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Billet de blog 8 janvier 2026

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Haïti : La gauche et le secteur progressiste, entre sectarisme et impuissance

Pour l'équipe de Radyo Revolte, le silence, l'éparpillement et les querelles d'ego au sein du secteur progressiste haïtien ne sont plus de simples erreurs tactiques : ils constituent une trahison des aspirations populaires.

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Haïti : La gauche et le secteur progressiste, entre sectarisme et impuissance systémique

​ Une analyse critique de Radyo Revolte

​Dans la tourmente d'une crise qui menace l'existence même de la nation haïtienne, le silence, l'éparpillement et les querelles d'ego au sein du secteur progressiste ne sont plus de simples erreurs tactiques : ils constituent une trahison des aspirations populaires. Alors que les peuples du monde entier consolident des fronts communs pour résister aux assauts de l'impérialisme, la gauche haïtienne semble condamnée à errer comme un « oiseau isolé dans un désert ».

​ I. Le Syndrome de l'Oiseau Isolé : Un internationalisme de façade

​L’un des symptômes les plus alarmants de la déchéance actuelle est l’incapacité chronique à produire une position commune face aux agressions internationales. L’exemple du Venezuela est, à cet égard, une leçon d'amateurisme politique.

​Face à l’acte fasciste de l’impérialisme américain contre le pouvoir bolivarien et l'héritage du chavisme, nous n'avons vu en Haïti qu'une constellation de notes de presse désordonnées. Chaque structure a cherché à exister pour elle-même, privilégiant son propre logo à la puissance d'un cri unifié. Là où une plateforme unitaire aurait dû peser sur l'opinion nationale et internationale, nous n'avons eu que des réactions « tous azimuts ». Ce sectarisme réduit la solidarité à une simple gesticulation symbolique sans portée stratégique.

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© Crédits : Shutterstock

​ II. L’Auto-Accaparement : L'Égo comme frein révolutionnaire

​La dérive la plus toxique au sein du secteur reste la tentation hégémonique. Récemment, lors de la dénonciation de l'ingérence flagrante de l'OEA en Haïti, nous avons assisté à un spectacle désolant : deux organisations se sont auto-accaparé l'initiative, tentant de transformer un mouvement de principe en un instrument de prestige personnel.

​En reléguant les autres structures au rang de simples « serviteurs » ou de figurants, ces organisations reproduisent les schémas de domination coloniale et bourgeoise qu'elles prétendent combattre. On ne construit pas une avant-garde dans le vide ; on ne dirige pas un peuple en méprisant ses alliés. Cette mentalité de « petit chef » est le cancer qui ronge la résistance haïtienne.

​ III. L’illusion de l’avant-garde face à la crise systémique

​Haïti traverse une crise qui est à la fois :

​Systémique : Le capitalisme périphérique haïtien est à bout de souffle.

​Conjoncturelle : L'effondrement sécuritaire et l'absence de gouvernance.

​Structurelle : La dépendance totale vis-à-vis du Core Group* et de l'impérialisme.

​Face à ce colosse, la gauche marche à reculons. Pendant que les progressistes d'Amérique Latine (Brésil, Colombie, Honduras) renforcent leur unité pour reconquérir le pouvoir, en Haïti, le secteur se fragmente. L’incapacité de construire une « unité minimale » — un socle de points non négociables — laisse le champ libre aux laboratoires de l’international et aux forces réactionnaires locales, architectes du chaos planifié en Haïti. Être progressiste en Haïti aujourd'hui ne peut se limiter à des débats théoriques entre intellectuels de salon pendant que les masses populaires sont livrées au désespoir.

​ IV. Le Diagnostic : pourquoi cette faiblesse ?

​Ce mauvais comportement n'est pas un accident. Il est le fruit de :

​L'atomisation du mouvement social : Trop d'organisations sont devenues des boutiques politiques dépendantes de financements ou de visibilité médiatique.

​Le manque de formation idéologique : Sans une boussole claire, le pragmatisme et l'opportunisme prennent le dessus.

​La peur de la masse : Une partie de la gauche semble avoir peur de s'organiser réellement avec la base, préférant les intrigues de sommet à la mobilisation de terrain.

​V. Vers un dépassement révolutionnaire

Radyo Revolte refuse la fatalité. La révolution ne se fera pas avec des chapelles isolées se regardant le nombril. Nous appelons à une rupture radicale avec les pratiques passées.

​Nos exigences pour le secteur :

  • ​La fin de l'hégémonisme : Aucune organisation ne possède le monopole de la vérité ou de la lutte.
  • ​La création d'un Secrétariat de Liaison : Pour que chaque position internationale (Venezuela, Palestine, Cuba) et nationale soit portée par une voix commune.
  • ​ L'Unité d'Action : Prioriser les convergences sur les divergences secondaires.

​La gauche haïtienne doit choisir : s'unir pour devenir une alternative crédible, ou continuer à se diviser pour finir dans les poubelles de l'Histoire. L'heure est au dépassement des égos pour le salut de la Nation.

​ Pour un Front commun de la Dignité

​L'heure n'est plus aux bilans solitaires ni aux querelles de clocher qui, sous couvert de pureté idéologique, ne font qu'offrir un boulevard à l'ingérence étrangère et à l'effondrement national. Le peuple haïtien, dans sa résilience historique, attend du secteur progressiste non pas des leçons de rhétorique, mais une boussole.

​L'unité dont Haïti a besoin ne doit pas être un simple pacte de non-agression entre dirigeants, mais une Unité de Combat. Elle exige de troquer le « Je » du prestige personnel pour le « Nous » de la libération nationale. Si la gauche continue de se fragmenter, elle restera le témoin impuissant d'un chaos qu'elle n'aura pas su prévenir. Si elle choisit la convergence, elle devient la force irrésistible capable de briser les chaînes de la dépendance.

​Le choix est historique : soit nous périssons ensemble comme des isolats dispersés, soit nous nous levons comme un seul bloc pour réclamer notre souveraineté. Pour que vive Haïti, pour que triomphe la justice sociale, l'unité n'est plus une option — c'est un impératif révolutionnaire.

​ L'histoire nous regarde, et le peuple nous juge.

 Unissons-nous ou disparaissons.

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* : Le Core Group est composé des ambassadeurs en Haïti de l’Allemagne, du Brésil, du Canada, de l’Espagne, des États-Unis, de la France et de l’Union européenne, en plus du représentant spécial de l’Organisation des États américains (OEA) et du représentant spécial des Nations unies.

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