Poème du jour

Le glaive de ta justice que, statue du Commandeur,  t’a permis de saisir dans tes mains ta force toute-puissante d’homme libéré par lui-même des liens de l’amour promis jusqu’à la fin des temps, a tranché

Ton silence, ma prison

     Le glaive de ta justice que, statue du Commandeur,  t’a permis de saisir dans tes mains ta force toute-puissante d’homme libéré par lui-même des liens de l’amour promis jusqu’à la fin des temps, a tranché : tu m’as condamnée sans pitié et sans appel à ton dur silence et au secret de ta vie nouvelle, cette vie que tu m’avais toi-même offerte en partage pour l’éternité, et qu’au long des années, j’adorais du matin au soir et du soir au matin, comme l’offrande la plus sacrée du monde jamais accordée à mon humble existence, à ma fugitive beauté, à mes rêves insensés, à mes tourments de femme depuis toujours mal aimée, seuls présents que mon amour avait à te donner en échange. Ta vie, offrande sacrée du destin à ma fragile et dérisoire personne, infiniment, cruellement, tragiquement, humaine que, par deux ou trois fois, la Mort sournoise avait soudain, avant d’y renoncer, attirée vers le néant éternel et la compagnie de nos chers disparus venus à ma rencontre. Ta vie, mon plus précieux trésor, ma seule véritable richesse, mon unique boussole, mon guide sûr vers l’avenir aveugle. J’ai tout perdu.

Le leurre de ta liberté loin de mon amour a effacé tes souvenirs de ce qui était notre bonheur, et brisant définitivement mon cœur et ma vie, sans remords, et sans égard pour mes larmes et mes alarmes, jour après jour, m’exile vers les mirages de l’au-delà et les nuages, là-bas, les merveilleux nuages.

Tel un oiseau ivre de douleur dans sa cage, ma solitude incrédule se fracasse sans comprendre aux parois de ce silence de crypte et, comme l’oiseau prisonnier, je n’attends plus que le moment où s’ouvriront enfin pour moi les portes de l’oubli et la fin du voyage.        

                                                                                                                     12 septembre 2021

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.