Eclaircir, tant bien que mal

Pour quelques jours dans la capitale française, je glisse de rendez-vous en rendez-vous pour rencontrer des femmes et des hommes capables de mettre sur scène mon Federico, la pièce de théâtre que je viens d'écrire, traversée tout entière par l'esprit de Garcia Lorca.

Mais à Paris, où je me trouve, les conversations commentent, jaugent, évaluent à toute heure la remontée en nombre, quatre samedis de suite, de ce que certains nomment, avec une petite lippe de condescendance, la "province" ou la "périphérie". En écoutant les amis, je m'aperçois que, moi, je n'ai pas les mots appropriés pour parler de ce que j'ai seulement vu de loin, chaque matin, sur l'écran provincial de mon bar préféré. Et ce n'est pas par manque de vocabulaire. C'est que je me sens pauvre, entravé, maladroit, à ne pouvoir prononcer qu'une seule phrase en même temps, tandis que j'aimerais exprimer, au moyen de plusieurs sources coïncidentes qui leur donneraient du relief, les grandes questions qui sillonnent la France depuis un mois. 

Alors, ces jours-ci, délivré de l'obsession d'une écriture qui a mobilisé mes doigts et mon clavier pendant plusieurs mois, je refais surface et suis à même de regarder, en pleine conscience, le désarroi des peuples auquel les rois ne peuvent répondre, occupés qu'ils sont eux-mêmes à endiguer leur imposture, à gouverner leurs tentations destructrices et leur peur de disparaître.

Je me suis donc promis - tant bien que mal, au milieu des tombereaux quotidiens qu'on nous déverse - d'éclaircir mes sentiments, mes doutes... et, pourquoi pas, quelques certitudes.

 

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