Paris, 11 juillet 1986

Flâner avec toi dans les rues de Paris, c’était inscrire à jamais notre histoire d’amour aux pages de l’Histoire de France et l’Histoire de France aux pages de notre histoire d’amour. Paris exultait de son passé héroïque sous le soleil de l’été.

Paris, 11 juillet 1986

 Flâner avec toi dans les rues de Paris, c’était inscrire à jamais notre histoire d’amour aux pages de l’Histoire de France et l’Histoire de France aux pages de notre histoire d’amour. Paris exultait de son passé héroïque sous le soleil de l’été. Visiter encore une fois le Musée du Louvre pour admirer ensemble les chefs d’œuvre de la peinture mondiale, c’était partager l’émotion de l’artiste, une fois la toile terminée, imprégner notre mémoire d’un fugitif instant de beauté, transfiguration des souffrances, des angoisses, des questionnements, de l’exaltation du créateur aux prises avec son œuvre, ses pinceaux, ses couleurs, c’était respirer le bonheur d’être là, toi et moi, ensemble, après tant d’autres visiteurs, c’était rendre grâce au temps qui nous avait réunis, et communier dans la même célébration de la vie, le même sourire échangé.

Nous étions jeunes, tu étais fabuleusement beau, svelte, élégant, j’en étais fière et mon amour pour toi n’avait pas de limites. Plus de trente ans après, il n’en a toujours pas et je vis toujours sous le charme. Les passants se retournaient sur nous, joyeux de voir nos regards amoureux et rieurs. La vie nous souriait, nos visages rayonnaient, nos éclats de rire cascadaient pour un rien. Nous étions heureux de déambuler côte à côte, de fouler le sol de la splendide capitale, malgré les irrespirables vapeurs d’essence, le bruit et la vitesse des automobiles. Paris exultait de sa richesse dans l’insouciance du présent.

Ile de la Cité, Notre-Dame exhibait la splendeur de ses dentelles de pierre malgré l’indifférence de Dieu, et un peu plus loin, la Sainte-Chapelle éblouissante dans la lumière du jour vibrait de la clarté bleue de ses immenses vitraux ciselés, sous les hautes ogives des voûtes bleu de nuit aux étoiles d’or. Tout un passé somptueux et pieux ressuscitait par la foi du roi Saint-Louis et de ses artisans de génie ; la magnificence du lieu incitait à la prière, à la gratitude envers les tailleurs de pierre et les peintres verriers anonymes qui nous avaient légué ces édifices sans pareils. Luxueux écrin pour notre enchantement et les musiciens, la chapelle royale résonna de l’œuvre solaire de Vivaldi le vénitien et religieusement, amoureusement, dans le recueillement, nos mains se joignirent et se serrèrent, mues par la grâce de ce moment.

 

                                            19 septembre 2021

                                          Aimée Saint-Laurent ©

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