Des violences policières pendant la manifestation organisée pour les dénoncer

A 17 ans, je suis allée pour la première fois à une manifestation politique : celle organisée par le Comité Adama à Paris le mardi 2 Juin, et la manière dont elle s'est déroulée a donné raison à notre cause. Les violences policières sont réelles et en hausse donc il ne faut pas rester silencieux face à l'injustice et l'oppression.

photo de Noélie Desbois prise par Antonin Berlemont durant la manifestation contre les violences policières photo de Noélie Desbois prise par Antonin Berlemont durant la manifestation contre les violences policières

Je me suis rendue à la manifestation du 2 Juin malgré son illégalité, pour protester contre certains comportements policiers injustement violents et souvent impunis. Je ne nourris aucune haine contre la police, mais elle est censée nous protéger et a de lourdes responsabilités entre ses mains. Il est donc intolérable qu’il y ait des abus de pouvoir et de l’acharnement sur des innocents qui entraînent la mort de 10 à 15 personnes par an en moyenne, et qu’un tiers des assassins s’en tirent sans encombre : aucune condamnation n’a encore donnée lieu à une peine de prison ferme. 

Surtout que les minorités subissent généralement plus de contrôles, d’arrestations et sont condamnées plus lourdement que les autres. Je suis pour ma part blanche et j'ai pu observer de nettes différences de traitements en comparant mon expérience à celle de mes amis racisés. Les forces de l’ordre sont couvertes par la Justice qui devient injuste, et les médias n’en parlent pas assez : j’ai découvert avec surprise le caractère courant et extrême de ces altercations via les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. J’ai donc été scandalisée qu’Eric Ciotti propose une loi qui interdirait leur diffusion, prouvant ainsi la volonté de l’état de protéger des criminels, tout en portant gravement atteinte à la liberté d’expression. 

Le déroulement de la manifestation a donné raison à ce que j’avais vu sur internet jusqu’ici. Bien que parmi une foule entièrement pacifique au départ, je me suis retrouvée à être gazée à plusieurs reprises. J’ai voulu m’éloigner de la manifestation, mais nous étions encerclés par des barrages de CRS sans possibilité de sortie pendant près de trois heures. Cette méthode de piège n’est ni de la défense ni une tentative de ramener l’ordre, mais ressemble plutôt à une stratégie de guerre offensive. D’autant que je ne saisis pas son but puisque si la police voulait stopper le rassemblement elle devrait nous laisser fuir. 

J’ai vu des enfants se faire gazer et se réfugier dans des immeubles ou des buissons, une amie recevoir du gaz lacrymogène directement dans les yeux et perdre connaissance alors qu’elle avait simplement posé un genou à terre pour apporter un soutien symbolique aux victimes, des personnes inoffensives se faire plaquer violemment au sol, et une petite dizaine de CRS ont pointé leurs lanceurs de flash ball sur mes amis et moi, à une distance d’à peine trois mètres, alors que nous étions simplement réfugiés dans un parc… 

Je comprends ces méthodes face aux individus dangereux et destructeurs car malheureusement il y en a eu parmi les millitants, mais les casseurs représentaient à peine quelques dizaines de personnes sur plus de 20 000 civils inoffensifs et pris au piège… Il y a encore quelques années les casseurs se faisaient simplement immobiliser, arrêter et embarquer par les autorités pour être traduits en justice, car c’est là la réponse appropriée d’un état censé représenter l’ordre. Aujourd’hui, l’affrontement se déroule sur un plan physique, c’est la loi du plus fort, c’est un crescendo de violence qui ne règle rien, c’est tellement insécurisant et indigne de la France… D'autant plus que les premiers casseurs de ce rassemblement se sont avérés être des policiers déguisés, dans le but de décrédibiliser notre cause et de générer le chaos pour obtenir l'autorisation de sortir leurs armes, là où leur devoir serait de calmer le jeu. C'est si malhonnête et aberrant qu'ils reçoivent de telles directives.

Le gouvernement devient oppressif sous Macron. Il a réinstauré les policiers voltigeurs durant les manifestations de gilets jaunes, alors qu’ils étaient interdits suite à la mort de Malik Oussekine en 1986. Les lanceurs LBD sont également devenus le nouveau signe de la répression policière depuis les années 2000, et l’on sait que ces armes peuvent être mortelles si elles sont mal utilisées, tandis que de nombreux pays décident de les bannir pour leur dangerosité. La police et particulièrement les CRS sont formés à l’offensive, et les tensions et les débordements augmentent au lieu d’être stabilisés. 

La vérité c’est que les politiques de plusieurs pays du monde sont devenues plus répressives cette année par peur, car la population commence à sérieusement se mobiliser pour dénoncer des problèmes de fond qui restaient trop banals et protégés jusqu’ici. Tel est le cas pour la Chine et Hong Kong bien sûr mais encore le Venezuela, le Brésil avec Bolsonaro, la France, et Donald Trump qui a annoncé son intention d’envoyer l’armée mater les manifestants, et qui réduit sensiblement la liberté d’expression sur des réseaux sociaux comme Twitter alors même qu’il est président du pays des libertés… 

Il ne faut pas se laisser museler par ces régimes qui se durcissent et continuer de lutter pour faire entendre nos avis et obtenir un monde meilleur, car celui-ci nous appartient, et que le temps des changements semble venu.

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