Et si, après tout ça... L'affaire Seznec n'était qu'un simple crime passionnel ?

 

Le premier qui ait sonné l'alerte, le fit volontairement post mortem. Il s'agit du juge Jean Favard, dont le remarquable livre "Quelques affaires retentissantes. Seznec, Dominici, Dils, Raddad. Les révisions en question." fut publié en février 2011.

On peut lire en page 92 de son ouvrage :

"Je n'étais, il est vrai, pas au bout de mes surprises. Car voici que Denis Langlois, après avoir obtenu une copie de la décision de la Commission, souhaitait me rencontrer. Où aurais-je pu trouver meilleur connaisseur de l'affaire ? Je n'en étais plus saisi, mais pouvais-je m'en désintéresser ? Son appréciation de la dialectique de la décision méritait d'être écoutée.

Ainsi, le 17 juillet, m'apprenait-il qu'à son sens la décision de rejet était "tout à fait logique". Après quoi, il me révélait que son livre, le maximum qu'il ait pu faire dans le sens de l'innocence possible, avait "souverainement déplu" à Denis Seznec. Ce qui avait entraîné son éviction, au profit de Jean-Denis Bredin, bien qu'il ait été pendant 14 ans l'avocat bénévole de la famille Seznec.

J'eus droit, en supplément, à une version inédite de la mort de Quéméneur. Au lieu de se rendre à Paris, celui-ci serait rentré en Bretagne pour rejoindre Marie-Jeanne Seznec dont il aurait été l'amant ! Du coup, c'était à Morlaix que Quéméneur aurait été tué, lors du retour de Seznec. Ce qui expliquait qu'une partie de la famille se soit montrée très réservée sur l'opportunité des diverses demandes de révision.

Quant au petit-fils, Denis Langlois estimait que c'était moins la vérité qui l'intéressait que ses rapports avec les médias. Avec l'idée qu'à force de répéter tous azimuts ce que l'on souhaitait faire reconnaître, cela finisse par devenir une vérité admise."

 

Il y a environ un an, Me Denis Langlois ouvre son propre blog, où on peut lire :

"(Le livre de Jean Favard, magistrat spécialiste des questions pénitentiaires et ancien conseiller technique du Ministre Robert Badinter, n’a été publié qu’en 2011. Il avait expressément demandé que cet ouvrage ne paraisse qu’après sa mort survenue en 2010.)

Le 17 juillet 1996, Me Langlois eut un entretien avec Jean Favard, le conseiller-rapporteur de la Commission. Cet entretien est relaté quinze ans plus tard par Jean Favard dans son livre "Quelques affaires retentissantes. Les révisions en question". Cependant, le récit comporte plusieurs erreurs, notamment en ce qui concerne la version personnelle que Denis Langlois a donnée de la mort de Quémeneur.

(...) En s’adressant à lui, Me Langlois pensait que la révélation du "secret de la famille Seznec" pouvait aboutir à une nouvelle procédure en révision fondée non pas sur l’innocence complète de Seznec comme cela avait jusqu’ici été le cas, mais sur le doute en ce qui concerne le meurtre de Quémeneur (la participation de Seznec aux faux en écriture n’étant guère contestable)."

Qui oserait remettre en doute la parole de l'un ou de l'autre ? Certainement pas moi.

 

Et puis, voilà que la semaine dernière, sur un forum plutôt pro Denis Seznec, l'un des modérateurs écrit le post suivant :

"Il y a plusieurs mois, j'ai tenté d'en savoir plus auprès de maitre Langlois. Voici sa réponse :

Il ne m'est pas possible actuellement d'en dire plus sur le "secret de la famille Seznec". Un jour peut-être... Mais je préférerais que cela vienne de Denis Seznec ou d'un autre membre de sa famille. Il n'est jamais trop tard pour s'approcher de la vérité.

Cela rejoint une hypothèse déjà émise : Quemeneur aurait eu une liaison avec la femme de Seznec. Les deux hommes se seraient disputés et Quemeneur serait mort par accident (coups volontaires ayant entrainé la mort sans l'intention de la donner). A l'époque, seuls Seznec et sa femme auraient été au courant. Et ils ont tenté le coup de l'innocence. Hypothèse bien sûr. Il est fort possible aussi que ce secret ait été transmis par la suite à leur fille. Denis Seznec n'aurait appris ce secret peu avant le décès de sa mère alors qu'il luttait déjà pour la réhabilitation.Impossible par la suite de raconter publiquement que son grand-père avait tué accidentellement Quemeneur. Dans l'esprit de la famille, Guillaume n'était ni un meurtrier, ni un assassin."

Sa parole et son honnêteté ne sont pas non plus à remettre en doute.


J'ai donc repris la plume, pour essayer d'y voir plus clair dans cette hypothèse qui avait déjà été évoquée dans certains ouvrages. Et, moi aussi, j'ai écrit sur l'hypothèse du crime passionnel.

Ce ne fut pas simple. Car, pour tout vous avouer, j'ai toujours été intimement persuadée de l'innocence de Guillaume Seznec.

Ce ne fut pas simple. Car je m'étais jurée de fermer mon blog.

Ce ne fut pas simple. Car plus j'écrivais, plus me revenaient à l'esprit des documents et des détails que j'avais rangés dans un coin de ma mémoire.

Ce ne fut pas simple. Mais quand on mène une enquête comme je l'ai menée, il ne faut pas reculer devant une vérité. Même si elle risque de tout faire basculer.


Liliane Langellier

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.