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Billet de blog 23 déc. 2018

Assez fier

Depuis quelques semaines, plus d'un mois, j'observe, comme tant d'autres, ce qui se passe en France et je dois dire que, d'un certain côté, je suis assez fier.

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Les amis espagnols vivant en Catalogne avec qui je parle sont obligés de reconnaître ce qu'il y a de "vrai" dans ce mouvement français, contrairement à ce qui s'est passé après leur déclaration d'indépendance qui ne fut qu'un jeu de dupes. D'un côté des édiles convaincus d'avoir le soutien populaire nécessaire et, de l'autre, des gens persuadés que ces mêmes édiles avaient en main les cartes nécessaires, le soutien de l'Europe, du monde... pour se séparer de l'Espagne ! Rien de tout cela ne s'est avéré exact et la protestation massive contre ce qu'on appelle des "emprisonnements politiques" n'est pas allée au-delà d'une bonne conscience de lacets jaunes à la boutonnière et sur certains édifices publics. Quelques échauffourées ici ou là, mais rien de grave. Où sont passées les millions de personnes descendus dans les rues lorsqu'il s'agissait de défiler aux couleurs de la Catalogne ? Et si le nationalisme catalan n'était pas linguistique, ni culturel ? Si c'était juste une affaire de petits malins, héritiers d'autres petits malins avides d'argent et de pouvoir, exaspérés d'avoir à rendre des comptes à "papa Madrid" et faisant croire aux enfants des écoles et à leurs parents que "maman Catalogne est gentille" ? Et si, au bout du compte, on ne voulait entraîner les gens que vers un changement de maîtres ?

Ce qui se passe en France est autrement profond. Cela concerne, sans le dire vraiment puisque c'est encore presque inconscient, la manière dont la société française et le monde occidental envisagent leur avenir.  Quoi ? On annonce de toutes parts que l'humanité (pas seulement telle ou telle civilisation) court à sa perte, qu'elle manquera de matières premières, que les eaux et les migrations climatiques vont la submerger, mais on n'a, pour prendre les bonnes décisions à la tête des nations, que des psychopathes ou des enfants capricieux, capables de tout balayer d'une seule explosion nucléaire ?
Il y a vraiment de quoi ruer dans les brancards, hurler à la survie, se montrer impoli envers les élus de nos peuples désemparés, anesthésiés de télé-réalité et de séries américaines, gavés d'Hanounas et de divertissement au sens terrible de "détourner quelqu'un de quelque chose".

Ce sentiment philosophique populaire (ça existe, le le connais !) dont l'étincelle a été une question d'économie des ménages, d'un prix de carburant, va bien plus loin qu'un ras-le-bol ou que les réponses ratées d'Emmanuel Macron. Car celui-ci, petit soldat ambitieux et interchangeable, est formaté pour oublier que ses semblables ne sont pas sur terre pour être grugés par des petits malins comme lui mais que, comme l'affirmait Garcia Lorca deux ans avant d'être fusillé par les siens, chacun à le droit de hurler bien fort: "Tout  ce que je veux, c'est vivre ! Vivre !"

Et vivre, c'est une étincelle, pas mourir à petit feu. 

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