Noël dieppois (poème)

Ce que m'inspirait le solstice d'hiver au bord de la mer en 1993. Un petit clin d'oeil à Laurent Thines

Noël dieppois

 

Au ras de l’azur et des falaises

ivres de danses de liberté

les goélands criards déchirent le jour d’hiver

de leur blancheur aveuglante de leur gouaille

 

venus de tous les horizons les vents au long cours

s’arc-boutant aux eaux vertes de l’océan

ébouriffent les vagues à crinière d’écume

jusqu’au cercle fuyant où sombrent voiles et nuages

 

au-dessus de la ville le soleil livre bataille

contre les aquilons alliés en rafales véhémentes

et les bateaux de pêche désertés s’agitent à quai

dans l’air bleui comme de banquise

 

bariolée la matinée d’éblouissante lumière

glisse imperceptiblement à l’écart du solstice

 

deux mille ans de christianisme vous ont contaminés

condamnés peuples soumis d’Occident, de l’Afrique et d’Orient

en vos calendriers et vos âmes l’Avent reste imprimé

au fer rouge de l’erreur érigée en Vérité du dogme

temps des réjouissances pour les marchands du Temple

et les banquiers en leurs palais de silence d’ordre et de marbre

 

je ne veux Païenne voir au-delà de tout paysage

que la tragédie de l’Homme seul aux prises avec le monde

et mes louanges n’iront qu’aux libres oiseaux de mer

aux vents au soleil aux océans au hasard que je nomme Miracle

et qui les fit à notre image, éphémères sauvages cruels et beaux.

 

Dieppe, 13 décembre 1993

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