Un matin de 14 juillet avec des vétérans de l'armée française

Petite anecdote glanée un matin de 14 juillet à l’Hôpital Militaire du Val à Paris.

Quelques vétérans se rassemblaient alors pour supporter ensemble la honte et la tristesse que leur inflige la démonstration de force virile du 14 juillet à Paris si éloignée des réalités de terrain, dénuées de gloire, de faste et de sens. 

J’y étais invité par quelques-uns d’entre eux, dont j'avais fais la connaissance après une hospitalisation pour traumatisme de guerre, après une mission humanitaire en Syrie en aout dernier.

Un jeune officier de 25 ans, présent à l’hôpital ce matin là pour une jambe cassée, s’est invité avec sa famille pour faire un discours aux vétérans, exhalant des valeurs d’abnégation, de sacrifice et de nation immortelle.
Les hommes et les femmes présent ont écoutés poliment. Se prenant probablement pour le Président de la République il a terminé par : « Vive la République, Vive la France ».
Il s’est courageusement levé malgré sa jambe cassé pour saluer … on ne sait pas bien quoi.. probablement ce qu’il venait de dire… 
Objectivement personne ne le suivant dans son salut… Il a eu l’air un peu con…

D’autant plus qu’immédiatement après les premières mesures du « dormeur du Val », poème de Rimbaud, symbole de l’hôpital, qui précède « Le déserteur » de Boris Vian, chanté par je ne sais pas qui, ont retentis. La salle c’est levée comme un seul homme, les gens posaient une main sur leur coeur en écoutant la chanson, se prenaient dans les bras et se souriaient…

Pressé par des gens autour de moi qui me serraient la main et me prenaient dans leurs bras je n’ai plus vu l’officier.. Mais à la fin de la chanson, tout le monde à entendu une voix d’enfant qui disait très fort : « Papa !! comment on fait pour être un déserteur ? » 
C’était le minuscule petit garçon de l’officier qui parlait à peine…
Honteux, le père lui dit : « Et bien il faut être dans l’armée .. et puis il faut être un lâche … » Prenant les autres à témoin dans ses attitudes, du courage dont il fera surement preuve quand il partira en OPEX…
Comme il tournait le dos à son garçon, le petit l’a tiré par la veste en lui disant: « C’est quoi un lâche ? moi je veux être un déserteur ! »

La mère s’est retournée furieuse prête à faire sortir son fils de la salle… 
Trop tard… un énorme soldat, couturé de cicatrices, l’a soulevé de terre pour le prendre dans ses bras et en décrochant une médaille de son uniforme l’a lui a épinglé sur son petit polo en lui disant : « Bravo mon garçon, j’aurai aimé avoir ton courage… »

Le petit a traversé la salle dans les bras du soldat acclamé par tous les gens qui se trouvaient là…
Inutile de dire que même après que le courageux papa ai récupéré son fils (quand le soldat le lui a rendu) et que toute la famille soit partie furieuse de la cérémonie le petit avait encore un sourire jusqu’aux oreilles et serrait fermement dans sa main sa médaille si méritée…

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