A une semaine du second tour de la présidentielle, le pays est plongé dans la plus grande des confusions. Les deux qualifiés jouent au jeu du chat et la souris, Marine Le Pen multipliant les "coups" souvent nauséabonds et Emmanuel Macron étant incapable de proposer une vision d'ensemble qui dépasse les poncifs. La finale se présente sous les pires auspices.
Indéniablement, la personnalité de l'ancien ministre de l'Economie est du pain bénit pour la leader de l'extrême droite. Jeune, "techno parisien", totalement éloigné des réalités populaires, mélangeant dans le propos force et mièvrerie, Européen convaincu, il offre des angles d'attaque inespérés pour Marine Le Pen (d'autant que son discours de premier tour était calamiteux). Et de façon très maladroite, les partisans de Jean-Luc Mélenchon - en tout cas, une frange d'entre eux - ont emboité le pas en disant ne pas vouloir voter pour un "banquier" soutien de la mondialisation libérale.
Même si très peu de mélenchonistes (on parle de 15 %) devraient, au final, voter FN, la convergence des deux discours est frappante (et inquiétante). C'est en partie la responsabilité du leader maximo d'avoir manqué au clarté au soir du premier tour, en n'indiquant qu'il allait voter, à titre personnel, pour Macron et contre Le Pen. S'agissait-il pour JLM de préserver une unité interne chez les Insoumis fortement menacée ? Toujours est-il que Mélenchon a été un ingrédient de cette confusion.
A quoi cela peut-il nous mener ? Bien malin qui pourrait le savoir à 8 jours du scrutin... Il est fort probable que la fille Le Pen fasse plus que doubler le score de son père en 2002 (18 % des voix). Si elle dépasse les 40 % et frôle les 45 %, elle installera son parti - qui vient d'absorber Debout la France - aux avant-postes de l'opposition. Et comme Macron a peu de chances d'avoir une majorité stable, le FN va devenir une force d'instabilité permanente.
Certains rêvaient d'un phase à la Chaban (1969-1972) où les lignes se repensent, où une nouvelle société s'invente. On risque plutôt d'être enlisé dans la IVe République avec un pays qui pourrait s'enfoncer dans la division et la violence. Triste perspective !