Transfiguration, Poème des 9-10 décembre 2008

Au soleil de ton amour, je vais, si seule, si transitoire, par les chemins bleus de chez moi, visitant mes lointains souvenirs et semant à la ronde, fleurs échappées des bouquets d’hier, des pensées passagères écloses pour toi par milliers.

 

       Transfiguration             

Au soleil de ton amour, je vais, si seule, si transitoire, par les chemins bleus de chez moi, visitant mes lointains souvenirs et semant à la ronde, fleurs échappées des bouquets d’hier, des pensées passagères écloses pour toi par milliers. Au soleil de ton amour, le vieil hiver sombre se déguise en éternel printemps et le vent sauvage qui noircit les nuages et saute à la gorge des hêtres vénérables vient souvent m’étourdir : mais il me grise jusqu’à l’explosion de mon rire. Au soleil de ton amour, ensevelis les vieux chagrins, victoire de ma joie de vivre !

 

Au soleil de ton amour, je me love au cœur d‘un mien rêve, paix de ton épaule promise, pour pouvoir oublier le présent d’un siècle à feu et à sang, tandis que là-bas, les cavaliers de l’Apocalypse poussent leurs chevaux à l’assaut des continents en déroute et des peuples à la dérive. Bombes qui éclatent, armes automatiques qui crépitent, gémissements des affamés et des malades, à chaque page de l’éphéméride. Et la douleur des anciens cimetières abandonnés. Au soleil de ton amour, loin du bruit, de la fureur de l’Histoire, je veux clore les paupières sur mon bonheur neuf pour mieux l’enchâsser au sanctuaire de ma mémoire.

 

Au soleil de ton amour, métamorphose de l’être, je suis le chat qui sommeille contre l’appui de la croisée aux vitres pimpantes, je suis le cygne déployé, blanc voilier de l’étang miroir du ciel, je suis le jardin de silence où parmi la sauge outremer butine l’abeille, où rutile la pulpeuse groseille, je suis le buisson des aubépines exhalant leur parfum de miel dans la touffeur de midi. Au soleil de ton amour, le paysage de tous les jours devient, pour moi seule, image au livre des merveilles du monde.

 

Au soleil de ton amour, voici que dame du temps jadis je chante, je danse, je souris, mes doigts essaiment des baisers doux et légers ; pétales de roses effeuillées, fragiles flocons de soie, ils viendront se poser sur le visage de l’aimé. Au soleil de ton amour, c’est ta voix que j’entends tout au long du jour répondant à ma voix, c’est ton cœur battant que j’écoute au rythme de mon cœur battant, c’est Toi, demain comme autrefois, que j’attends. Au soleil de ton amour, vois ! le poème firmament s’est constellé de myriades de je t’aime.

 

                 9-10 décembre 2008

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