Affaire Seznec : Le grand secret. Le très mauvais livre d'Anne-Sophie Martin.

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Qui est Anne-Sophie Martin ?

C'est une réalisatrice de télévision qui vend ses reportages au plus offrant.
Je me suis très vite renseignée sur elle parmi mes consoeurs de la presse judiciaire.
Elle a la réputation d'un très mauvais caractère.
Et a écrit un vague livre sur Dupont de Ligonnès qui, m'a-t-on dit, n'a rien apporté à l'affaire.
Elle a également la réputation d'être une "journaliste-coucou" d'après une de mes amies qui se bat chaque jour pour la justice.
Oui, celle de piquer (le nid ?) et de s'attribuer le travail des autres, sans jamais dire merci.

Quant à l'affaire Seznec...
Son arrivée sur les fouilles de Traon ar Velin a été une vraie catastrophe !

Elle nous a fait subir, en mai 2018, sur France 2, dans 13 h 15 le dimanche, une très mauvaise émission sur les fouilles de Morlaix.
Et a immédiatement enquillé sur la publication d'un livre.
Qui est écrit sans goût et sans amour.
Et surtout sans sources.
Elle ne connait rien de rien de l'affaire Seznec.
Elle l'a prouvé, lors du Black Friday de Quimper, fin novembre dernier...
Où elle a été incapable de répondre aux objections du public.
Et où elle a cru bon de piquer une colère pour s'en sortir.

La première quatrième de couverture qui m'a été rapidement transmise...
M'a déjà fait hurler de rire.
Pierre Quémeneur en violeur de Marie-France, la femme de ce pauvre Guillaume Seznec.
Mais la suite était au-delà de la réalité.
La bibliographie est truquée.
Elle se vante d'avoir lu des livres dont elle a tout simplement piqué le contenu sur ce blog et sur mon blog La Piste de Lormaye.
Je vais tout reprendre en suivant la table des matières.
Et en vous servant des extraits choisis.

PARTIE I

L'Affaire

1/ Elle bouge encore

Comment "faire parler" la maison de Morlaix ?

"Un secret de famille, dit-il (NDLR elle parle de Langlois), voilà, c'est tout. Terminée, l'affaire Seznec aux pistes tentaculaires allant des truands parigots au complot politique. Circulez. Contentez-vous de vous représenter la scène. Un dimanche de mai 1923, Pierre Quémeneur vient à Morlaix, en l'absence du maître de scierie, et fait des avances plus que pressantes à Marie-Jeaznne Seznec. Avances repoussées avec l'énergie du désespoir. Il meurt, on ne sait trop de quelle façon. Si, accidentelle." (page 15)

2/ Visite chez Gabrielle

(page 31) :
"Nous (NDLR Denis Seznec et elle) sommes arrivés à Rennes. Tandis que Denis va discuter de l'opportunité d'une nouvelle révision avec son avocat local, je vais me promener. J'ai besoin de réfléchir aux qualités de cet homme si charismatique qui cite à tout bout de champ l'affaire Dreyfus, une erreur judiciaire pouvant en cacher une autre ; qui change sans cesse de propos et de piste comme si l'accumulation de détails disparates valait démonstration."

C'est dans ce chapitre, en pages 41/42 qu'elle nous sert sa seule recherche généalogique.
Un coup de téléphone à la mairie de Plourivo pour en savoir plus sur Marie-Gabrielle Guyomard.
Et qu'elle réussit à se planter dans sa date de naissance.
Elle nous écrit 19 novembre 1899 au lieu du 19 octobre 1899.

3/ Le grand embouteillage
Avec rappel des différentes pistes.

Et notamment celle de Lormaye qu'elle a saccagée (pages 53/54) :

"L'histoire est racontée par un homme circulant à vélo et qui, la nuit, rentrant chez lui, a vu un corps voler par-dessus le mur. Le corps de qui ? Quémeneur bien sûr. La date ? La nuit du 25 au 26 mai 1923. Enquêtant sur ce témoignage d'un homme défavorablement connu pour être souvent pris de boisson, les gendarmes tombent sur un épouvantail à moineaux tombé par terre. Mais un journal probablement visionnaire, L'Ere nouvelle, publie tout de même le rebondissement, car c'est le lieu qui paraît sérieux : Lormaye se trouve à une vingtaine de kilomètres de Houdan, lieu "officiel" de la disparition de Quémeneur. Mais comment une bande de dangereux malfaiteurs, alliés à un terrible marchand de bestiaux, auraient pu attendre et piéger Quémeneur, alors que ni celui-ci, pas plus que Seznec, ne savaient que, suite à des avaries automobiles, ils s'arrêteraient dans la région."

Non, non, à Lormaye, on ne voit pas de corps voler...
"Les gendarmes tombent sur un épouvantail à moineaux tombé par terre".
Ecrit, sans amour, je vous dis.

4/ La querelle des Denis

Au sujet de Denis Langlois (pages 82 et 84) :

"Oui mais, quand même, de là à violer le sacro-saint secret professionnel des avocats, à trahir les clients à qui sont dus la discrétion et le secret à vie ?"

"Nul ne sait si Guillaume fils a laissé quelque chose, un écrit, une autre cassette. Mais alors ? Que faire ? Comment parvenir à trouver un début de commencement de confirmation ? Le moindre soupçon de validation serait bienvenu."

Dans ce chapitre, recopiage des dires de Petit Guillaume.

5/ Les trouvailles du brocanteur

(Page 88) :

"Devenu grand, le voilà qui fait commerce de mobilier et d'objets de style breton, essentiellement entre l'Armorique et l'Amérique. Et réside à cheval entre les deux continents, avec femme et enfants, entre Finistère et Texas, au gré des saisons et de l'import-export. Dès nos premiers échanges téléphoniques, il me fait l'impression d'être un homme simple, la tête sur les épaules, pragmatique et cohérent, bref tout sauf un illuminé partant sur des constructions foutraques ou un donneur de leçons qui sait tout mieux que les autres. Il donne ce qu'il a, n'invente pas ce qu'il n'a pas."

Je me roule par terre de rire.

(Page 97/98) :
"Pensez à la cultissime scène du Crime était presque parfait d'Alfred Hitchcock. Alors que Grace Kelly répond au téléphone et que le tueur engagé par son mari Ray Milland , derrière elle, va lâchement l'étrangler, elle jette désespérément ses jolis bras dans les airs vers le bureau fort encombré, à la recherche de ce qui, n'importe quoi, pourrait la sauver... et se saisit des ciseaux fatals. Qui vont frapper et tuer l'agresseur. Contre toute attente. Il meurt, elle survit.
Retour à Morlaix : Marie-Jeanne, debout, fait face aux assauts de Quémeneur, elle n'aura pas le dessus physiquement, elle se tourne à demi pour s'écarter de l'agresseur et sa main agrippe désespérément le gros chandelier à côté de la pendule, et dans ce geste elle met ses dernières forces d'épouse fidèle, de croyante catholique sincère, de femme honnête qui se refuse à l'adultère. Derrière elle, la cheminée de pierre qui la bloque et l'empêche de fuir se révèle une planche de salut. Un réflexe désespéré. Elle lui flanque un coup - de chandelier Louis XV - sur le cigare. Clap de fin."

No comment.

Si, là, il faut choisir entre cette version et la version de la page 15 :

"Un dimanche de mai 1923, Pierre Quémeneur vient à Morlaix, en l'absence du maître de scierie, et fait des avances plus que pressantes à Marie-Jeaznne Seznec. Avances repoussées avec l'énergie du désespoir. Il meurt, on ne sait trop de quelle façon. Si, accidentelle."

Si c'est "accidentel", c'est qu'il est tombé en arrière (sur le fameux fauteuil/canapé de bois).

Si c'est "un coup sur le cigare", ce sont des coups et blessures, avec circonstances atténuantes de légitime défense.

L'auteur nous livre "deux scènes" différentes, dont les descriptions impliquent des qualifications juridiques différentes...
Pour une chroniqueuse judiciaire...

6/ Pourquoi Morlaix ?

(Page 109) :

"Et l'on retrouve le diable dans les détails : dans la valise jaune de Quémeneur retrouvée au Havre, il y avait aussi un Livret-Chaix, les horaires imprimés des chemins de fer français de l'époque : indice glissé par Seznec pour démontrer que Quémeneur avait bien pris le train (puisqu'ils étaient censés voyager en voiture), ou "erreur", "acte manqué" de l'assassin qui fournit malgré lui la solution de l'énigme."

J'ai refait le contenu de la valise de Quémeneur hier.

Pas un seul Chaix.

C'est pas grave, on continue.

S'ensuit une longue disgression sur la piste de la chaudière et Yvon Le Saout.

Et l'auteur recommence avec son obsession : il n'y a pas eu de véritables fouilles à Morlaix.

7/ Opération fouilles à Traon Ar Velin

(page 119) :

"Dans la chambre "Joséphine" du manoir situé près de la gare de Morlaix, les bâillements le disputent aux étirements. Je quitte à regret mon lit douillet pour gagner la rue de Brest, à l'heure où blanchit la campagne."

(page 125) :

"La maison Seznec devient sous nos yeux une "scène de crime".
L'heure est grave, Chantal, la compagne de l'avocat offre sa tournée de Chamallow."

PARTIE II

LE SECRET

8/ Actes manqués

(Pages 150/151)

Et là, on retrouve quoi ?
Mais la lettre du grand-père dont Jean-Yves Seznec parle partout...

"Juste avant de repartir, sans savoir si l'on allait se revoir un jour, Jean-Yves m'a glissé une confidence, comme pour me faire un cadeau, m'offrir un lot de consolation pour le dérangement. Il m'a raconté l'histoire de la lettre, celle écrite par son grand-père.
Comment a-t-il pu déchirer LA lettre et la jeter ? Pire, en ayant complètement oublié qui pouvait en être l'auteur, le destinataire, le sens du contenu.
(…)
Voilà c'est la seule lettre envoyée du bagne par le grand-père au père : elle commençait par "Mon Cher Guillaume" et était signée "Guillaume".
(…)
Sa mère lui avait donnée après le décès du père - en 1981 donc, - elle lui a dit ce qu'était cette précieuse épître, et il l'a gardée, chouchoutée pendant des années."

Et, là...

Je me souviens que la première fois que Jean-Yves Seznec m'a jointe, le samedi des Rameaux 2018...
C'était juste pour savoir ce que sa mère, Claudie Neyret-Seznec, m'avait dit lors de mon appel téléphonique de juin 2015.
Car Claudie ne lui avait, selon lui, JAMAIS parlé de l'affaire Seznec.
TOUS des menteurs les rejetons Seznec, je vous le dis.
Le mensonge doit être dans leur ADN.
S'ensuit l'histoire du Maroni, plus ou moins bien assimilée.

9/ Le jour où le secret est tombé

(Page 161) :

"Jean-Yves, le frère aîné, s'est longtemps douté qu'il y avait "quelque chose avec le grand-père". Mais il n'a aucune idée de quoi il s'agit. "Quelque chose", mais quoi ? C'est quand même bizarre d'avoir des portraits d'aïeux chez soir et de n'en jamais parler. Ou presque. Comme si c'était des étrangers, alors qu'ils sont nos aïeux."

C'est sûr...
Il est pas curieux le Jean-Yves.
Il est long à la détente.
Moi je n'aurais pas attendu mes 60 piges pour savoir ce dont il retournait.

10/ L'interview

(page 166) :

"Et s'ils flanchaient les deux frères qui n'ont jamais livré leur secret hormis à leur entourage proche - et encore, avec parcimonie - qui n'ont jamais donné d'interviews et encore moins parlé devant une caméra ? Mais qui s'apprêtent maintenant à faire une révélation cataclysmique."

Une révélation cataclysmique ???

Quel journal national a fait la Une sur ce secret ?

A part Détective ?

Si, si les deux frères avaient déjà livré leur secret.

Pour que je l'écrive sur mon blog, le lundi 26 mars 2018.
5 heures et demi de téléphone rien que pour Jean-Yves, ce jour-là.

En tout, il a bien dû m'appeler plus de 100 heures de mars 2018 à juin 2019.

Cela m'a valu tellement de jalousies....
Que, parfois, je préférerais qu'ils ne m'aient pas parlé d'abord.

Car c'est MOI qui ai convaincu le Jean-Yves d'accepter l'interview de la Martin.

En lui assénant : "Le plat ne repassera pas deux fois. Pour une fois que Laurent Delahousse prépare une émission sur l'affaire Seznec. C'est le moment rêvé pour balancer votre secret !"

J'ai les preuves de ce que j'avance en stock.

11/ La vérité enfouie au pied du Menez-Hom

Ce chapitre-là est un total copier-coller de mes articles de blog.

Et notamment celui du 9 mai 2018 : le serment devant le prêtre.

C'est Gabriel Seznec qui m'a parlé de la foutue croix devant laquelle le serment aurait été fait.

C'est moi qui ai dit et écrit "Plomodiern".

Et Gabriel a dit : O.K. C'est la croix que me décrivait mon père.

Jean-Yves a lu ce que j'avais écrit sur ce blog et l'a balancé, pour faire le kéké, à Anne-Sophie Martin.
(pages 186/187)

"Des mois plus tard, Jean-Yves me le dit enfin, il me révèle le dernier secret du serment, le lieu où fut faite la promesse : "Ils se sont retrouvés dans un endroit sacré, pour eux visiblement, au Menez-Hom.""

Pas bô de mentir Jean-Yves...
Pas bô !

12/ Un couple si secret

Tiens, je m'aperçois qu'elle a appelé le cimetière de Saint-Ouen.
Donc, avec la mairie de Plourivo, elle a quand même fait deux recherches pour son bouquin.

Là aussi elle a tout piqué sur mon blog.
Y compris le texte d'Yvonne de Sarcey glorifiant Marie-Jeanne.

Vous me direz, "Mais votre blog, madame Langellier, il est fait pour ça , non ?"

Oui, oui, il est fait pour ça..

A condition d'avoir l'honnêteté de le citer dans les sources.
Ce que madame Martin n'a pas fait.

13/ Marie-Jeanne

C'est là que l'on a la demande de pipe de Pierre Quémeneur à Marie-Jeanne (si, si, il faut appeler un chat un chat)...

(En page 226) :

"Il (NDLR Pierre Quémeneur) lui dit : Allez Marie-Jeanne, je vais vous la signer cette vente, je vous concède même un rabais parce que c'est vous, mais allez, allez, ma mie, juste une petite faveur au gentil Quémeneur… Ils sont seuls, il s'approche, mû par un désir chaque seconde plus brûlant, elle se cabre, la cheminée dans son dos. Elle est piégée. Non, Pierre !"

Côté roman à l'eau de rose, la tenancière du blog "Affaire Seznec Discussion" est battue à plates coutures.

14/ Une tragédie familiale

(En page 241) :

"En reprenant le drame de Kergleuchar, je pense inévitablement à la piste de Morlaix, à l'effet miroir de ces deux situations entre la mère et la fille, ces similitudes si troublantes à vingt-cinq ans d'écart : Marie-Jeanne, puis Jeanne qui se défendent, avec ce qu'elles ont sous la main et de toutes leurs forces, contre l'agresseur. Légitime défense. Jeanne victime de violences conjugales, reconnue comme égérie de la cause des femmes battues auprès du public et des journaux (NDLR égérie de la cause des femmes Jeanne Seznec ???????) Marie-Jeanne, défenderesse musclée de l'intégrité de la femme contre l'agresseur sexuel. Oui, une dynastie de "battantes" les dames Seznec."

Oups !

Le rapprochement des deux cas est plus qu'hasardeux, voire périlleux.

Jeanne Seznec a commis un crime en état de légitime défense, alors qu'elle était, effectivement, mariée à un salaud, François Le Her (père de Denis Seznec) qui la battait et qui l'humiliait.

Il y a eu procès et elle a été innocentée.

Personne, aujourd'hui, ne peut témoigner de la véracité d'une attaque sexuelle de Pierre Quémeneur contre Marie-Jeanne Seznec.
Personne.

15/ Eternels errements

(En page 260) :

"Tout ça pour en arriver là : la piste de Morlaix. La vérité de Guillaume fils, alias "Petit-Guillaume", ce cadavre qu'il a vu dans la salle à manger de Traon ar Velin. La mort de Quémeneur à Morlaix. Le serment de silence à Sainte Marie du Menez Hom. Seznec, innocent du crime, qui a payé pour sa femme, le preux chevalier. Par amour. Par raison."

Ah bon...
Sans aucunes preuves valables, on donne cette histoire pour vraie.

Quelle misère, mais quelle misère !

On retrouve également là le témoignage ridicule de Cecilia Morand de Saint-Lubin-de-la-Haye, fin 2018.

Faut bien faire du remplissage.

16/ Epilogue.

Retour à Plomodiern

Curieusement dans ce dernier chapitre...

Anne-Sophie Martin se traite de "pauvre buse normande" (page 274)...
Ou avoue "quelle quiche !" (page 277)

C'est à peu près la seule partie du livre où je sois totalement d'accord avec elle.

Quand débutent les cours au C.F.P.J., la célèbre école de journalisme de la rue du Louvre, le professeur demande :
"Quelles sont les trois principales qualités d'un journaliste ?"

Tout le monde se creuse les méninges...

Et le prof de conclure par la célèbre phrase de Kessel "L'exactitude, l'exactitude, l'exactitude !"

Apparemment, Anne-Sophie Martin et moi n'avons pas suivi la même école !

Au fait...

Il n'y a pas plus de "grand secret" que de beurre en branche.

Denis Langlois avait déjà tout révélé dans son livre "Pour en finir avec l'affaire Seznec", paru en février 2015.

Liliane Langellier

 

Affaire Seznec. Le grand secret d'Anne-Sophie Martin.

Prix : 19 € (Occasions à 9 €)
Broché : 288 pages
Editeur : Le Seuil (12 septembre 2019)
Collection : Documents (H.C)

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