Lubrizol - L’humeur des consommateurs...

Un gars arrive vers moi avec un micro TF1 baissé, moment repérage. Il a trente ans par là et il est cool, il me dit, je vois que vous vous cachez le nez, est-ce que vous êtes inquiète ? Il débute peut-être. Je réponds poliment que c’est peut-être pas trop la question...

Sur la place où a brûlé Jeanne d’Arc ça sent tant le pétrole que si je fumais encore j’hésiterais à sortir un briquet. Sur le marché j’achète un Neufchâtel en souvenir du temps où y en aura plus, j’ai le foulard sur le nez, ça commence à monter à la tête, y a pas foule mais il faut dire qu’il pleut et que ça pue vachement, je vise des patates.

Un gars arrive vers moi avec un micro TF1 baissé, moment repérage. Il a trente ans par là et il est cool, il me dit je vois que vous vous cachez le nez, est-ce que vous êtes inquiète ? Il débute peut-être. Je réponds poliment que c’est peut-être pas trop la question, il demande par exemple est-ce que vous regardez la provenance de ce que vous achetez, je lui demande pourquoi il me demande ça, il me dit on prépare un reportage pour le 13h sur l’inquiétude des gens à Rouen concernant la consommation des produits locaux, je lui réponds alors votre reportage il est déjà contenu dans le titre, il me dit non, on interroge toutes sortes de gens très différents, je lui dis o.k. mais ça va forcément rien donner à part ce que vous attendez c’est pas du journalisme.

Il reste calme, il a l’air d’être au courant que ça n’a rien à voir, je dis l’inquiétude c’est quand-même pas le sujet, il dit si parce que les commerçants ils observent une baisse de clientèle, je lui dis sans blague, je dis ouais mais c’est pas ça le sujet, à Rouen, l’inquiétude, je sais pas pourquoi je ne lui dis pas au-revoir tout de suite je lui dis les légumes ici ils arrivent de Rungis, est-ce qu’il a été voir aux fromages, il dit qu’il y a été, justement déjà, et il a l’air de reprendre confiance dans son sujet avec la question du fromage, à cause des producteurs locaux, en effet, en effet, mais ici les vendeurs ne sont pas producteurs, ce sont des vendeurs de tout et ils ont aussi du comté, du gruyère, de la tome de Savoie et du Saint Nectaire etc etc.

Mais ça je ne le dis pas je lui dis si vous voulez savoir ce qui se passe avec les produits locaux allez voir les marchés de village sur le plateau, et pas celui-là où presque tout vient de Rungis et où il n’y a pas de paysans, allez à Buchy par exemple, c’est le lundi matin, là il y a de l’enquête à faire à Buchy et c’est pas l’inquiétude, c’est la réalité. Il me demande si je voudrais bien aller parler devant la caméra, je lui dis non merci, ça doit être aussi bien pour lui, ils auraient dû couper au montage, c’est évident que je ne suis pas d’humeur.

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