Poème du 28 août 2021

Quand je pars, seule avec mes pensées, mes chagrins de vieille dame, à travers la campagne, sur les chemins à l’écart, c’est escortée de ton image adorée, des souvenirs de nos jours dorés. Tout au long du jour, tout au long de la nuit, tour à tour, leur présence dans mon cœur m’enchante, ils sont si doux, si tendres, ou comme Didon dans l'opéra de Purcell, je me lamente ...

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » Lamartine                


Un si grand amour

Quand je pars, seule avec mes pensées, mes chagrins de vieille dame, à travers la campagne, sur les chemins à l’écart, c’est escortée de ton image adorée, des souvenirs de nos jours dorés. Tout au long du jour, tout au long de la nuit, tour à tour, leur présence dans mon cœur m’enchante, ils sont si doux, si tendres, ou comme Didon dans l'opéra de Purcell, je me lamente, tu n’es plus là, près de moi, à portée de mes mains, de mes yeux, de mes lèvres, à portée des mots d’amour, ni même des mots de tous les jours. Ma vie n’est alors plus que rêve et mémoire, où sans rival tu règnes à la place de tous les dieux distants auxquels je voudrais pourtant rendre grâces, pour ton existence et notre rencontre.
 Quand je pars, seule avec mes pensées et mes chagrins de vieille dame, je ne vois plus le paysage, je n’entends plus les oiseaux, je ne sens plus le vent, je n’aperçois que ton visage parmi les nuages de mes songes, toi que j'attendrai jusqu'à la fin de mon voyage, et les rares passants m’indiffèrent. Seules les années vécues ensemble éclairent mes journées d'un peu de joie furtive, et je revis le miracle d'un grand amour que les orages de la vie ont emporté avec nos larmes aux abîmes de l’oubli, comme rafales d'équinoxes maritimes dispersant au loin les embruns.

Ton silence d’aujourd’hui résonne encore de tes paroles d’autrefois, à jamais inscrites aux pages de mon éphéméride. Il résonne de ta voix, tellement aimée, tellement espérée, rêvée, tellement attendue. Ton absence d’aujourd’hui irradie encore le suave parfum de ta peau nue; y rayonnent en secret la chaleur de mon corps entre tes bras, le charme de ton être dont je reste ensorcelée. Inextinguible incendie, la passion de nos vingt ans qui soudain ravit mon âme illumine toujours de ses flammes sublimes le monde qui fut nôtre il y a si longtemps.

Phénix au long cours, mon amour franchira sans retour toutes les distances, toutes les terres, tous les océans, toutes les galaxies de l’univers, pour tenter de te rejoindre où que tu sois, et si, d’aventure, s’attardant trop près du soleil, il brûle ses ailes d’ange messager, pour l'éternité, fidèle aux légendes des hommes, de ses cendres il s’éveillera et s’élèvera dans l’azur pour te chercher.

                                           28 août 2021

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