balade à Montperrin

Drone

Au-dessus de la blanchisserie tourne actuellement un drone en continu. Il participe au programme santé-vigilance lancé à titre expérimental au-dessus de trois établissements psychiatriques, Montperrin, Sainte Anne et Vinatier, la surveillance aérienne permet de voir le sommet du crâne des patients sur lequel est parfois posé un chapeau, et de suivre ce sommet ou ce chapeau afin d’informer le service de surveillance de tous les déplacements. Si un crâne ou un chapeau se perd dans les allées de l’hôpital, le drone le repère et envoie un signal au Service de surveillance de tous les déplacements, le SSD envoie un signal au Centre national d’information sur la santé mentale du ministère, le CNISM va mettre à jour les données en temps réel et établir des tendances qui son elles-mêmes confiées au ministère de l’intérieur. Ainsi pouvons nous dire, grâce aux drones de Montperrin, que trois crânes se sont arrêtés simultanément devant la blanchisserie il y a deux heures, qu’un chapeau est passé au large de la blanchisserie ce matin à 8h36, et qu’un type dont on ne sait pas si c’est un crâne ou un chapeau est en train de se demander ce qu’il fait là devant la blanchisserie d’un hôpital psychiatrique.

C’est beau

C’est beau, je sais que c’est beau, je ne peux pas ne pas le dire, il y a tant de beauté que je suis bouleversée, telle que je suis aujourd’hui, à cet endroit, c’est un bouleversement profond de toute mon âme et de toute ma personne, en entier, je veux dire de la tête aux pieds en passant par les genoux, le ventre et les épaules et les autres parties de ce corps qui est le siège de mon âme et peut-être même que ce corps est exactement mon âme, ni plus ni moins, et que mon âme n’est pas dans un corps mais un corps qui est mon corps, jusqu’à preuve du contraire, la preuve n’étant pas toujours nécessaire en toute chose et certainement moins encore lorsqu’il est acquis, car cela est acquis, du moins dans une certaine mesure, que les vérités ne sont pas toujours réunies en une seule mais sont toujours au moins quatre, comme je l’ai souvent entendu dire par des gens bien informés, lesquels ne ne démentiraient certainement pas l’observation que je peux faire, moi, au milieu du cosmos, appuyée sur ma culture, une montre à laquelle le droit et la religion ne s’adaptent jamais, que c’est beau, en effet, ici.

Pourquoi il faut être propre

C’est important d’être propre. Sinon c’est sale. C’est très sale même, parce qu’un peu sale est déjà dégoûtant. Quelqu’un de sale est dégoûtant tandis que quelqu’un de propre est agréable, il sent bon, si ça sent bon le propre c’est agréable. Si ça sent bon souvent c’est bon, quelqu’un de propre est agréable est bon, quelqu’un de sale est moins bon et plus désagréable, voir carrément mauvais, il sent mauvais, ça c’est pas bon. Ici on est propre et même nickel, on se lave tout, pas seulement ce qui se voit, tout tout tout, même les dessous, les dessous sont propres, les dessous comptent aussi. Quand on arrive ici parfois on se sent pas bien, on se sent sale, parfois on se sent seul et sale, si autrui fuit c’est qu’on pue, alors on s’éloigne d’autrui qui sent bon pour sentir mauvais dans une immonde solitude. Du coup, quelqu’un vient et dit : à poil ! allez, à la douche ! et il te lave et tu te sens moins seul, il te frotte partout et tu te sens de moins en moins triste, il te fait même les ongles et les oreilles et socialement, franchement, tu resplendis, c’est pas pour la beauté, c’est surtout psychologique, il faut être propre pour la psychologie, c’est moral.

Ce que vous ne savez pas

Vous avez ici un agréable jardin exotique, créant une atmosphère, sentez l’atmosphère. On dirait Constantinople, on dirait Tunis, on dirait Ajaccio, on dirait le sud, le voyage colonial, des vacances élégantes, une villégiature, voyez ces oiseaux bleus et ces beaux bungalows, mais ici je vous dis c’est pas du tout les vacances ni les vieilles colonies, ici c’est carrément l’armée, la bouffe est dégueulasse, on est tout le temps emmerdé par les autres, on peut même pas se baigner parce qu’il n’y a pas de mer, même pas de piscine, le casino on n’y va jamais et les jeux qu’on nous fait faire faut voir, des puzzle, le scrabble, la télé été comme hiver toujours les mêmes chaînes, pour les soirées danse merci, c’est couvre-feu à dix heures et tout le monde au lit, le personnel n’a aucun style, quand on appelle le service en chambre pour avoir je ne sais pas moi, des fruits frais, une bouteille de champagne, un petit massage, ils vous regardent même pas et ils répondent c’est pas l’heure du goûter et y a pas de fruits frais ici c’est la compote et pour les massages il faut voir avec le médecin si vous avez besoin de séances de kiné.

Lacan.

L’homme contemporain entretient une certaine idée de lui-même. Parce qu’il faut savoir ce que ça veut dire, un autre. Nous avons tous tendance à croire que nous sommes nous. Les besoins d’un crabe ne sont pas ceux d’un lapin, et l’un ne s’intéresse pas aux mêmes choses que l’autre. Cette machine n’est pas ce que le vain peuple pense. Il y avait donc des horloges. C’est dissymétrique, ça ne colle pas. L’important n’est pas de démolir la conscience – nous ne cherchons pas ici à faire de grandes dégringolades de vitres. Le sujet est personne. L’homme, après Freud, c’est ça. Je sais que c’était notre première rencontre, et que l’on a toujours quelque difficulté à nouer un dialogue. C’est toujours dans l’autre qu’est le système. Ce n’est pas facile de boucler la boucle. Est-ce que les abeilles savent la géométrie ? Tout ce qui se dit là on sait jamais si ce n’est pas du déconnage. En plus, il y a du sens qui se fait prendre pour le bon sens, par dessus le marché, pour le sens commun, c’est le sommet du comique, à ceci près que le comique ne va pas sans le savoir sensible dans ce qu’il énonce. L’animal est une machine bloquée. C’est une machine dont les paramètres ne peuvent plus varier.

Art contemporain

Lorsque la lumière bleue sort de la bouche du cheval, les flocons de polystyrène sont soufflés d’un canon et tombent en neige sur un tapis de verdure et les quatre cloches à vache sont actionnées par un mannequin de magasin vêtu d’une culotte de cuir. Le fauteuil en osier inviterait à s’asseoir pour méditer si sur ce fauteuil n’était pas déjà installé un squelette de métal tenant une pipe en bois. Toutes les dix minutes une photographie est prise par le squelette, du cheval soufflant, le visiteur étant invité à s’allonger sur la verdure pour lire une pensée originale du cheval de Freud écrite par un authentique petit Hans.

C'était l'atelier au 3bisf, en 2014, avec Jean-Luc

À toi mon ami

On s'amusait bien.

 

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