Affaire Seznec. Medias : arrêtez la pensée unique !


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Octobre 1924. Quimper. Cour d'Assises.

Guillaume Seznec dans le banc des accusés.



Le 6 octobre 1992, au soir, je joignais Denis Seznec - qui venait alors de sortir son livre "Nous, les Seznec" chez Robert Laffont - pour lui demander de m'occuper de la piste de Lormaye. Un village près de Nogent-le-Roi, où, en 1928, la famille Quemin avait été soupçonnée d'avoir tué puis enterré le conseiller général Pierre Quemeneur dans leurs terres.

Après son accord, et à sa demande, je commençais ma première interview par Madeleine Fémeau. Institutrice à la retraite. Communiste. Résistante. Et mordue de l'affaire. A ce moment précis, je ne savais pas que je commençais une grande passion qui allait m'emmener plus loin et plus longtemps que je n'avais prévu.

Le 2 octobre 2004, était diffusé dans le 12/14 de France 3 Ouest un documentaire qui allait faire date dans l'histoire de l'affaire. 26 petites minutes, mais ô combien denses : "Seznec Quéméneur : une affaire d'Etat ?"  L'auteur en était Bernez Rouz. Lui, c'était l'Affaire. Avec un grand A. Il était allé rencontrer le petit-fils chez lui à Paris. Et c'est avec son accord qu'il avait poursuivi son investigation. Je lui avais servi également de guide pour les lieux Seznec à Houdan, à Dreux, et... à Lormaye, bien entendu.

Bernez Rouz (Bernard Le Roux) était le premier journaliste à avoir eu accès au dossier Seznec. Via le procureur de Quimper, Bruno Gestermann. Historien de formation, il avait également effectué de nombreuses recherches aux archives départementales du Finistère et de Loire-Atlantique. Il avait largement consulté la presse de l'époque tant locale que nationale. Bref, ses propos étaient inattaquables.

 

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Dès que j'ai pu regarder son documentaire sur Internet, je l'ai enregistré sur mon magnétophone.

Quand j'ai appris - par le plus grand des hasards - que ce documentaire ne serait pas diffusé sur France 3 Nationale, histoire de priver les Français d'informations gênantes, je l'ai décrypté mot à mot (très mauvaise méthode, nous avait-on enseigné au CFPJ !)

Des heures de boulot. Mais un résultat. Incontournable.

Vous pouvez le lire ici : http://www.piste-de-lormaye.com/article-affaire-seznec-le-jour-ou-1ere-partie-110639852.html

Et ici : http://www.piste-de-lormaye.com/article-affaire-seznec-le-jour-ou-2eme-partie-110646761.html

 

S'il y avait eu "censure" c'est que ce documentaire parlait d'un aspect que nous ignorions tous de l'affaire Seznec. Les trafics auxquels Guillaume s'était livré dès 1919. Bernez Rouz l'annonçait ainsi dans son documentaire :

"Seznec va plus loin. Le document que vous allez voir est inédit. En janvier 1920, les gendarmes à cheval de Locronan découvrent une voiture américaine de luxe cachée dans une grange de Plomodiern. Chez un cousin de Seznec. Les gendarmes sont intrigués parce qu'on vient juste de voler 200 voitures aux stocks américains dans la région nantaise. Une enquête est diligentée. Seznec est interrogé par le commissaire de police de Morlaix. Il explique, dans sa déposition, qu'il a acheté deux voitures américaines une Cadillac limousine et une Dodge Torpedo, près du parc américain, avenue de la Bourdonnais, à Paris. Il a pris livraison des voitures à Nantes. Il les a revendues à un garagiste de Marseille pour le marché algérien. C'est la preuve que Seznec, dès 1919, est en contact avec les grands traficants d'automobiles américaines en France."

Et Bernez Rouz de nous montrer le P.V. des gendarmes de Locronan.

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Pas un media n'a repris l'info !

En mars 2005, aux éditions Apogée, sort le livre de Bernez Rouz "L'affaire Quéméneur Seznec - enquête sur un mystère". Là aussi peu ou pas de retombées médiatiques.

Et pourtant, il est maintenant l'ouvrage référence sur l'affaire Seznec.

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Mais Bernez Rouz était devenu le salisseur du chevalier plus blanc que blanc ! On ira même jusqu'à l'accuser d'avoir sorti son bouquin alors que la Commission de Révision bûchait sur le dossier Seznec depuis le 24 janvier. Et ne rendra sa décision que le 11 avril 2005.

11 avril 2005... Denis Seznec écrit dans son livre en page 606 : "Un ami a compté les caméras : vingt-trois, moins une tombée dans l'escalier. Les chaînes annonçaient l'évènement depuis deux jours. Malgré la mort du Pape et du Prince Rainier, malgré le mariage du Prince Charles et la réunion Clinton-Sharon, Seznec fait partout l'ouverture."

Denis Seznec et les medias : une longue histoire d'amour. Des deux côtés.

Il y a eu cependant un bémol. Le Point, sous la plume de l'une de ses journalistes, Emilie Lanez, a osé poser une question dans son numéro du 31 mars 2005 : "Et si Seznec était coupable ?"

Denis Seznec réagit violemment. Il n'est certes pas habitué à ce que les medias osent le contredire : "Une épreuve démoralisante m'attend encore. Le 31 mars 2005, un grand hebdomadaire affiche en plat de résistance : "ET SI SEZNEC ETAIT COUPABLE ?" Six pages ! C'est le bon moment de faire du battage à contre-courant, quitte à affirmer des contre-vérités et présenter Bonny comme un bon policier !"


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Vous pouvez lire l'article en entier ici : http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-17/et-si-seznec-etait-coupable/920/0/36849

 

Voilà. Et puis c'est tout. A part France 3 Ouest et Le Point, aucun autre media n'a osé aller contre la version répétée ad nauseam par le petit-fils !

On est passé d'un extrême à l'autre. Et Dieu sait que je n'aime pas les extrêmes...

La presse, tant régionale que parisienne, de 1923/1924, voit en Guillaume Seznec un assassin. Celle d'aujourd'hui le décrit en martyre. Je vous rassure tout de suite, aucune des deux n'a fait d'investigations.

Mais de quoi (ou de qui) ont-ils donc peur ?

 

Liliane Langellier

P.S. Pour plus d'informations : voir mon blog : http://www.piste-de-lormaye.com/ 

 

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