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Billet de blog 14 mai 2018

et la fac elle est à qui ?

noemi lefebvre
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et la fac elle est à qui ? © STUDIO DOITSU

- Vous êtes étudiants ?

- Ouais !

- Montrez-moi votre carte !

- Bah non !

- C’est comme ça dépêchez-vous

– Bah voilà, voilà…

- Ah ouais vous êtes étudiants vous rentrez pas !

- Comment ça on rentre pas ?

- La fac c’est fermé pour les étudiants

- Comment ça ?

- les étudiants à la fac ils foutent la merde vous avez pas remarqué ?

- Euh mais je comprends pas là c’est fait pour quoi la fac ?

- C’est pas fait pour vous bande de petits cons

- Oh mais la fac elle est à qui ?

– Elle est à nous. Tu dégages.

Hé là Hé là vous ! montrez-moi votre carte !

- Mais je suis du personnel administratif !

- Vous laissez entrer le personnel administratif ?

- Ouais regardez : vous êtes administratif ? Bah entrez !

– Oh mais !

- Et vous vous êtes qui ?

- Moi je suis maître de conférence

- Vous voulez dire quoi par là ?

- C’est prof si vous voulez, mais moins gradé.

- OK bon passez

- Ah la la les flics devant la fac maintenant

- Quoi vous soutenez les bloqueurs ?

- Les bloqueurs grand dieu non ! Bien sûr ils ont absolument raison sur le fond mais je les soutiens pas ! Sur le fond ils ont raison parce que ça fait plus de trente ans que l’université devient une entreprise néolibérale, que les étudiants sont dirigés vers la résignation progressive à l’avenir sans avenir d’une société où la réussite s’évalue en points de retraite, laissez-moi vous dire que j’ai fait un cours sur mai 68 alors je connais la musique, j’en étais à lire mon power point “grand A “un conflit social”, grand B “un conflit politique” , c’était quand il y avait les migrants à la fac, j’ai laissé les étudiants interrompre mon cours sur 68, un de mes préférés, pour qu’ils fassent leur annonce d’Assemblée Générale, j’ai autorisé leur annonce évidemment à condition que ça ne perturbe pas le bon déroulement de la séance, donc cinq minutes chrono, j’allais pas quand-même vider mon amphi pour les migrants, hein, bien que je fasse aussi un cours sur les migrations mais ça n’a rien à voir, parce que c’est pas dans ma fac, voyez, alors que la présidence a été déjà très généreuse, parce que ça devenait tendu cette histoire de migrants, vous trompez pas je suis quelqu’un d’engagé, je suis comme on dit un intellectuel et je suis contre le fascisme, évidemment, et sans non plus vous traiter de fasciste, hein, je suis contre le principe d’intervention de la police dans l’université, c’est quand-même pas normal et c’est vraiment dommage qu’on ait dû en arriver là, mais bon c’est à cause de la sécurité, je suis pour sécuriser bien que pas pour l’Etat sécuritaire ni pour ce qui est en train de se passer avec cette loi pour la sélection parce que là on touche le fond mais en même temps je préfère fermer ma gueule, j’ai des collègues c’est pareil, ils sont pas d’accord avec tout ça hein mais bon ils supportent assez bien la contrainte et moi aussi je me plie aux demandes les plus stupides sans trop y penser parce que finalement je suis payé pareil et puis je n’ai pas d’enfant dans les manifs et je n’ai moi-même pas été pris dans des nasses et pas non plus contraint de respirer des lacrymos, je suis entièrement séparé, je veux dire physiquement, du conflit en cours bien que j’aie une idée mais je préfère m’abstenir pour ménager les différentes parties et on verra bien si les étudiants arrivent à faire bouger les choses malgré la répression policière et s’ils résistent aux coups et aux interpellations et aux menaces sur leurs examens et aux évacuations musclées, s’ils arrivent à faire plier non seulement la présidence mais aussi le ministère et bah nous là on les suivra hein c’est normal on leur dira qu’on a toujours été d’accord au fond, mais en attendant moi je dis rien, même si je suis hyper tranquille parce que je suis titulaire, qu’est-ce que je risque à m’opposer à cette réforme complètement absurde qui permet de liquider ce qui a dû être à une époque ou une autre le but même de l’enseignement supérieur, à savoir donner les moyens d’apprendre et de penser ? Voilà tout ça est vraiment terrifiant mais bon je sais pas si vous avez lu La Boétie

- Qui ?

- La Boétie, bon c’était en lecture obligatoire cette année en licence, les étudiants qui l’on lu, forcément ils voient bien que je suis du côté de la servitude volontaire.

- Quoi ?

- Je suis servile, si vous voulez.

- Ah bah alors rentrez

Et vous vous êtes qui ?

- Moi je suis vacataire

- C’est quoi ça ?

– Enseignante précaire

- Bah si vous êtes précaire alors vous avez tout à perdre

- Ouais

- Donc vous êtes mobilisé

- Ouais

- Donc vous rentrez pas. L’université c’est pas pour foutre la merde !

- Bah Attendez, là…

- On rentre pas, je vous dis !

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