Poème du soir

A travers toi, jour après jour, je vénérais, si chers, si humains, si généreux, ton père et ta mère que j’admirais tant, qui réservèrent ensemble hospitalité et amour à l’enfant de seize ans mal-aimée que j’étais, et qui te donnant la vie me léguèrent ma seule raison de vivre.

« A ta mort, tu n’emporteras que ce que tu as donné »      

                                            Saadi

 

Qu’ils reposent en paix !

 

A travers toi, jour après jour, je vénérais, si chers, si humains, si généreux, ton père et ta mère que j’admirais tant, qui réservèrent ensemble hospitalité et amour à l’enfant de seize ans mal-aimée que j’étais, et qui te donnant la vie me léguèrent ma seule raison de vivre. Ils dorment désormais pour les siècles des siècles, sous cette pierre où, reconnaissante, aimante, en pleurs, je dépose parfois des fleurs en leur honneur, avec respect, avec tendresse. A travers toi, ma piété et mes pensées poursuivaient le chemin de la mémoire et du lien indissoluble et fort qui les unissait à moi, à toi, et nous unissait toi et moi. Leur grandeur d’âme, leur charité chrétienne, furent telles qu’ils surent parvenir à l’oubli de nos fautes, à la puissance de l’amour et du pardon sans condition. Qu’ils reposent en paix ! La gloire de leur bonté illumine mes souvenirs et, je veux croire, les tiens.

Tu les quittas, brièvement, passagèrement, pour l’étrange amour de moi, mais l’image de ta noble mère auréolée de tant d’amour maternel dansait constamment devant mes yeux et, maladroite épouse sans doute, j’essayais, à mon tour, de t’offrir la même incomparable douceur, le bonheur d’un foyer chaleureux et fleuri, les traditions de son pays qui furent longtemps les tiennes, et mon adoration.

Je n’ai pas atteint ce port,  tu as préféré la liberté, loin de moi, loin de notre maison, loin de ce passé enfui. Et ma peine m’étreint le cœur en secret, tandis que les jours d’autrefois s’éloignent comme vaisseaux-fantômes disparaissant à l’horizon de nos songes, îles des paradis imaginaires où, voyageurs sans bagages, nous n’accosterons jamais.

                                               18 septembre 2021

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