LA TENTATION DU VRAI
C'est fait ! J'ai trouvé mon livre chez son éditeur ! C'est un vrai objet de trois cent quatre-vingt pages, dans des cartons, et j'en ai signé quelques uns pour des personnes que je respecte dans ce monde médiatique dont vous vous méfiez tant. Du coup, je commence à faire campagne pour en parler. Même si ce n'est pas un programme électoral que je défends, puisque c'est de la littérature, celle que vous aimeriez faire si vous en aviez le temps.
Avant-hier, j'étais à Saint-Etienne. J'y ai rejoint l'équipe de tournage de "Midi en France", sur la place Jean-Jaurès où se dresse - tout un symbole - la cathédrale Saint-Charles. Après l'émission, tandis qu'Hélène, assistante de production, partait à la recherche d'une bière et d'un sandwich dont j'avais bien besoin après une matinée entière de jeûne, quelqu'un est venu vers moi la main tendue. C'était une femme à la poignée franche et directe :
- Bonjour. Je travaille au car-régie et je voulais vous remercier pour ce que vous écrivez sur votre blog, vos "Interrogations écrites".
A mon tour d'être reconnaissant, de lui avouer que je m'étais arrêté à la douzième parce que j'avais douté de leur intérêt, leur pertinence.
- Il faut continuer. On n'a pas beaucoup d'artistes avec nous.
Et j'ai dû lui promettre que, malgré mes doutes, je m'y remettrais parce que, sans être un inconditionnel à drapeau, je me trouve dans un pays que les commandants de tous bords mènent à la dérive et parce que je déteste me cacher les icebergs derrière mon petit doigt de guitariste. En rentrant chez moi, en plongeant dans les tournages de vos meetings ici ou là, dans télé-Méluche où vous répondez aux questions mais aussi dans les dernières émissions de radio-télé où certains journalistes s'entêtent à vous traiter avec condescendance ou mépris, j'applaudis à l'heureuse intuition qui vous fait prendre vos distances avec des émissions qui, heureusement, ne sont pas les seuls canaux pour atteindre ceux qui, comme moi, n'en peuvent plus de contempler le désastre.
Je vous dis donc "bravo" parce que je devine le prix de ces marathons qui, à coup sûr, ne vous voient pas dormir dans les king-size des palaces mais vous font prendre la parole dans la chaleur d'un -15° à Florange qui a dû vous rappeler les hivers continentaux de votre Jura d'adoption.
Quoi de mieux que d'offrir sa fatigue à ceux qui vous écoutent puisque celle-ci s'envole à l'instant même où vous êtes face à ceux qui attendent de la considération et pas du show-biz, de l'intelligence et pas du discours, une dignité plus proche de ce que l'humain a de meilleur ?