La République du Déshonneur

Dans quelle République vivons-nous ? Quelle image de la France offrons-nous au monde ?

La République du Déshonneur

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron le 7 mai 2017, par défaut ("par effraction", selon ses propres termes, 24,01 % des voix au premier tour, 66,10 % au second parce que face à Marine Le Pen), les événements s’enchaînent à une vitesse vertigineuse pour faire de notre supposée démocratie la République du Déshonneur, tant notre jeune président manque de discernement et se moque de nous.

A-t-on déjà vu un Président de la République, de 39 ans, tout juste élu, limoger comme un malpropre le Chef d’Etat-Major des armées, un homme d’expérience et d’honneur comme le Général Pierre de Villiers aux côtés duquel pourtant il a paradé comme un gamin qui vient d’ouvrir un cadeau de Noël le 14 juillet ? Non, jamais.

A-t-on déjà vu un Président de la République, toute honte bue, s’enticher d’un garde du corps et le nommer Chargé de Mission à l’Elysée, ce qui n’empêche pas ce dernier de travailler pour une entreprise de sécurité, privée, en relation avec de sulfureux oligarques russes proches du Kremlin et des services secrets russes ? Non, jamais.

A-t-on déjà vu un Président de la République insulter les Français, ou encore le Président d'un Etat africain et même les pauvres du monde entier à tour de bras, méthode utilisée dès avant son élection, y compris à l’étranger ? Non jamais. Nous vivons vraiment dans un nouveau monde, celui de l'insolence, de l'arrogance, de la cruauté. Je rappelle un florilège de ses propos :

Les ouvrières de Gad sont selon lui, pour la plupart « illettrées », 17 septembre 2014 

« la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler «  27 mai 2016

« dans ce bassin minier [Nord Pas-de-calais], les soins se sont moins bien faits, il y a beaucoup de tabagisme et d’alcoolisme » 14 janvier 2017

 « dans une gare on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien» ! 29 juin 2017

« le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien ». 1er juin 2017

« Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes » Athènes, 8 septembre 2017

« certains, au lieu de foutre le bordel, feraient mieux d’aller regarder s’ils ne peuvent pas avoir des postes là-bas » 4 octobre 2017, Corrèze, en parlant de grévistes qui manifestent.

« du coup, il s’en va … Reste-là ! Il est parti réparer la climatisation » au Président du Burkina Faso, le 28 novembre 2017  

« les riches n’ont pas besoin de président, ils se débrouillent très bien tout seuls » 13 avril 2018 (donc le président est là pour mater les pauvres ?)

« on met un pognon de dingue dans les minima sociaux !» 12 juin 2018  

« Les Français détestent les réformes »  24 août 2017, en Roumanie

Le Français est l’exemple du « Gaulois réfractaire au changement"  29 août 2018 au Danemark

Pour trouver un emploi, il suffit de « Traverser la rue »,  Elysée, 15 septembre 2018

A un salarié qui, lors de « l’itinérance mémorielle » du président exprime sa détresse vis-à-vis de l’administration :« vous vous êtes fait empapaouter ! »  9 novembre 2018

La liste n’est sûrement pas complète.

 Enfin, et parce que ces mots sont le reflet de l’arrogance du jeune Président et l’ont couvert de ridicule, n’oublions pas le « Your delicious wife » 1er mai 2018, prononcé à l’adresse du Premier Ministre d’Australie.

Et je ne parle pas de tous ces malheureux qui, pour avoir voulu exprimer leur sentiment d'injustice, leur dégoût de cette politique, ou tout simplement parce qu'ils étaient là, au mauvais endroit, sans avoir quoi que ce soit à voir avec les manifestations, ont été tués (la vieille dame de Marseille qui fermait ses volets), blessés (Geneviève Legay et bien d'autres personnes), mutilés, par ce pouvoir de la honte, ceux qui ont perdu un oeil, ou une main, et dont la vie a basculé à jamais.

Et je ne parle pas de celui qu'Emmanuel Macron désigne pour représenter la France en Géorgie à l'investiture de la nouvelle présidente en décembre 2018, puis au Japon lors de l'intronisation du nouvel empereur en octobre 2019 ... Nicolas Sarkozy, présumé innocent bien sûr.

En outre, la République irréprochable d'Emmanuel Macron est truffée de politiciens véreux, même si Jean-Paul Delevoye a, en toute bonne foi et avec toute sa tendresse pour les députés de LREM (Delevoye dixit dans sa lettre à G. Le Gendre; que vient faire la tendresse dans ce contexte ?), oublié quelques détails sur sa Déclaration d’intérêt. Mais les Français que la Réforme des Retraites intéresse au plus haut point car elle détermine leurs toutes dernières conditions d’existence en ce bas monde, après des années de labeur et de galère, ont l’habitude de voir cette réforme confiée aux bons soins d’hommes en délicatesse avec la Loi et la Justice (comme par exemple M. Balladur, dont la campagne électorale de 1995 est soupçonnée de quelques irrégularités ou rétro-commissions et de quelques morts collatéraux à Karachi, M. Fillon dont l’épouse Pénélope a tant travaillé pour lui à l’Assemblée nationale, et maintenant M. Delevoye, trop occupé par ses multiples fonctions pour prêter attention à des petits détails matériels futiles, anodins, qui auraient pu figurer sur sa déclaration d"intérêt).

 Que peuvent penser de la France et surtout des Français, les étrangers qui nous regardent ? Nous vivons dans la République du Déshonneur.

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