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Billet de blog 25 janvier 2017

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Interrogations écrites /15

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"ILS ONT VOTE ET PUIS APRES... ?"

Je ne sais pas si un jour vous avez été  sensible à ses chansons, mais c'est Léo Ferré qui posait cette question ironique au sujet des corps électoraux. Depuis, on a inventé des  corps intermédiaires, privatisés, qu'on a appelé "primaires" et qui sont une maladie primitive venue tout droit des Etats-Unis, champions du monde en cirques politiques. Pour les justifier, les créer de toutes pièces puis les imposer comme jadis les sondages, on a entendu ici ou là qu'elles étaient une avancée démocratique que les partis devaient accepter. Finis les coups de force de ceux qui attrapaient le gouvernail pour ne plus le lâcher ! Terminées les décisions entre soi, portes et fenêtres fermées ! Aujourd'hui, la presse, la télé, la radio, nous font les témoins, au jour le jour et en temps réel, des grands débats et du grand déballage d'ambitions visibles à l'œil nu. Mais il y a plus grave : ces corps à corps impitoyables, fratricides, entre gens supposés du même bord, sont des blessures qui ne cicatriseront jamais. Voyez plutôt :

Côté Républicains, il paraît que les candidats déboutés vont mettre des peaux de banane dans les roues de leur candidat élu. Super esprit d'équipe ! On savait à quel point ces gens-là ne s'aiment pas mais là, on atteint des sommets de perfidie, de félonerie, de déloyauté. Du côté des socialistes "élargis", ce n'est pas mieux. A coup sûr, il va falloir que l'heureux gagnant dirige de puissants extincteurs contre les tentatives pyromanes de son propre camp. Beau suicide collectif ! 

Et les votants, dans tout ça ?

D'abord les militants, ceux qui ont collé des affiches (pas beaucoup), arpenté les marchés (davantage), assuré les bureaux de vote pour les beaux yeux d'idées ou d'aspirations qu'ils pensaient être bien défendues par leur challenger. Tout en nourrissant les medias en "événements" qui font toujours vendre, ils se retrouvent gagnants ou perdants, contents ou aigris, mais divisés de toute façons - et, pourquoi pas, antagonistes ? - à l'intérieur de ce qui devrait les rassembler. Je les vois un peu comme les dindons de ce qui n'est même pas une farce.

Ensuite, les votants, les 4 millions qui se sont fait un point d'honneur à se déplacer deux dimanches de suite pour choisir celui qu'ils voudraient que d'autres choisissent plus tard, au moment du vote national. On n'a pas à les blâmer mais on peut leur demander s'ils y ont vraiment crû, s'ils sont vraiment d'accord pour ces répétitions générales tout juste bonnes à désespérer, à augmenter le nombre des pêcheurs à la ligne, parmi les 40 millions d'inscrits, au moment des vrais scrutins.

Je me demande par quelle étrange ignorance de l'esprit qui vous anime, certains de vos ex-camarades ont souhaité votre présence sur la ligne de départ de ce simulacre d'élections où les votes se comptent mal (PS), où l'on rafle la mise des 2€ de droits d'inscription (LR)... Vous avez bien fait de rester hors-sujet. Quitter votre ligne aurait été la dilution assurée dans une mascarade à visage découvert qui passe pour sérieuse alors qu'elle ne fait que mettre en lumière les tares de notre démocratie télévisuelle. Il me semble que votre marche pour la candidature présidentielle a au moins pour elle la légitimité des efforts, du travail acharné pour convaincre par l'argumentation, la logique et le cœur. Rien d'autre mais c'est ce qu'on attend.

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