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Billet de blog 20 avr. 2018

L'affaire Seznec revisitée par Liliane Langellier

Tout ça s’est passé un dimanche… Un dimanche juste après la Pentecôte. Oui, le dimanche 27 mai 1923.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce week-end-là, Guillaume Seznec est allé pour affaires à Paris avec son pote, le conseiller général de Sizun (Finistère) Pierre Quémeneur.

Ils sont tous deux "en affaires".

Pierre Quémeneur souhaite vendre sa propriété de Traou Nez en Plourivo (près de Paimpol) aux Seznec.

Guillaume Seznec, intéressé, lui a versé un important dessous de table, en francs et en or.

Les Seznec ont en effet blanchi, de 1917 à 1919, le linge des Sammies de Brest, moyennant un bon petit pécule en dollars or.

Mais les temps sont durs.

Et aussi bien Quémeneur que Seznec ont leur trésorerie courante à plat.

Il est donc temps de se refaire.

Ce voyage, c'est un peu leur voyage de la dernière chance.

Mais...

Mais le voyage a été harassant.

La Cadillac qu’ils doivent livrer en premier exemplaire d’une commande enquille pannes sur pannes.

Comme si elle avait été sabotée le temps de sa remise au garage.

Après avoir quitté Rennes le vendredi 25 Mai à 5 heures du matin, ils ne parviennent à Dreux qu’à 16 h 30 de l’après-midi.

Chez le garagiste Hodey.

La panne est lourde.

Très lourde.

Tout cela les mène jusqu'à l’heure de l’apéro Chez Noé, rue Rotrou, vers 19 h 30.

Pierre Quémeneur en a marre.

Très marre.

Il est pressé.

Très pressé.

Il ne peut pas rater ses rendez-vous du lendemain à Paris.

Il a déjà compulsé plusieurs fois nerveusement le Chaix.

Il envisage désormais le train pour être à l’heure à ses rendez-vous.

Quels rendez-vous ?

Le rendez-vous  avec l’escroc Gaston Vacquié qui va lui proposer un poste mirifique à la B.P.C. (Banque Privée Coloniale) 150 avenue du Maine ?

A condition qu’il apporte toutefois une forte somme à injecter dans le capital.

A cet effet, il a déjà dû demander en urgence à son beau-frère notaire un remboursement anticipé d’un prêt de 60.000 Francs.

Le rendez-vous  avec Ernest Ackermann ou Francis Gherdi avec lesquels il doit conclure une affaire de vente d’un petit lot de voitures Cadillac ?

C'est Seznec qui lui a signalé l'affaire.

Parce que Guillaume, lui, les bagnoles, c'est son truc.

Pierre Quémeneur s’énerve…

Au départ de Dreux, après avoir juste dépassé Houdan, l’un des phares éclaire mal.

Il faut acheter une lanterne.

Retour sur Houdan.

Achat de la lanterne chez Jeangirard.

Dîner rapide au restaurant Le Plat d’Etain.

Il n’est que juste temps.

Celui d’attraper un dernier train pour Paris.

Pour Houdan et Dreux c’est râpé.

Reste encore Versailles Chantier.

Où il y a un train pour Paris à 23 h 08.

La Cadillac tiendra bien jusque là.

Quémeneur arrive à Paris à 23 h 34.

Après une courte nuit de repos…

Il pourra quand même honorer ses rendez-vous du lendemain.

Juste avant de le quitter, il a dit à Guillaume Seznec de retourner sur Morlaix.

Et de confier la guimbarde à son mécanicien personnel.

Sur Paris, les réparations sont trop coûteuses.

Donc Seznec se traîne lamentablement avec sa Cadillac quelque part entre Gambais et Morlaix.

Et pour se traîner, il se traîne.

Pierre Quémeneur, dans son périple parisien, a quand même le temps de rencontrer un pays dans le tram….

Un certain François Le Her qui en profite pour lui raconter ses misères.

Puis c’est la gare de Montparnasse.

Et le train Paris Brest qui le mettra à Morlaix à 6 h 08.

Il est en forme, Pierre Quémeneur.

Très en forme.

Il a calculé qu’il arriverait à Morlaix, chez les Seznec, bien avant Guillaume.

Parce que Marie-Jeanne…

Marie-Jeanne lui a tapé dans l’œil.

Et que cela devient urgent de se découvrir car de Jaegher, l’escroc, traîne tout le temps à la scierie.

Et c'est qu’il est plutôt beau gosse, le gars André.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Marie-Jeanne, toujours accorte l’accueille.

Mais  quand il devient pressant, les choses se gâtent.

Surprise, elle se débat..

Elle crie... 

Lève la main…

Décontenancé, Pierre recule...

Et rate la petite marche qui sépare les deux pièces.

Il bascule.

Et va s’éclater le crâne sur l’accoudoir du lourd fauteuil breton.

Mort.

Il est mort.

Bien mort.

C’est à ce moment précis que Petit Guillaume se hisse à la fenêtre et voit la scène.

La bonne Angèle Labigou arrive aussitôt.

C’est la catastrophe.

Que faire ?

Si ce n'est attendre le retour du chef de famille.

Quelques heures plus tard, Guillaume Seznec arrive de son périple parisien.

Devant le spectacle, il est atterré.

Il pleure.

D’abord son copain.

Mais aussi, mais surtout l’argent qu’il lui a donné en lousdé pour acquérir la propriété de Traou Nez en Plourivo.

Il va falloir faire vite.

Mais avant il faut jurer.

Oui, les 4 personnes présentes vont devoir jurer de ne jamais dire ce qu’ils ont vu dans le salon de Traon ar Velin, Morlaix, ce jour-là.

C’est le serment.

Et un serment, pour les catholiques, ce n’est pas rien.

Il va falloir faire vite.

D’abord emporter le cadavre loin, très loin de Morlaix.

Il appelle de Jaegher qui vient l’aider aussitôt.

Angèle a enveloppé le cadavre dans un drap.

Les Seznec sont extrêmement catholiques.

Et il leur paraît évident qu’il faille donner une dernière demeure correcte et décente au conseiller général.

Ils vont donc aller l’enterrer.

Ont-ils poussé la conscience jusqu'à l'enterrer sur ses terres de Traou Nez ?

L'enterrer, oui, pas le brûler, car la crémation en 1923 est formellement interdite par l’Eglise.

Et que les commandements de l'Eglise, chez les Seznec...

Guillaume Seznec est de retour de sa morbide excursion le lundi 28 mai en milieu d’après-midi.

Maintenant il va falloir faire vite.

Très vite.

Il faut éloigner tout le monde de Morlaix.

Le meilleur moyen de brouiller les pistes est d’enquiller un second voyage Morlaix/Paris avec son chauffeur Samson, cette fois.

En insistant bien sur Houdan et sur Dreux.

Ainsi les témoins ne sauront plus où ils en sont quand les policiers viendront les interroger.

Il faut aussi tenir la famille du conseiller général le plus éloignée possible.

D’où le périple du 13 juin au Havre pour envoyer un faux télégramme à Landerneau.

D’où la valise de Pierre Quémeneur confiée à son ami Alphonse Kerné, qui va l’emmener en gare du Havre dès le 20 juin.

Entre-temps, il a élaboré tant bien que mal des fausses promesses de vente qui devraient lui permettre de ne pas perdre toutes ses économies.

Il  est même allé lui-même en train jusqu’à Paris le samedi 2 juin pour bien montrer qu’il cherchait des nouvelles du conseiller général.

Et aussi pour se renseigner auprès de l'avocat Gauthier sur la valeur des promesses de ventes quand l'une des parties disparaît.

Il était temps.

..............

Le lundi 4 juin, Jenny Quémeneur, la sœur de Pierre, débarque à la scierie.

Le vendredi 8 juin, le notaire Jean Pouliquen, beau-frère de Pierre Quémeneur,  s’en mêle.

Et le notaire, lui, c'est un coriace !

Manque de chance pour Seznec...

C’est toujours le dernier à avoir vu la victime qui est considéré comme l’assassin.

Mais, là, pas question de flancher car ses enfants ont besoin de leur mère.

Oui, pas question de les priver de leur mère.

Quelqu'en soit le prix.

Enervés par l'importance que cette enquête a prise dans la presse...

Les policiers se font de plus en plus pressants.

Le jeudi 28 juin 1923, pour répondre à leur convocation, Guillaume se rend librement à la Sûreté Générale à Paris.

Il ne recouvrera sa liberté que le 1er juillet 1947.

Après 20 ans de bagne.

Liliane Langellier

P.S. Tous ceux qui savent...

Savent ce que représentait, pour moi, le blog "L'Affaire Seznec revisitée".

P.S. 2 Cette version n'aurait pas pu être écrite sans les révélations faites à l'auteur par Jean-Yves et Gabriel Seznec.

Fils aîné et dernier fils de Petit Guillaume.

Lui-même fils de Guillaume Seznec.

P.S. 3 Pour preuves de mes recherches, lire mon blog Seznec Investigation.

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