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Billet de blog 27 oct. 2021

La précarité rentre en vous comme par enchantement

Précarité monétaire, affective, sociale, médicale, mentale, politique, culturelle, etc. Je suis précaire, comme tout le monde. Certains ne savent pas encore qu'ils le sont. D'autres deviennent méchants, hargneux, dangereux pour eux-mêmes et leur entourage, sans le vouloir au fond, c'est la peur, subtile, qui ronge la pyramide de Maslow, par le bas... Le système, c'est nous.

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La précarité rentre en vous comme par enchantement. 

Une entrave, un saut de ligne, un recommandé sans accusé de réception, ou un recommandé avec accusé de réception ? Moi, c'est sans. Jusque là. 

Ceci est mon accusé de réception. Lettre à France. L'Europe ? Comment penser l'Europe quand on a plus chez soi, parce qu'il n'y a plus de chez soi. Il n'y a plus de racines, puis plus de sol, puis plus de repères, donc comment pourrait-on transformer nos bourgeons en fruits ? Encore moins en fleurs, expressives et splendides. Si j'avais des fruits, une sorte de monnaie locale, comme beaucoup tentent d'en réaliser, je ferai un jardin collectif ouvert. Mis dans les communs ? Allez, j'irai jusque là, les communs ! Mais attention, pas tout, car je suis issue d'une bourgeoisie européenne, et on ne met pas ses fruits au service des autres, on les amasse, on les faire fructifier...

J'avoue que c'est une interview de Damasio* qui m'a redonné envie d'écrire. Mais lorsque qu'on cherche un logement, un lieu où dormir, poser ses valises, sans être jugée ou questionnée, on a bien moins envie d'écrire. 

Je referai toujours ce lien avec un film de Gérard Jugnot, "Une Epoque Formidable", dans lequel le personnage devient clochard. Ce qui m'intéresse, c'est la rapidité dans laquelle tout se joue. On oublie les ouragans de la vie qui passent si vite, qu'on en oublie aussi les raisons qui nous ont poussées à se retrouver à la rue, vidés, anéantis, sans but, si ce n'est celui de trouver un lieu qui nous sécurise assez pour pouvoir dormir. Mais, soyons francs, ceci seulement si on a été une bonne européenne, une bonne française, si on a été dans une certaine norme... Car, si on est yogi, ou nomade, philosophe ou président de la République, les choses sont quand même différentes, et on ne perçoit pas ces réalités de la même manière. On aura écumé les intermittents du spectacles, les européens qui votent encore, les nomades, les yogis, que reste-t-il ? 

Des précaires. 

La majorité sans doute. Je n'ai plus envie d'aller à l'INSEE*. J'y ai étudié des données sur le thème de la famille quand j'exerçais le malheureux métier de réalisatrice de films qui ne m'a menée nulle part, si ce n'est à me poser encore plus de questions, pour ne trouver que des réponses par moi-même, et en ayant du mal à me relayer à mes pairs. Sur ce chemin, mes soeurs, ont elles aussi viré précaires, parfois moins sur le plan de la sécurité de l'habitat et de la santé, mais en tout cas sur le plan émotionnel, ce qui agit sur la santé avec le temps. Je ne veux même pas aborder ici le sujet de ce que les français appellent "la sécurité sociale", quel nom ! Mes soeurs, mes pairs, j'ai, comme beaucoup, été éblouie par la puissance des réseaux sociaux, que j'utilise, mais il y a eu, comme pour beaucoup aussi, le rapport inversé où ce sont les réseaux sociaux qui ont fini par nous avoir, nous utiliser. Mes pairs, mes soeurs, ne sont-ils que des données ? 

Le lien physique, kinésiologique, émotionnel, est essentiel à la survie. Dans la précarité, ni les réseaux sociaux, ni les plateformes web, ni les outils numériques, ni les personnes néfastes qui répondent à des numéros de téléphone glanés avec difficulté, souvent payants, ne peuvent nous aider. Au contraire, ils nous enfoncent. Ils nous écrasent. J'ai toujours eu l'impression qu'on m'avait plus enfoncée dans une impasse sociale à la sortie d'un rendez-vous un agent de la fonction publiques, après une discussion avec une assistante sociale, un gendarme, un responsable des ressources humaines, un manager, un bailleur, un automobiliste en Blablacar...

Le lien social ? Comment est-ce qu'un "Etat", encore moins un gouvernement, pourrait générer du lien social ? C'est un leurre, une erreur, une peur même, la peur de ne pas savoir le faire ce fameux lien social. C'est la responsabilité des individus à créer du lien social. Nous. Si les générations de nos parents a détruit les fondamentaux de la survie humaine, tant pis, c'est toujours de la responsabilité des êtres humains que de se prendre en main, et de s'en sortir de tout, y compris de toute sorte de précarité. 

Si j'étais un animal, je m'en sortirais mieux. J'aurais les mêmes difficultés, mais j'en soufrerais moins. C'est là, la différence entre l'homme et l'animal. Car c'est un problème de conscience. La conscience de soi. Le Soi. Le respect de soi. Nous ne pouvons plus du tout vivre dans l'hypocrisie, et, ce que j'appelle la "Slow Revolution" (qui pour moi a commencé le 11 septembre 2001*) se déploie, malgré tout, chez tout le monde, et de toute les manières possibles. Il y a peut-être moins de morts en France, ceci dit, à moins de compter les corps dans la Méditerranée ? On en revient à l'INSEE, qui elle, compte et recompte, aux frais des contribuables, et on en revient aux gouvernances, qui ne satisfont personne. Pourquoi rejeter les fautes sur des soit-disants gouvernants ? 

Le système, c'est nous. 

Prenons nos responsabilités. Il ne peut y avoir de gouvernants que si des "Soi" ont créé des gouvernants. La Slow Revolution continue, plus puissante, cette fois, et la France n'est qu'un tout petit bout de terrain, mal géré, en peine, avec beaucoup de ses membres en pourriture. Le compost français prend du temps. Les jeunes traversent le monde, leurs parents survivent. Personnellement, je suis à un âge et dans un système qui m'a attelée au gouvernement français, malgré moi. J'ai honte, j'ai peur, j'ai froid parfois, j'ai aussi mal et surtout, le plus dur, je me sens incomprise et inutile. Maslow à l'envers. Je souffre par le haut. Et vous ? 

Merci à ceux qui pratiquent des petites utopies ici et là, cela a toujours existé et doit continuer. Il doit bien y avoir des wikis avec des listes de liens qui peuvent vous intéresser. Je ne peux pas faire ce travail de communication pour relier les alternatives et les révolutionnaires contemporains, mais faites-le, c'est important. Je ne peux que partager mon expérience, mon savoir aggloméré du 20ème siècle, avec mes grands-parents et leur(s) histoire(s), et le 21ème siècle, avec une vision cosmopolite, éclairée par la liberté que j'ai eu la chance de vraiment goûter. Au gré, aussi, de personnages passés sur ma route, dont le très valeureux poète et militant Stéphane Hessel, qui a contribué à la Déclaration des Droits de l'Homme en 1948. De Paris, à l'histoire d'Auroville, en passant par la Plaza Del Sol de Madrid en mai 2011 (les indignés de Stéphane Hessel), Wall Street et les pistes du Colorado, je n'ai vu que des signes, des panneaux grands comme nous, qui disaient tous la même chose, et pourtant personne ne lit. 

Lisez-vous ? Quelle conscience mettez-vous dans vos lectures ? Et, surtout, qu'en faites-vous, après ? Quelle rôle jouez-vous dans la Slow Revolution ? Il y a bien une chose, toute petite. Choisissez bien votre chose à faire. Et si vous vous trompez, ne soyez pas coupable, on se trompe tous, recommencez, révolutionnez. 

Des mots clés, le courage et le respect de soi.  A partir du moment où vous respectez votre Soi intérieur, vous respectez les autres. Mais se respecter soi est bien plus difficile qu'on ne le pense à priori, et vous devez faire un chemin intérieur pour vous trouver, d'abord. Cela fait partie de la Slow Revolution. Soyez.  

HYPERVIEWS : 

DAMASIO, Alain > chez ThinkerView 2019 > https://youtu.be/a7KapmsJQOE

INSEE : https://www.insee.fr/fr/information/1300614

Le 11 septembre 2001 >  https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentats_du_11_septembre_2001

HESSEL, Stéphane : > https://youtu.be/Z3ZcWFqRSvo ; ses livres, sa bio.

MARTINEZ, Laurent > sur la conscience professionnelle > https://youtu.be/4iTQ_GApWak (cf. sa chaîne). 

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