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Billet de blog 13 mai 2015

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Affaire Seznec : Quémeneur a-t-il été enterré à Morlaix ?

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Il est dérangeant le dernier livre de Maître Denis Langlois...

"Pour en finir avec l'affaire Seznec"

Il est dérangeant car il oblige à repenser l'affaire autrement.

Et plutôt qu'en finir, on se prend alors à relire tous les faits sous une autre lumière.

La curieuse attitude de Guillaume Seznec

Tous ses actes ont été analysés. Et de près. Depuis ce samedi 26 mai au tout petit matin.

Tous ses actes ont été analysés.

On a cherché qui, quoi, où, quand, comment, mais on a juste oublié "pourquoi ?"

Et pourtant, si l'on accepte le secret de famille tel que raconté par le fils aîné, Petit-Guillaume, c'est le "pourquoi" qui devient intéressant.

Le retour à Morlaix

Force est de constater que l'on sait bien peu de choses des évènements qui se sont déroulés à la scierie de Traon ar Velin entre le lundi 28 mai et le vendredi 1er juin 1923.

Le mardi, Guillaume fait réparer la Cadillac par Pierre Lucas, mécanicien à Morlaix.

Même Denis Seznec, en page 106 de son ouvrage "Nous, les Seznec" juge bon de le mentionner :

"Les jours suivants, Guillaume Seznec ne s'étonne guère de ne pas avoir de nouvelles de Pierre Quemeneur. Le conseiller doit être tout entier occupé par ses transactions et autres affaires, et il ne se manifestera que lorsqu'il aura besoin de son associé."

Cinq jours de vide absolu.

Ce qui permet de reprendre des forces, car la suite va être costaude.

Du 1er au 28 juin 1923

Là s'établit la stratégie.

Celle qui va sacrément nous balader.

Et surtout nous éloigner de la scierie.

Pour voyager, on va voyager.

Paris le samedi 2 juin. Trégastel le dimanche 3 juin 

Saint-Brieuc le lundi 4 juin. 

Jour où Jenny Quéméner va être assez mal reçue à la scierie. Pour avoir tenté d'obtenir quelques nouvelles de son frère absent. 

Et puis Rennes, le dimanche 10 juin, avec Jean Pouliquen et Louis Quéméner, histoire de voir de plus près la brigade mobile.

Le 11 juin à nouveau Saint-Brieuc.

Du 12 au 14 juin : la gare de Plouaret et le voyage au Havre.

Le 20 juin : Le Havre encore avec la découverte de la valise de Pierre Quémeneur.

Ces voyages nous éloignent d'un seul lieu : la scierie de Traon ar Velin.

Et si....

Et si c'était la stratégie adoptée par le couple Seznec pour éviter que quelques curieux ne viennent à s'aventurer chez eux.

L'enquête policière 

Si l'on reprend l'hypothèse d'une manipulation de Guillaume Seznec pour tenir tout ce petit monde éloigné de la scierie...

On voit différemment sa confusion entre les gares de Dreux et de Houdan.

On comprend mieux ses hésitations pour reconnaître le restaurant "Le Plat d'Etain".

Son impossibilité de dire où il s'est vraiment séparé de Pierre Quémeneur.

Tant qu'on reste dans un périmètre entre Houdan, Dreux et La Queue-les-Yvelines, on ne revient pas sur Morlaix.

Tant que Guillaume Seznec reste dans la confusion la plus totale dans ses dires, on ne va pas chercher ailleurs.

Et le commissaire Achille Vidal, tout fringant qu'il est de sa personne, se fait manipuler comme les autres.

Il finit par acquérir la certitude que Quémeneur a été assassiné du côté de Houdan.

Et cette certitude, il ne va pas se priver de la refiler au juge Campion.

L'instruction

Campion est d'une part sûr d'avoir devant lui le coupable. Et, d'autre part, certain que Quémeneur a été assassiné dans la région de Dreux/Houdan.

Le reste n'a plus qu'à suivre....

Reste la découverte de la machine à écrire. 

Ce n'est pas tant la machine à écrire qui va gêner Guillaume Seznec, mais plutôt le fait qu'on la découvre à la scierie.

Vous en déduisez quoi ?

Qu'elle était sans doute planquée ailleurs. Et qu'elle fut ramenée in extremis. Après une dénonciation en bonne et due forme aux policiers de Cunat.

Le procès

Si Guillaume Seznec sauve sa tête, c'est que l'un des jurés va s'écrier : "C'est un crime passionnel".

Pour le reste, Guillaume s'en tient à sa stratégie première : parler de tout sauf de Morlaix.

Distraire tout ce beau monde entre la consommation d'essence et les pneus de la Cadillac, les tomates du garde-barrière de Houdan et le cric oublié quelque part sur la route...

Les pistes de diversion

Une fois Guillaume condamné au bagne, Marie-Jeanne d'abord (aidée par son beau-frère journaliste Petitcolas), Marie-Anne Colin (mère de Guillaume), Jeanne puis enfin Denis Le Her Seznec vont chercher à faire réviser le procès.

Mais aucun élément nouveau ne concernera Morlaix.

Qui a été volontairement rayé de la carte familiale.

Même si Marie-Jeanne reste habiter à la scierie jusqu'en septembre 1925. Même si elle habite Garlan, quasi un faubourg de Morlaix jusqu'à fin 1926/début 1927, avant de partir se placer comme bonne à tout faire à la Capitale, Morlaix est rayée de la carte

Ils n'en parleront jamais

Et c'est là que revient le "Pourquoi ?"

Et c'est là que se découvrent - ce que l'on supectait déjà - les graves lacunes tant de l'enquête policière que de l'instruction, puisqu'aucune enquête de proximité n'a été effectuée.

C'est très fort.

Ils ont couru partout.

Et n'ont pas même pensé à creuser sous les pieds des suspects.

C'est bien joué.

Ce n'est pas roublard qu'il était Guillaume Seznec, c'était surtout un acteur de théâtre remarquable qui a aussi assuré la mise en scène d'une pièce que tout le monde a applaudie.

Et maintenant ???

Et maintenant il serait grand temps de rattraper tout ce temps perdu.

Il serait grand temps de chercher là où les autres n'ont fait que passer.

Il serait grand temps que la justice accorde plus que quelque crédit à un avocat qui fut pendant quatorze années le défenseur d'une famille qui s'est jouée de tous.

Sauver l'une pour laisser condamner l'autre.

Maintenant il serait grand temps.

Que des fouilles soient entreprises au bon endroit avec tout le matériel nécessaire.

Oui, il serait grand temps.

Liliane Langellier

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