Nilda Fernandez

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Billet de blog 22 janvier 2017

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Interrogations écrites /9

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

UNE GRANDE AFFAIRE

Hier soir, avec Nadiejda et Oleg, nous avons descendu plusieurs bouteilles de Champagne "Sovietskii" (une marque de mousseux acceptable) dans leur datcha des environs de Moscou. Sur la table, à la russe : du lapin au grill, des pommes de terre bouillies, une salade de tomates à l'aneth, des galettes qu'on appelle "pirashkis" et un mélange d'ail, de pommes râpées et de yaourt pour les accompagner.

Tout comme le dîner était composé de plats présentés en même temps, notre conversation a divagué sur des chemins où entraient en collision la souffrance au travail, la liberté, le désarroi des parents face à leur progéniture, la frustration, le tutoiement espagnol, la difficile acceptation de la mort, l'administration des villages en Russie... et d'autres thèmes sans autre lien que l'envie d'en parler et d'y voir un peu plus clair.

On a soigneusement évité la politique. En Russie, plus qu'ailleurs, c'est un sujet délicat. Mais puisque Nadiejda est psychologue, je lui ai suggéré de réfléchir au moyen d'aider les peuples dont nous faisons partie, malades de leur propre histoire, à s'alléger des mensonges, des culpabilités, des massacres qui pèsent eux et qui se transmettent par voie familiale, scolaire, et par les médias de masse ou les pauvres discours politiques. Cette thérapie collective,  faites de paroles et de prises de conscience, serait une grande affaire. Elle permettrait - qui sait ? - de ne plus se raconter de sornettes sur les psychopathes prédateurs (rois, empereurs, présidents, dictateurs...) qui ont conduit des guerres ou des exterminations, de moins souffrir des conditionnements imbéciles, d'avoir moins peur et se convaincre que, à l'échelle de notre longue histoire de sapiens disséminés sur la planète, nos civilisations sont moins qu'un léger battement de cils.

Il se pourrait aussi qu'un tel dépoussiérage  offre un socle de bienveillance aux joutes rhétoriques que je vous vois mener dans notre pays affaibli comme tant d'autres par une pensée qui n'en peut plus de tourner en rond par manque de vérité.

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