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Billet de blog 27 mai 2022

Pour un vrai projet politique en Guyane : 10 idées iconoclastes !

Dans un territoire qui cumule les défis mais qui semble pourtant marqué par l'immobilisme politique à tous les niveaux, voici quelques idées qui peut-être pourront contribuer à faire bouger les choses

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Les résultats des élections présidentielles en Guyane ont pour beaucoup d'observateurs constitué une surprise. Or, pour qui connaît la réalité de la crise sanitaire vécue depuis l'Amérique du Sud, ils ne sont qu'une suite logique de cinq années particulièrement mal vécues là-bas où les restrictions sanitaires exceptionnelles dans l'ampleur et leur durée ont focalisé un ressentiment général.

Car au-delà de la crise sanitaire, c'est bien l'absence de tout projet politique qui transparaît derrière cette crise où l'Etat ne semble se préoccuper de la Guyane que pour y maintenir l'ordre et où la Collectivité territoire semble un Leviathan bureaucratique incapable de répondre aux besoins de la population si ce n'est en distribuant généreusement les emplois.

Dans un territoire qui cumule les indicateurs les plus faibles sur le territoire national que ce soit en termes d'emploi, éducation, santé, logement... tout en connaissant une explosion démographique, cette inertie voire carence de la puissance publique ne peut qu'inquiéter. Là où il faudrait un « plan Marshall » ou un « New Deal » pour reprendre des expressions souvent utilisées par les politiciens qui se veulent énergiques, le programme politique proposé à tous les niveaux pour la Guyane est enkysté dans l'immobilisme.

Peut-être cet image n'est-elle au fond qu'une absence d'idée ? Peut-être notre démocratie est-elle arrivée à un stade où elle ne sélectionne que des personnes faites pour la conquête du pouvoir mais qui n'ont pas finalement que peu d'idées de ce qu'ils en feront une fois au sommet ?

Si c'est le cas, alors voici 10 idées pour la Guyane qui pour paraître iconoclastes éveilleront peut-être la réflexion chez certains pour dessiner les contours d'un véritable projet politique.

  • un cadre novateur à l'autonomie politique

Parmi les thèmes omniprésents dans le débat politique, l'autonomie du territoire est brandi régulièrement comme une sorte de bâton magique qui résoudrait tous les problèmes.

Alors, oui, il faut le dire, le maintien du statut de la Guyane n'est plus possible et la crise sanitaire a encore démontré que la prise de décision à 7000 kilomètres par des gens qui n'ont jamais mis les pieds sur le territoire n'est plus possible.

Oui, il faut donner à la Guyane une autonomie législative importante et aussi loin que possible tout en préservant son appartenance à l'Union Européenne sur le modèle des régions ultramarines espagnoles et portugaises.

Mais, oui, il faut le dire aussi, cette autonomie institutionnelle voire cette forme de fédéralisme (gros mot s'il en est en politique française) ne soit pas se faire à n'importe quel prix.

Au regard du fonctionnement actuel de la collectivité territoriale, un plus grand pouvoir devra nécessairement passer un plus grand contrôle.

- un meilleur contrôle interne pour commencer en adoptant un mode de scrutin vraiment proportionnel aux élections en supprimant le seuil de 10 % ou au moins en le ramenant à 5 voire 3 % pour obtenir des sièges qui exclut la diversité des opinions garante de la démocratie. Il faut également supprimer la prime majoritaire qui écrase les oppositions.

C'est aussi le gouvernement territorial qu'il faudrait repenser avec la création d'un gouvernement collégial sur le modèle calédonien ou suisse élu avec un scrutin par évaluation (par note par exemple) qui amènerait les conseilleurs territoriaux à élire les personnes les plus consensuelles pour siéger dans ce gouvernement ce qui favoriserait le fonctionnement collégial de l'exécutif.

Quel est l'intérêt de ce gouvernement collégial ? D'abord, représenter la diversité guyanaise pour tenter comme en Nouvelle-Calédonie que chaque groupe de population puisse se sentir représenter. Surtout, dans une collectivité aussi fragile, c'est aussi un moyen de lutter contre le népotisme et la corruption qui sinon risquent de gangrener un exécutif territorial totalement autonome qui serait diriger seul par une forte personnalité qui distribuerait postes et marchés publics à ses affidés.

- un meilleur contrôle externe c'est notamment la localisation d'une chambre régionale des comptes à part entière en Guyane qui pourra renforcer ses moyens de contrôle sur place. C'est aussi comme en Suisse, le développement du recours accru au référendum pour trancher toute question politique voire budgétaire et surmonter les éventuels blocages du fonctionnement collégial.

Ce n'est qu'en adoptant les meilleurs exemples institutionnels dans le monde et non en copiant les tares du système français que la Guyane pourra réussir sa transition vers une autonomie réussie.

- révolutionner l'enseignement

L'enseignement est l'enjeu majeur du XXIème siècle en Guyane et l'Etat français semble s'y investir avec encore moins de détermination que celle qu'il met à lutter contre le changement climatique.

L'explosion démographique en Guyane nécessite évidemment un plan d'investissement colossal dont on peine à mesurer le commencement à ce jour.

Surtout, en dehors de la construction d'établissements scolaires, c'est l'école à la française qu'il faut revoir pour éviter là encore de reproduire les modèles en échec dans l'hexagone.

En dehors de la question des pédagogies à la finlandaise ou la singapourienne qu'il faudrait ou non privilégier, s'il est une question sur laquelle l'école en Guyane n'est manifestement pas adaptée c'est la question des langues. La réalité du territoire fait que le principe d'une classe bilingue voire trilingue à tous les niveaux doit s'imposer. Chaque élève devrait pouvoir recevoir un enseignement à parité en français et dans la langue de son choix. Ce faisant, l'Etat investirait sur la richesse linguistique de la population guyanaise qui parle souvent 2, 3 voire 4 langues, atout extrêmement précieux dans le monde du travail mais peu valorisé dans le parcours scolaire des jeunes guyanais.

Pour aller plus loin, il faudrait créer une école européenne à Kourou qui malgré la présence du centre spatial n'accueille pas d'école de ce type ce qui renforcerait son attractivité et pourrait aussi constituer un pôle d'excellence pour tirer vers le haut les jeunes guyanais.

- revoir les déclarations sociales pour lutter contre le travail dissimulé

Le territoire est gangrené par le travail illégal qui tire l'ensemble de l'économie vers le bas. Pour lutter contre le phénomène, il faudrait notamment revoir toute la question de la protection sociale en Guyane. Le débat est immense mais sans doute faudrait-il transférer une partie des déclarations sociales sur les salariés par exemple en matière de retraite aux fins d'inciter ceux-ci à déclarer pour bénéficier des prestations futures ? Peut-être faut-il aller plus loin et envisager un véritable modèle assuranciel quitte à ce que cette ou ces assurances restent publiques ? En effet, le modèle actuel et par conséquent le financement des dépenses de santé et vieillesse ne sera pas soutenable si une majeure partie de la population en paie pas de cotisations pour les prestations dont elle bénéficie.

- la reconnaissance des peuples autochtones : création d'un institut des langues amérindiennes et bushinengues et d'un sénat coutumier

Si la Guyane doit devenir autonome sur le plan politique, elle doit aller plus loin sur le plan de la reconnaissance des peuples autochtones. Outre, la question des terres, c'est la création d'institutions spécifiques comme en Nouvelle-Calédonie mais aussi la reconnaissance du droit coutumier qui doit enfin se réaliser.

- la création d'un Grand Pôle Culturel à Cayenne et d'un vrai théâtre

Le manque d'ambition qui se lit à tous les niveaux dans la politique locale se retrouve dans la politique culturelle. La création du Grand Musée à la place de l'ancien hôpital Jean Martial devrait enfin voir le jour pour créer un lieu qui fasse parler positivement de la Guyane, qui soit symbolique et signifiant comme l'est le centre culturel Jean-Marie Tjibaou ou le Mémorial ACTe qui font rayonner la Nouvelle-Calédonie et la Guadeloupe. Il ne sert à rien se plaindre en permanence de l'image extérieur de la Guyane si c'est pour ne rien faire pour la valoriser.

A la suite, l'ensemble du bâtiment Franconie pourrait être rénover pour créer une belle et moderne médiathèque au moins au niveau de celle que l'on trouve maintenant dans n'importe quelle métropole de province.

Enfin, une politique ambitieuse en matière de théâtre apparaît nécessaire à commencer par de vrais locaux pour le théâtre de Macouria qui pourrait prendre une vrai ampleur à cette occasion. Pour qui a déjà fréquenté le théâtre du Peuple à Bussang avec son fond de scène ouvert sur la forêt, on se plaît à rêver d'une pareille structure tout en bois amazonien qui s'ouvrirait sur la forêt équatoriale.

- Permettre à la Guyane d'avoir une politique diplomatique autonome

Il s'agit ici de permettre à la Guyane de nouer des partenariats avec son environnement régional sans que nécessairement tout passe par Paris. Cela pourrait même aller plus loin.

Lorsque l'on voit les besoins en main d’œuvre de certains territoires francophones comme le Québec, pourquoi ne pas travailler sur la création d'une agence sur le modèle de LADOM qui permettrait aux jeunes guyanais dont on sait qu'ils ne pourront pas tous être absorbés par le marché du travail guyanais de partir au Québec ?

- Mettre en place la gratuité des transports publics

Dans un territoire marqué par le développement tout-voiture et totalement sous-équipé sur le plan des transports publics, un investissement massif au-delà du seul bus à haut niveau en construction à Cayenne est indispensable notamment à Saint Laurent.

Au-delà, pour limiter la circulation automobile qui devient un problème majeur et inciter la population à prendre les transports a fortiori une population pauvre comme celle de la Guyane, la gratuité des transports déjà mise en place avec succès dans de nombreuses collectivités apparaît une orientation très pertinente pour le futur de la Guyane et sans doute moins coûteuse à terme que le développement exponentiel de l'automobile qui s'y profile.

  • Faire de la Guyane la Suisse de l'Amérique du Sud

A terme, c'est une véritable réflexion sur le positionnement de la Guyane dans son environnement géopolitique qui apparaît nécessaire. Pour le moment, celle-ci se limite à vouloir en faire une « île » fermée tout en subissant la réalité de frontières fictives.

Du point de vue économique, le niveau de vie de la Guyane rend illusoire l'ambition d'en faire une puissance industrielle au regard de son environnement régional plein d'une main d’œuvre à bas coût.

Dès lors, pourquoi ne pas réfléchir et investir sur un modèle de haut-niveau de service comme la Suisse au sein de l'Europe. S'il n'est pas certain que le modèle financier suisse soit transposable, certaines pistes pourraient se dessiner comme faire de la Guyane un pôle éducatif attractif pour les élites sud-américaines ce qui suppose d'investir pour développer des formations de haut niveau bi voire trilingues. Le développement d'établissements de santé de très haut niveau pourrait être aussi un pôle d'attractivité. De même par le développement d'un pôle culturel à rayonnement international comme déjà évoqué. Enfin, faire de la Guyane un hub entre Europe, Antilles et Amérique de Sud nécessiterait sans doute des investissements importants mais qui pourraient se révéler rentables si les choses étaient faites correctement.

- faire de la Guyane une destination touristique de référence

Venir faire du tourisme en Guyane lorsque l'on ne vit pas ici relève de la gageure. Prix élevés, infrastructures défaillantes, confort limité, le touriste qui aurait écarté l'image catastrophique que véhicule la Guyane devra ensuite franchir un certain nombre d'obstacles avant de profiter des merveilles de la Guyane.

Pour enclencher une dynamique plus positive, des investissements apparaissent nécessaires pour renforcer l'attractivité touristique du territoire.

En premier lieu, il faudrait dynamiser les îles du Salut, le joyau du territoire qui combine île paradisiaque et richesse historique. Pour cela, la création d'un bâtiment culturel sur place dans les anciens ateliers ou dans l'ancien asile permettrait de dynamiser l'île Royale par la création de spectacles divers. Surtout, la création d'un pont suspendu entre l'île Royale et l'île Saint Joseph permettrait d'agrémenter le séjour en permettant aux touristes de passer facilement de l'un à l'autre permettant notamment aux résidents de profiter le soir de la plage de l'île Saint Joseph. Surtout, la construction d'un ouvrage d'art reconnu permettra de faire la publicité des îles et d'en renforcer considérablement l'attractivité et la visibilité à l'international.

- intégrer le Suriname dans l'Union Européenne

S'il est une idée qui peut paraître iconoclaste vu de Paris, c'est bien celle-là. Pourtant, vu de Saint Laurent du Maroni, elle apparaît beaucoup moins saugrenue que d'intégrer le Monténégro.

Au regard des liens très forts entre le Suriname et les Pays-Bas et son absence de frontière réelle avec la Guyane, cette intégration n'apparaît pas totalement absurde. Elle renforcerait la position de l'Union Européenne en Amérique du Sud au détriment de la Chine notamment très présente au Suriname.

Surtout, elle permettrait d'atténuer plusieurs problèmes de la Guyane notamment l'immigration irrégulière, l'orpaillage illégal et le trafic de drogue tout en permettant une baisse des prix par l'importation des produits surinamais moins chers mais aujourd'hui qui ne respectent pas les normes UE. Cela serait particulièrement vrai pour les prix de l'essence surtout avec le développement annoncé de l'industrie du pétrole au Suriname. Ce serait enfin, l'ouverture pour la Guyane d'un marché à conquérir et porteur de perspectives de développement économique.

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