J'ai encore rêvé d'elle...

 

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Je me lève de la sieste. Avec la gueule de bois. Et les idées noires. Le contenu du rêve m’appartient. Mais je peux partager le contenant. Car, à peu de rêves près, il est toujours le même…

 

Ses chambres donnaient sur la Grande Rue. Etonnant. Pour cette maison tout en rez-de-chaussée et en longueur…

 

La mienne – qui fut d’abord celle de Louise et d’Auguste – la mienne avait un privilège : deux fenêtres. L’une sur la rue. L’autre sur le jardin. Encadrée de deux chèvrefeuilles. Elle était grillagée d’une moustiquaire. On n’est jamais trop prudent.

 

Pour y entrer, nécessaire était de traverser la chambre de Tante. De pousser la porte ancienne aux grands carreaux « façon petits vitraux » mais en papier d’un autre siècle.

 

Le lit était majestueux. En bois doux et blond. Avec sommier et matelas faits à Villemeux. Sur commande et sur mesure. L’armoire à glace assortie. Face à lui. Près de l’autre fenêtre. L’armoire contenait mes joies de petite fille quand Louise m’emmenait l’ouvrir pour choisir une paire de draps. Ils étaient sagement rangés. En attente de ses douces mains. Et portaient chacun la date de leur dernier lavage. Le plus ancien tout en dessous. Bien entendu.

 

Odeur de linge chaud. De lavande. Souvenir des rires les soirs de Vendredi Saint. Quand nous faisions nos lits pour Pâques.

 

Au-dessus du lit siégeaient, majestueux, leurs portraits. Dans de lourds cadres. Ce fut leur maison. Avant d’être la mienne.

 

A coté de la fenêtre du jardin, j’avais installé un immense bureau. A la hauteur de mes jeunes ambitions. Et juste en face, là où avait vécu mon lit de petite fille et le portrait de l’oncle-qui-fait-peur, toutes mes bibliothèques.

 

Deux grands fauteuils à oreillettes permettaient de prendre le thé et de parler du temps qui passe.

 

Et puis, et puis, il y avait cet étrange meuble. Un grand miroir surmontait de petits tiroirs. Je devais y retrouver tous les faux cols d’Auguste. Et ce jour là, je me suis assise par terre et j’ai bêtement pleuré. Devant la statuette de l’ange au baiser. En fait, c’était une petite et fort jolie reproduction en plâtre de « Psyché ranimée par le baiser de l’amour » d’Antonio Canova. Tout un programme…

 

L’été, les nuits étaient délicieuses. On écoutait tomber le soir. Chanter l’oiseau. Puis les chiens sur la route du haut nous signalaient les promeneurs. La nuit enveloppait alors avec délicatesse « La Louise ». Je la soupçonne d’en avoir aussi pincé pour elle.


Liliane Langellier

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