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Billet de blog 21 janv. 2014

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Affaire Seznec : 14 demandes de révision et un planning très familial !

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Le juge Charles Victor Hervé et Guillaume Seznec

Le procès de Guillaume Seznec se déroule aux assises de Quimper du vendredi 24 octobre 1924 au mardi 4 novembre 1924.

148 témoins sont convoqués à la barre. 123 cités par l’accusation et parmi eux 53 policiers.

Les 12 jurés doivent répondre à 3 questions :

- Seznec est-il coupable d’avoir, dans la nuit du 25 au 26 mai 1923, volontairement donné la mort à Pierre Quemeneur ?

- Seznec a-t-il agi avec préméditation ? Avec guet-apens ?

- Est-il coupable d’avoir commis un faux en écriture privée ?

Seznec sauve sa tête de justesse. Mais il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Pour en obtenir un résumé plus concret : wikipedia.

90 ans plus tard, les quatorze demandes de révision ne nous ont apporté aucun élément susceptible d’éclairer cette sombre affaire.

C’est la famille qui se bat. Avec des avocats, bien sûr. Mais c’est la famille et toujours la famille qui décide de l’orientation à donner aux demandes de révision.

Commençons par le commencement.

I – Marie-Jeanne Seznec

En 1925/1926, Marie Jeanne dépose quatre demandes de révision. Bien sûr, elles ne sont pas si élaborées que les dernières en date. Mais ce sont des demandes de révision. Elle est aidée en cela par son beau-frère Emile Petitcolas. Un personnage peu mis en lumière dans l’affaire. Mari de Marianne, la sœur de Guillaume Seznec, Emile est d’abord un journaliste, voire un rédacteur en chef (La Dépêche de Brest, Le Temps) mais aussi un grand franc-maçon avec un solide carnet d’adresses. Elle est aussi aidée par son avocat Me Marcel Kahn.

Les quatre premières demandes de révision concernent :

1 - Jean Guyoton. Pas franchement équilibré. Et qui prétend avoir croisé Pierre Quemeneur au quartier dit des agités de l’asile Saint-Athanase de Quimper.

2 - Francis Boudjema Gherdi, l’Américain (qui se révèlera être un juif algérien né à Chébli en 1892) qui aurait été le contact parisien, le rendez-vous de Pierre Quemeneur à Paris. Mais qui aurait pu tout aussi bien être un consommateur habitué du café « Au Tambour » grand lieu de rencontre des trafiquants de toutes sortes car situé juste face aux fameux stocks américains parqués au Champs de Mars.

Ici, c’est intéressant, car, le 6 avril 1926, Marie-Jeanne prévient la presse AVANT la magistrature. Ce qui sera toujours le modus operandi des Seznec.

3 - Dame Petit : un curieux personnage. Qui vient voir Marie-Jeanne le soir même juste après le procès. Pour lui raconter qu’elle a passé l’après-midi du samedi 26 mai en la galante compagnie de Pierre Quemeneur. On commence ici même la longue liste des témoins de « survie » du dit Quemeneur après la nuit du 25 mai.

4 - Madame Lamarque : Là, c’est La Dépêche de Brest qui publie le témoignage avant l’action de Marie-Jeanne, fin 1926. Cette dame aurait vu… Passons…

Le Procureur général de Rennes donne un avis défavorable à ces quatre demandes. Qui, de fait, ne sont pas transmises par le Ministre de la Justice à la commission de révision.

Pour plus de détails lire sur le blog de la piste de Lormaye.

II. Guillaume et Jeanne Seznec

1931. Entrée en scène du « grand gourou » de l’affaire Seznec : le juge Charles Victor Hervé. Et de sa piste de Traou Nez (Plourivo).  Qui arrange tout le monde car l’affaire reste en famille. En deux mots, Pierre Quemeneur revient de Paris (on est toujours dans la thèse de survie) et trouve la maîtresse de son frère Louis couchée à l’attendre. Il ne résiste pas à la tentation. Et voilà que Louis les surprend, et, fou de jalousie, tire sur son frère et le blesse gravement.

Je me demande si les gens qui ont défendu corps et âme cette piste ont bien compris que cela tient plus de « Closer » que du « Monde diplomatique » ???

Emile Petitcolas meurt début janvier 1928. Marie-Jeanne le 14 mai 1931. Et ce sont donc la sœur Marianne et la mère Marie-Anne Colin Seznec qui vont prendre l’affaire en mains. Et représenter Guillaume.

Après deux ouvrages discutables et discutés quant à l’exactitude des faits évoqués (ceux de Maurice Privat et du Juge Hervé), des articles à n’en plus finir dans le journal « La Province », la famille Quemeneur, légèrement énervée de se voir ainsi traînée dans la boue, intente un procès contre le journal rennais « La Province ». Malgré une célèbre plaidoirie de Me Philippe Lamour (qui dura sept heures d’horloge les 4 et 5 octobre 1932) les trois promoteurs de la révision (Privat, Hervé et Delahaye, directeur de La Province) sont condamnés à des sommes importantes de dommages intérêts.

5. Et la requête déposée par Mes Marcel Kahn et Jean-Charles Legrand reçoit un avis défavorable.

6. Plus sérieusement, le 18 février 1934, une sacrée petite bonne femme, Marie-Françoise Bosser, institutrice à Riec-sur-Belon, membre de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme) de Pont-Aven, met toute son énergie pour réunir six des jurés qui ont condamné Seznec. Ils envoient une missive au Ministre de la Justice, déclarant ne pas avoir eu en possession tous les éléments pour la défense de Guillaume Seznec. Qui leur répond par une fin de non recevoir.

7. Nouvelle requête en révision le 9 avril 1935 (rejetée) pour non dépôt au Greffe des actes de vente de la propriété de Plourivo.

8. Jeanne Seznec entre en scène le 19 mai 1938. Aidée de Me Philippe Lamour. Dépôt d’une demande de révision concernant la ceinture trouvée sur l’étalage de Louis Lohat.

Pour plus de renseignements, lire la deuxième partie sur la piste de Lormaye.

III. Après le retour en France de Guillaume

9. En 1948. Requête déposée par Me Raymond Hubert pour Guillaume Seznec selon les thèses du juge Hervé.

Pour la première fois, on parle de Bonny, le flic pourri. (Il a été fusillé à la Libération en décembre 1944). Pour une première fois, qui ne sera pas, je vous le certifie, la dernière…

Pour la première fois, la Commission de révision est saisie mais rend un avis négatif. Rejet officiel de la requête le 7 juillet 1949.

10 et 11. Septembre 1951 et janvier 1952 : deux nouvelles requêtes déposées par Jeanne Seznec avec Me Raymond Hubert. (Dont témoignage tardif de Boulic, serveur de l’Hôtel des Voyageurs à Brest qui aurait vu les dollars or). Toutes deux sont rejetées.

1955. Entrée en scène d’un personnage qui aura, lui aussi, marqué l’affaire Seznec : Claude Bal. Journaliste à Paris Match ( ?). Mais surtout grand noceur devant l’Eternel. Et peu soucieux de l’exactitude des faits qu’il relate.

Pour la toute première fois, c’est la grande bagarre entre, d’un côté les deux frères Guillaume et Albert Seznec, et de l’autre, leur sœur Jeanne.

12. Claude Bal, censé écrire un livre sur la piste du café « Au Tambour » dépose, avec Mes Hubert et Biaggi,  une demande de révision toute autre…. Où l’on retrouve encore et toujours la foutue piste de Plourivo

Pour plus d’informations lire ici.

13 et 14. Les deux dernières demandes de révision sont : celle de Me Langlois pour Jeanne Seznec en juin 1977, à  lire sur son blog.

Rejetée en juin 1996.

Et la toute dernière faite à la demande du Garde des Sceaux, Madame Marylise Lebranchu, le 30 mars 2001. Jeanne est décédée en 1994, et le petit-fils n’a pas le droit de porter requête. Rejet le 14 décembre 2006. A lire sur le site de France Justice.

Voilà donc les quatorze demandes de révision. A part les toutes premières qui sont émouvantes. Car c’est Marie-Jeanne qui se bat pour que son Guillaume ne quitte pas Saint-Martin-de-Ré et ne soit pas envoyé au bagne. Les autres demandes sont des litanies qui ne manquent pas de psalmodier  : Bonny, Gherdi, Traou Nez….

Et si l’on ne se décide pas à sortir un peu des clous, la vérité, elle, ne sortira jamais de son puits.

Liliane Langellier

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