Poème du jour

Se levant, le soleil nimbe la brume de l’automne, voile ouaté sur les arbres de la vallée. Les rais de lumière ourlent d’un liseré d’or les tourelles du manoir, apparues dans la grisaille de son écrin de verdure

Automne, soleil levant

 

Se levant, le soleil nimbe la brume de l’automne, voile ouaté sur les arbres de la vallée. Les rais de lumière ourlent d’un liseré d’or les tourelles du manoir, apparues dans la grisaille de son écrin de verdure. Les araignées du jardin ont tissé leurs fils d’argent emperlés de rosée sur l'herbe rase de la pelouse. L’automne est là. Les hirondelles se sont déjà enfuies vers la Méditerranée, l’Afrique, les îles du Cap Vert, l'Arabie et les Indes où mon cœur fut autrefois empli de joie à les entendre gazouiller en plein ciel au mois de février, l’hiver là-bas en ma Normandie. Nous devrons compter les jours avant leur retour aux premiers bourgeons du printemps toujours trop court.

Des coups de feu éclatent au loin près des étangs, des cris d’oiseaux blessés déchirent le silence du petit jour, quelques plumes se dispersent au vent. Les hommes aiment l’odeur du sang de l’animal innocent. Les armes crépitent partout sur la Terre, les femmes et les enfants se terrent dans la misère de la guerre, et les Justes gémissent dans les prisons. Les poètes voudraient leur inventer des chansons, mais leurs larmes de plomb étalent l’encre des mots en pâtés sur le papier. Le Temps moissonne les bons et les méchants, la sagesse n’est nullement de ce monde, pas plus que l’amour, pays de mirages où l’on pose à peine ses bagages avant que de subir l’exil.

Mon amour est parti par une claire journée de printemps, le dieu Mars avait conquis notre présent, la colombe ensanglantée battu de l’aile sur l’herbe mouillée. Et mon cœur s’effondra sous le poids de la douleur. Aujourd’hui la gloire de l’automne chante une ode à la victoire du guerrier et endeuille ma mémoire.                                            

 

22 septembre 2021      Aimée Saint-Laurent ©

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