Hébreu, Hébreux : origines par la géographie et la linguistique

Stèle Stèle

 

Il ne s'agit pas de l'origine des Hébreux à partir de l'étude des textes sacrés ni des histoires des différentes religions qui ont été ou ont dérivées de ces populations mais d'une présentation résumée plutôt géographique et linguistique.

 

La toile de fond est la suivante :

Il est admis qu'il y a 3 millions d'années l' Afrique (l'Éthiopie) a été le berceau de l'humanité.

On admet aussi que les humains à partir de l'Éthiopie se sont répandus dans une grande partie du monde.

 

Au Paléolithique supérieur (entre 400,000 et 8,000 années avec JC), on a retracé qu'une population d'Homos Sapiens (notre espèce humaine) et de Néandertaliens (espèce humaine « cousine » éteinte) sont venus d'Europe s'installer en Syrie, vers 400,000 ans av.JC et en Jordanie et Israël vers 200,000 ans av.JC.

 

Le Proche-Orient est un carrefour entre l'Eurasie et l'Afrique Orientale.

La sédentarisation progressive des populations aboutit à une culture appelée natoufienne. Ces populations seraient à l'origine des premiers villages permanents dans la vallée du Jourdain et les individus auraient été des chasseurs-cueilleurs, récolteurs de céréales sauvages et pêcheurs. Cette stabilisation permet le développement démographique.

 

L'époque suivante, le Néolithique entre 8,000 et 3,000 av.JC, a vu un développement de l'agriculture sédentaire. Les archéologues ont fait des découvertes qui ont permis de dire qu'il s'agissait d'une civilisation complexe marqué par un souci artistique. (Près d'Amman, il a été trouvé des squelettes en roseaux recouverts de plâtre qui pourraient être les premières statues).

 

Il y a 7,000 ans av.JC, les habitants du Proche-Orient savaient déjà compter et enregistrer. Des cailloux taillés (jeton ou calculi) le prouvent.

Vers 5,000 av.JC, il semblerait que la population installée en Palestine soit importante grâce à l'agriculture et à l'élevage.

L'écriture cunéiforme (système graphique) fera son apparition vers 3,200 ans av.JC chez les Sumériens. Cette écriture apparut à la même période que l'écriture figurative des Égyptiens du Sud (hiéroglyphes).

 

Le peuple de Sumer dont on ne connaît pas vraiment l'origine (venu d'Iran ? Bahreïn ?) est installé au IIIe millénaire en basse Mésopotamie à Babylone et en Chaldée à Ur ou Our. Leur langue n'est ni indo-européenne, ni sémitique(*). (Le pays de Sumer se trouvait entre l'Euphrate et le Tigre, en Mésopotamie ancienne, ce qui est à peu près l'Iraq actuellement.

Les Sumériens/Mésopotamiens exporteront l'écriture et l'urbanisme en Syrie en installant des cités marchandes relais et colonies sur les rives de l'Euphrate. (En Syrie, il a été découvert de très nombreuses tablettes d'argile et peut-être la première œuvre littéraire de l'humanité racontant les aventures de Gilgamesh).

 

Ce qui est actuellement la Syrie, le Liban et la Palestine unique voie de passage entre l'Égypte et la Mésopotamie deviendra vite un enjeu important. En 2500 av.JC, la civilisation syro-palestinienne rayonne. C'est une région où transitent le cèdre du Liban, l'or, l'ivoire, le lapis-lazuli venant d'Afghanistan. Les clients sont les princes mésopotamiens et les pharaons égyptiens.

 

La Mésopotamie ancienne comprenait aussi au nord (vers la partie montagneuse de l'Iraq) l'ancien empire akkadien Amourrou, peuplés de sémites(*) , les Amorrites ou Amorrhéens. Il est formé des peuples ou tribus originaires d'Asie Occidentale (ancienne Mésopotamie et Moyen-Orient certainement Arabie.

Les langues que nous classons sémites sont l'hébreu, l'arabe, le berbère, l'araméen, le babylonien, l'assyrien, l'amharique – d'origine Ethiopienne - et le phénicien).

Ces tribus avaient dû laisser la place aux Sumériens lorsque ceux-ci s'étaient installés dans le sud de la Mésopotamie (renaissance Sumérienne). Ce sont des bédouins pauvres, des troupes de guerriers, des nomades à la recherche de meilleures terres pour leurs troupeaux et leur survie.

Ces populations et tribus se répandront par vagues successives, à partir du IIIe millénaire, en Syrie, au Liban (côte Phénicienne), dans la partie ouest de la Jordanie, et en Palestine et formeront peu à peu la civilisation Cananéenne.

Canaan est le nom en Phénicien, langage sémitique proche de l'Hébreu (peut-être à l'origine de l'Hébreu).

La sédentarisation des tribus sémites dans des territoires de Transjordanie, Galilée, Samarie, Ephraïm et au nord du Néguev aboutit à la formation de villages (à partir d'une douzaine de personnes) non fortifiés, style villages de bédouins.

La Palestine est divisée en Canaan et Philistie (confédération de 5 villes qui donna le nom de Palestine. Les Philistins n'étaient pas des sémites. Ils venaient de Crête ou de Cappadoce. Ils se sont très vite assimilés à la civilisation cananéenne).

 

La région de la Palestine du nord est en contact avec les régions de la côte méditerranéenne. La partie sud commence des échanges avec l'Égypte à travers le Sinaï grâce à l'utilisation de bovidés semble-t-il permettant de franchir les 200 km de désert. Les influences égyptienne et mésopotamienne sont très fortes. Toutefois, la Palestine n'utilisera l'écriture qu'au II e millénaire. Malgré les influences diverses, elle élaborera une religion autochtone dite cananéenne (1).

 

 

Au II e millénaire av.JC, il est question d' invasions par les Hyksôs / Amorrites (bandes de guerriers Akkadiens et venus d'Asie) ou Sémites de l'ouest. C'est toujours le même mouvement de propagation mais à un rythme plus soutenu et plus dominateur. Les Amorrites conquièrent le Proche-Orient et le dominent au XVIIIe siècle av.JC. Ainsi Hammourabi (un Akkadien) est devenu roi de Babylone et a unifié la Mésopotamie, remplaçant les Sumériens.

 

Les Hyksôs (terme égyptien pour princes étangers), qui s'installent en Egypte et arrivent à contrôler ce pays jusqu'à Thèbes pendant 400 à 500 ans, étaient des chefs de tribus nomades sémites Amorrites et plutôt qu'envahir, ils se sont infiltrés petit à petit et paraissent s'être appuyés sur le consentement d'une grande partie de la population. « C'est probablement dans ce contexte qu'il faut situer les récits de la Genèse concernant l'entrée d'éléments hébreux en Égypte. Infiltrations et coups de main répétés permirent aux Hyksôs de s'emparer de la partie orientale du Delta où ils firent d'Avaris leur capitale ; de là, ils étendirent leur domination sur tout le pays. À cette époque, la Palestine – centre d'un « empire » des Sémites du Nord-Ouest placé sous l'autorité de la capitale hyksôs d'Avaris – atteint un niveau de civilisation remarquable, dont il ne reste, malheureusement, que de trop rares témoins ». (encyclopédie universalis)

 

Des peuplades sémitiques (certainement indépendantes les unes des autres et formées de différentes ethnies) ont donc au IIe millénaire dominé à une époque l'Egypte (XV e dynastie pharaonique -1730 à -1560) et la Mésopotamie (âge d'or de la civilisation babylonienne -1588 à -1530) et se sont installés en Canaan (Palestine).

 

C'est à partir de ce décor que l'on peut essayer de cerner l'origine des Hébreux.

 

 

L'hébreu en tant que langage , Les Hébreux en tant que peuple :

 

Les lettres-tablettes d'ordre diplomatiques d'Armana (ou Tel-Armana) retrouvées en Égypte viennent de Canaan. Elles sont rédigées en akkadien et comprennent également beaucoup de termes venant de langues ouest-sémitiques parlées en Canaan. Il n'y est pas question d' Hébreux mais d'Apirou ou Haribou (**). Les anciens dialectes phéniciens (Liban actuel) sont très similaires à l'hébreu ancien. La plus ancienne trace écrite d'hébreu à été découverte en 2008 sur le site de Khirbet Qeiyafa (Israël /Shéphélah), petite localité existant vers – 1000 av.JC . (l'hébreu dérivant du phénicien et prenant « corps » au moment de l'émergence du royaume d'Israël ? ***)

 

Le terme « Hébreux » (ceux qui passent – les errants) n'existent que dans la Bible. Apirou/Hapirou/Habirou, ou Shasou sont utilisés en Mésopotamie, en Anatolie et en Égypte et signifient nomades, bédouins,

Les cananéens deviendront les israélites et les juifs avec pour origine mythique un peuple hébraïque.

Le mot Juif (habitant de Judée) signifieraappartenance religieuse mais surtout appartenance ethnique, communautaire d'une nation disséminé dans le monde (diaspora).

 

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(**) Le rapprochement des termes Hébreux et Apirou/Hapirou/Habirou a été contesté dans la « Bible dévoilée /The Bible Unearthed» Free Press 2001 et le Dictionnaire de l'Antiquité éd. 2005PUF Olivier Rouault.

(***) «Israël ne commence à émerger historiquement (en Palestine) que sous la forme du royaume du Nord, au début du IXe siècle, le royaume de Juda n'entrant vraiment dans l'histoire que vers la fin du VIIIe siècle avant notre ère ».

André Lemaire (Encyclopédie Universalis) d'après La Bible Dévoilée (I. Finkelstein et N.A. Silberman).

 

(1) On peut constater, effectivement, qu'en dehors des périodes où la situation de ses grands voisins ou des grands empires du moment permit à ce groupe de s'étendre sur les plaines et, du même coup, d'entrer davantage en contact avec la civilisation alors dominante, se forgèrent, au cœur de cette contrée, une idéologie socio-religieuse (monolâtrie ou hénothéisme évoluant vers le monothéisme, interprétation de la circoncision comme rite d'agrégation au groupe, endogamie ou interdiction des mariages mixtes, tabous alimentaires et autres interdits, définition stricte de la pureté et des impuretés rituelles, etc.). En Judée, spécialement à Jérusalem, capitale politique et religieuse avec le Temple, se constituera ainsi la religion juive. http://www.universalis.fr/encyclopedie/palestine/

 

Sources :

Une histoire des Hébreux – Richard Lebeau éd. Tallandier 1998

http://lhddt.wordpress.com/2010/05/18/des-philistins-a-la-palestine-historique-4000-d%E2%80%99histoires/

Encyclopédie Universalis

La Bible Dévoilée (I. Finkelstein et N.A. Silberman)

http://mb-soft.com/believe/tfo/semites.htm

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1957_num_152_1_8721

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