L'argent magique

"Il n'y a pas d'argent magique" (dixit Emmanuel Macron) et pourtant ...

 L’argent magique !

L’incendie de Notre-Dame de Paris a provoqué un miracle : le président, figure christique au dire de Marlène Schiappa, à défaut de trouver son chemin de Damas et d’abandonner le cap diabolique qu’il tient, en dépit de toute sagesse, pour conduire le pays vers toujours plus de misère et d’injustice sociale pour les uns et de privilèges pour les autres, vient enfin, d’un claquement de doigts, faire surgir l’argent magique des profondeurs des comptes en banque des milliardaires et tutti quanti. Cet argent qu’ils n’ont pas pour créer des emplois (malgré la générosité du CICE, payé par les contribuables, c’est-à-dire tout le monde car on sait que la TVA, payée par tous sans exception, constitue l’impôt le plus injuste qui soit) ou pour augmenter les petits salaires (ceux des femmes, en particulier), ces généreux donateurs le trouvent, du jour au lendemain, au vu et au su de la terre entière (et à cor et à cris), pour financer les réparations d’un lieu de culte destiné à ce que les fidèles adorent un pauvre parmi les pauvres, qui a prêché l’amour du prochain, l’humilité, et la charité, tout le contraire de l’évangile selon Emmanuel qui, lui, prêche le rêve de devenir milliardaire, la traversée de la rue pour obtenir un emploi, et fustige les gens « qui ne sont rien », c’est-à-dire ceux qui n’ont rien. Car, dans l’évangile selon Emmanuel, pour être il faut avoir.

Ce sont pourtant des gens qui n’étaient rien, des anonymes aux mains rugueuses et expertes qui, souvent au péril de leur vie, ont bâti ce chef-d’œuvre qu’est Notre-Dame, et ce sont des gens qui, selon l’évangile d’Emmanuel, ne sont rien qui la reconstruiront. Peut-être viendront-ils de Roumanie, de Pologne, ou du Pakistan, d’un pays en tout cas où la main d’œuvre est moins chère et les cotisations moindres ou inexistantes, il ne faut pas perdre de vue le sacrosaint credo de la rentabilité des entreprises, ni gaspiller l’argent magique, la manne tombée du ciel par miracle, qui servira à honorer un dieu dont les Pinault, Arnault, Bettencourt-Meyer, etc. continuent d’outrager l’enseignement sans vergogne, jour après jour, en toute discrétion, en comptant les millions d’argent magique que leur ont rapportés des dizaines de milliers de travailleurs exploités à travers le monde, des gens qui ne sont rien parce qu’ils n’ont rien.

« Y a quelque chose de pourri au royaume de truanderie » (Georges Brassens)

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