"L'oeil était dans la tombe, et regardait Caïn" Victor Hugo
Ton double et toi,
Tu as renié l’homme que j’ai tant aimé en toi, depuis si longtemps, le personnage que je croyais voir en toi, mais que tu fis seulement semblant d’être au fil de nos longues années ensemble, l’être auquel je vouais ma vie avec confiance, Celui qui m’écrivait poèmes et lettres d’amour, baume de douceur sur la cruauté de la vie et du monde, sur tes continuelles et cruelles absences, l’être qui promit de m’aimer toujours, mais le promit aussi à bien d’autres, un gentleman qui n’existait pas, mais jouait à le paraître et à convaincre mon imagination.
Je ne sais quand, accouru du fond des âges, le démon s’insinua dans ton corps. Il y a longtemps déjà, je crois. Petit à petit, il t’a séduit, conquis, envahi, comme un cancer du cœur et de l’âme inexorablement se propage. C’est le diable qui s’est mis à parler par ta bouche, à vociférer, à proférer des jurons et des mensonges, des hurlements, des injures, des menaces de mort, à tout détruire autour de lui, à émettre hoquets, éructations et flatulences. Tu le reconnaissais, tu refusais souvent de le voir, mais il te harcelait sans relâche. Le monstre en toi finit par te dominer et tu te soumis à sa démence.
Tu es parti poursuivre ta vie ailleurs, mais on ne recommence pas, rien de tes actes ne s’effacera de toute ton histoire. Tu t’es damné pour l’éternité et mon image de femme amoureuse abandonnée ne cessera de te hanter.
15 avril 2023 Aimée Saint-Laurent © Chants de guerrière