Arno Calleja va dans ta tête

Dans La performance il y a des quantités et des qualités sans commune mesure, en vérité rien de commun avec le vulgaire mais rien non plus qui soit au-dessus ni même à côté ou un peu plus loin. Il n’y a vraiment rien de fumeux ni de fumant, ni calorifique ni calorifère, il y a du carcinogène et de l’oncologique, oncques il n’y a de petit enfant différent de l’adulte.

La sœur du frère est la mère mais aussi la fille et la sœur d'une sœur et au fond tout de même une fille carrément seule, le frère de la sœur est l' oncle de l’enfant de la sœur, un si près que ça ne se fait pas, sauf avant, quand on pouvait supporter la Lolita de Nabokov ou l'amour enfant dans Tony Duvert, bien qu’on ne puisse pas dire que ce soit le sujet ou le style, mais en réalité dans ce roman en miroir sans tain c'est le refus d’une distance entre le sujet et la manière, entre une enfance et puis après, l’enfance ne se perd pas, elle est tout le temps dans l'adolescent et l’adulte et elle parle de choses beaucoup plus graves, la poésie sans réserve, pas là où c’est écrit mais dans ce qui n’est pas digérable, qui sort de l’organisme.  

Marseille dans le cerveau, Arno Calleja va dans ta tête, il voit bien combien c’est dur et il te pousse à aller voir la complexité de l’affaire, alors que tout ce qu’il dit est beaucoup plus simple, jamais encombré de vocabulaire, aucun vocabulaire superflu, le cerveau est directement branché sur lui, sur le corps, dans sa bouche qui prononce tous les mots écrits, pas de différence entre les mots écrits et les mots de la bouche et pas entre bouche et cerveau, tout ça la même pure clarté lumineuse hors bourgeoisie et hors peuple et hors toute société, la famille en miettes dès le début, mais la liberté dans les éléments, eau, pierre, mer, ville et qu’est-ce qui concerne ? le 11 septembre ? la lutte des classes ? le cancer ? le salariat ? Tout ça peut se passer de toi. Mais pas ta petite naissance qui oblige à pas s’en raconter et à vivre et vivre à fond, toujours dans la grouille. 

Arno Calleja La performance, collection extraction, editions joca seria, 112 pages 14 €

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