Nils Wuidar
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Billet de blog 14 sept. 2015

Intérêt National

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Ce dernier 14 juillet des vétérans francais s'étaient rassemblés à l'hopital militaire pour réagir ensemble dans le cadre d'une émission de France Inter dont le thème était : "l'armée à t'elle encore besoin de soldats". Ceux-ci m'avaient demandé de parler en leur nom. Voici le contenu de l'interview : 

(Celle-ci n'a pas été diffusée, la rédaction de france inter ne jugeant pas le contenu propice à un 14 juillet.Vous excuserez le style, le texte suivant etant la retranscription d'une intervention orale non préparée...)

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"Bonjour Messieurs, Nils Wuidar, je suis humanitaire pour les Nations unies et plus particulièrement pour l’Unesco, et je suis revenu en août dernier d’une zone de guerre en Syrie et au Proche-Orient où j’ai côtoyé notamment les soldats de la paix français.

Je suis actuellement à l’hôpital militaire du Val à Paris entouré par des vétérans de l’armée française. Nous suivons avec un grand intérêt votre émission.
J’aimerais vous faire part d’une réaction spontanée qui nous vient en vous écoutant et vous poser une question.

D’abord notre réaction : Qu’est ce qu’un bon soldat ? Question que vous vous posez. Un soldat bien équipé et bien formé?

Assurément, certainement, c’est votre réponse et elle est évidente… Mais c’est avant tout un soldat qui va supporter la déshumanisation violente de l’immersion dans un endroit où les gens essayent de le tuer. Un jeune homme ou une jeune femme qui a vécu en France, a priori, en toute sécurité et qui tout d’un coup va devoir accepter sereinement l’idée et le passage à l’acte de tuer et d’être tué. Cette éventualité est souvent malheureusement, d’autant plus grande qu’il porte un équipement coûteux et efficace, qui suscite l’envie chez les gens autour de lui, qui eux aussi sont menacés, et sont prêts à tout pour obtenir une protection plus efficace. Pour parler simplement; en me promenant en Syrie avec un gilet pare-balle à 8000 euros et un casque en kevlar, en étant entouré par différentes forces armées qui portaient des kalachnikofs du temps de l’armée rouge et des protections inefficaces, je me sentais plus menacé que si j’avais été en tongs et en short.

C’est tout à fait humain, c’est tout à fait logique, mais du coup ça augmente d’autant le risque que vous faites peser notamment sur les humanitaires non armés. Or la personne qui est déployée sur une zone de conflit, quel que soit son armement, quelle que soit sa préparation, sera automatiquement agressé dans son humanité-même et potentiellement traumatisé et ce qui vous intéresse essentiellement: inefficace… Je pense par exemple à l’embuscade d’Uzbin en Afghanistan en 2008, où dix soldats de l’élite de l’armée française se sont fait massacrer par des talibans bien moins équipés. mais qui avaient une vaste expérience de combat.. et ces soldats se sont fait massacrer, en grande partie parce que les talibans espéraient récupérer leur équipement, ce qu’ils ont fait. Ma question est donc: est-il possible de préserver le jeune Français qui est envoyé sur le terrain de ce choc violent et déshumanisant ? J’entends, elle-t-il possible par des moyens moraux et éthiques. Je vous ai entendu avec horreur parler de l’usage de drogues, qui me rappelle les soldats des tranchées qui étaient saoulés au rhum avant de monter à l’assaut, je ne considère pas ça comme un moyen éthique. Il sera peut-être efficace au moment même, mais l’impact psychologique qui en découlera sera d’autant plus fort que le soldat n’était pas conscient de ses actes. J’ai moi-même eu pas mal de syndromes post traumatiques et je suis entouré en ce moment par des vétérans dont la vie a été définitivement ruinée par l’horreur de ce qu’ils ont vu, et fait, sur le terrain.

La plupart se sentent trahis par l’armée et les politiques en charge de la Défense, voire par la République toute entière qui célèbre aujourd’hui un 14 juillet, exaltant des valeurs militaristes alors qu’eux se sentent complément laissés de côté.

Ils se sentent sacrifiés, au nom d’intérêts supposément supérieurs à ceux des individus... Oui Messieurs…il parait que ça existe « des intérêts supérieurs à ceux des individus … » Je ne vous l’apprends pas c’est vous qui relayez cette idée. Personnellement je n’en vois pas, vous m’excuserez… A part, bien sûr, si par « intérêt national » vous voulez parler des intérêts que vous procurent l’instrumentalisation de la communauté nationale. Mais alors il serait urgent de nous le préciser. Que l’on sache et qu’ils sachent à quoi s’en tenir.

Je vous remercie beaucoup pour votre attention."

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