyez, M. Macron,  les milliardaires ne créent pas de richesse, ils ruinent le monde, le polluent plus que les autres, et le rendent « cannibale », ainsi que l’écrit Jean Ziegler. Un grand philosophe politique que vous devriez étudier, M. Macron, le philosophe Jean Bodin (1529-1596) a écrit, lui, qu’il n’est de richesses que d’hommes. Connaissez-vous la différence entre le Bien et le Mal ? Je ne le crois pas. Vous n’aurez pas toujours la quarantaine, M. Macron. Vous ne laisserez pas aux hommes le même souvenir impérissable et fondateur que Jean Bodin! Personne ne vous lira mais l’Histoire retiendra vos insinuations, vos insultes à l’égard du peuple français qui ne peut pas accepter cela et ne le digèrera jamais.

« Les Français détestent les réformes ». Encore une généralisation idiote. Vous êtes Français, M. Macron, vous l’aviez oublié ? Vous faites partie de ce peuple de « Gaulois réfractaires au changement » et vous êtes le meilleur exemple de ce que vous affirmez sans preuve puisque vous ne voulez pas écouter les demandes de changement vers plus de justice sociale de ceux qui vous ont élu (croyant éviter le pire),  et leur imposez votre propre idée du changement qui n’en est pas un. Ce n’est en effet rien changer que de poursuivre et d’accélérer la casse de tout ce que ce peuple a conquis et construit à force de lutter pour la justice sociale : casse, entreprise dès les années 1980 et que vous accélérez à vitesse V, du système éducatif, du système de santé, du système judiciaire. Et par-dessus le marché, vous vendez les biens de la nation, qui n’appartiennent pas à l’Etat tel que vous le concevez mais au peuple français.

Vous conseillez à un jeune horticulteur qualifié mais sans emploi, de « traverser la rue » pour trouver un emploi dans la restauration ou le bâtiment. Que savez-vous de ce jeune ? Combien de fois a-t-il sûrement déjà traversé la rue pour répondre à des offres d’emploi ? Qu’insinuez-vous encore ?  

« Il y a des gens qui ont réussi leur vie et d’autres qui ne sont rien » affirmiez-vous, le 29 juin 2017. Qui sont pour vous les gens qui ont réussi leur vie ? Ceux qui ont une Rolex au poignet ?  Et ceux qui ne sont rien selon vous ? Même pauvres, même inconnus, ne sont-ils pas citoyens autant que vous? Vous faites fausse route, M. Macron et vos propos démentent notre Constitution qui donne à chacun une place égale dans la vie politique du pays. Respectez notre constitution ! Je vous rappelle l’Article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, au fondement de notre Constitution,  que vous semblez avoir oublié : Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

« Je ne cèderai rien,  ni aux cyniques, ni aux fainéants, ni aux extrêmes » avez-vous déclaré à Athènes le 8 septembre 2017. Qui sont les cyniques ou les fainéants dont vous parlez ? A qui faites-vous allusion ? Comment oser traiter de fainéants les membres d’un peuple qui a construit la France en payant le prix de la sueur et du sang pendant des générations? Votre vision du monde est bien limitée, M. Macron, comme votre pensée. Et après avoir semblé regretter vos paroles « blessantes » dans votre discours du 10 décembre 2018, vous osez maintenant reprocher à « beaucoup trop de Français » d’avoir « oublié  le sens de l’effort » ! Errare humanum est, perseverare diabolicum ! De qui vous moquez-vous ? Le train de vie que vous menez avec votre épouse au Palais de l’Elysée et au Fort de Brégançon, M. le président, vous le devez aux efforts de multiples générations de Français et non à votre seul travail !

« Certains au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas ? « Certains » … Pouvez-vous préciser, M. Macron ? Et se mettre en grève est-il synonyme de « foutre le bordel » ? Devrions-nous remplacer les termes « droit de grève » de la Constitution par « droit de foutre le bordel » ?  Ce serait une façon de la moderniser, puisqu’il faut « moderniser » à tout va. Cela risque d’ailleurs de prendre un certain temps, car tempus fugit, le temps fuit et, de même que votre jeunesse, la modernisation, discours du vide, fuit avec le temps …

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