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Nicole Péruisset-Fache

Professeure agrégée honoraire, Docteure de l'Université de Rouen, Qualifiée aux fonctions de maître de conférences, Chercheure en sciences humaines indépendante, poète à ses heures

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Billet de blog 25 janvier 2023

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Mon ermitage

L’interminable chaos du monde me consterne, m’attriste, me désole, me désespère. Les gens âgés que nous sommes devenus ont pourtant, pour la plupart, fait de leur mieux pour le rendre meilleur.

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« Tu as rompu l’alliance

Tu t’es coupé de moi

Tu n’as pas cru que je T’aimais »

« Magnifié et sanctifié soit le Grand Amour » Karine Tuil (KADDISH POUR UN AMOUR)

Mon ermitage

L’interminable chaos du monde me consterne, m’attriste, me désole, me désespère. Les gens âgés que nous sommes devenus ont pourtant, pour la plupart, fait de leur mieux pour le rendre meilleur. Nous avons été dépassés par les puissants qui nous gouvernent et ceux qui les manœuvrent; ils font semblant de nous donner la parole quand nous votons. Ils tiennent la barre d’un bateau ivre. Et le monde, ce chef d’œuvre, se meurt.

Alors fi du monde, de ses glorioles futiles, des envolées ou des plongées du CAC 40, de l’indice Nasdaq, du Dow Jones et autres, dont se moquent les honnêtes gens ! Je préfère vivre de peu dans ma retraite loin des villes, lire et relire les messages des poètes, des Sages. Mon ermitage vaut bien celui de la Grande Catherine à Saint-Pétersbourg. Comme elle, je passerai et deviendrai une ombre, et cette très vieille maison abritera d’autres amours.

J’y vis avec mes souvenirs de vieille dame, la mémoire de l’époux tant aimé, mais en allé, que tout ici rappelle. J’y vis en moniale dans l’adoration de son dieu. Pas plus qu’une Carmélite, je n’entends la voix de mon dieu ; pas plus qu’elle, je ne le vois en chair et en os, mais lui seul est présent au secret de mon cœur, il vit dans mes pensées tout au long du jour et de la nuit. Je le vois en rêve. Sans être femme de marin, j’ai passé ma vie à l’attendre, à me réjouir par avance de son retour. Et je l’attends toujours, avec tout mon amour.

Il est si loin, l’Unique, l’Homme de mon destin, Celui qui fait encore chanter ma lyre, qui l’inspire de toute éternité, Celui dont j’aimais tant tenir la main, baiser les lèvres et les paupières de pétale, savonner le dos à main nue dans son bain, caresser les cheveux doux et bouclés, admirer le corps, entendre la parole, l’humour anglais, le rire. Je le croyais mon âme sœur pour toute la vie, comme il l’avait promis, comme il l’avait écrit.  Il a changé d’avis. Dans la vraie vie, j’ai perdu ces trésors, les seuls dignes d’être religieusement chéris. Mais ils sont à jamais enchâssés dans ma mémoire et inscrits dans mes grimoires.

Et dans ma solitude, ces images dansent comme de minuscules lampions de fête, des guirlandes de roses, de talismans, de parfums, ceux dont j’ornerai la maison quand Il reviendra sécher mes larmes, en ce monde plein d’alarmes ou peut-être le prochain.

  25 janvier 2023   Aimée Saint-Laurent © Chants des noces

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