Oh la blancheur des jours !

 

Oh la blancheur des jours !

 

C’est en sortant du métro qu’elle réalisa. Il faisait encore jour.

 

A tuer les heures de ses journées sans se retourner pour les regarder, elle avait oublié. Oublié le changement d’heure. Les jours plus longs. Le temps qui s’étire. Et n’en finit plus.

 

Rue des archives. Le petit commerçant. Car il fallait bien dîner. Ou tenter de dîner. Elle resta longtemps à regarder l’étalage. Pas faim. Envie de rien.

 

Mais pour tenir debout… Elle sacrifia au rite de la nourriture.

 

Le fleuriste avait sorti ses vases. Elle n’osait le regarder. Elle voyait dans les yeux des autres une pitié, un chagrin dont elle ne voulait pas.

 

Oh la blancheur des jours !

 

C’est bien ma chance, pensa-t-elle, il faut en plus que les jours rallongent !

 

Enfin le cocon de son appartement. Et le bruit du vide. Le son du silence. Surtout ne pas regarder ce blanc indécent. Se tourner vers autre chose.

 

S’allonger sur le divan. Et lire. Quelque chose de facile. Une enquête policière. Elle avait ainsi repris tout Agatha Christie en anglais. Et c’était bien. En attendant le sommeil.

 

Oh la blancheur des jours !

 

Etrangère à elle-même. Etrangère au monde. Mais cherchant la nuit pour trouver la douceur.

 

Le chat n’était plus là. Voyage à la campagne. Il hurlait chaque nuit sur l’escalier montant à la chambre. Il le cherchait. Il ne le trouvait pas. Et il lui en voulait. A elle.

 

Fin mars songea-t-elle. Dans un mois, Minnie vient habiter ici. Minnie. Son Amérique. Leur enfance. Sa volonté de vivre intensément chaque instant. De faire des courses. De mettre les aliments sous film plastique. De lui dire : « Remue-toi ». Oserait-elle, cette fois ?


Et puis, toutes deux elles partiraient. Au pays du ciel toujours bleu. Et des palmiers alignés.

 

Oh la blancheur des jours !

 

Même les brise-bise des fenêtres ne la freinaient pas. Elle rentrait partout. Comme une ouate étouffante.

 

Tenir. Se plonger dans l’énigme. Ne plus être présente. Mais habiter son livre. Jusqu’à ce que le sommeil la prenne.

 

Demain… Demain, elle serait en mode automate. Café. Douche. Jeans. Et marcher jusqu’au métro.

 

Avec un peu de chance. Un peu de volonté. Un peu moins de tristesse. Elle oublierait que ce soir à nouveau….

 

Oh la blancheur des jours !

 

 

Liliane Langellier

 

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