politique de l’âme

- Tu sais j’ai réfléchi à ce que tu m’as dit

- Qu’est-ce que je t’ai dit ?

- Ce que tu m’as dit sur les flottements de l’âme

- Qu’est-ce que je t’ai dit ?

- Que ce sont des doutes du sentiment

- Oui et alors ?

- Que ce n’est pas du vague à l’âme. Tu m’as dit que les flottements de l’âme ça n’a rien à voir avec le vague à l’âme

- En effet, c’est différent

- Tu as dit que le vague à l’âme était un état de mélancolie, plus ou moins maladif, dû au désœuvrement, à l’ennui ou à la solitude

- J’ai dit ça ?

- Oui tu as dit ça, tu as dit que le vague à l’âme était un truc de fille

- Quoi ?

- Oui t’as dit que c’était les filles, le vague à l’âme

- Ça m’étonnerait que j’aie dit ça, c’est pas mon genre

- Enfin tu as dit ça, le vague à l’âme est un état plus ou moins maladif de mélancolie dû au desœuvrement et à la solitude, et tu as ajouté on voit bien Madame Bovary

- J’ai dit Madame Bovary, j’ai pas dit un truc de fille !

- Tu l’as pas dit d’accord, mais la mélancolie dûe au désœuvrement dans la solitude maladive de l’ennui, c’est clair que dans le cas de Madame Bovary, c’est un truc de fille

- C’est toi qui le dis, moi je ne l’ai pas dit.

- Je remarque que Madame Bovary est une fille. Quand-même.

- Et alors ? C’est une fille c’est une fille, oui et non !

- Si, c’est une fille

- Enfin d’abord c’est une femme et en plus c’est un personnage et en plus elle a jamais existé, c’est un type, si tu veux

 

- D’accord, un type qui s’appelle Madame Bovary

 

Moi je dis, c’est le contexte qui envoie quelqu’un dans un état de solitude et d’ennui et de mélancolie plus ou moins maladive

- C’est à dire ?

- Le paysage, par exemple, c’est un contexte. Ou le chômage. Madame Bovary, ce type, par exemple, il est dans un contexte paysager qui le rend maladivement mélancolique. Parce que qu’est-ce que tu peux bien faire à Yonville l’Abbaye ?

- Je sais pas moi, un travail ?

- Mais quand t’as pas de travail ? Par exemple parce que tu es au chômage ou que tu es Madame Bovary et que ce type est une fille du XIXe siècle ?

- Je sais pas moi, aller au marché

- C’est qu’une fois dans la semaine, le marché

- Faire de la couture…

- O.K.

- Se promener au bord de la rivière…

- Tu vois, ça c’est très beau, la rivière, mais c’est pas forcément efficace contre le vague à l’âme

- D’accord pour la rivière, je sais pas… lire des livres ?

- Oui mais les livres ils te font comprendre des choses qui sont impossibles à Yonville L’Abbaye, ils te font surtout voir ce que tu ne peux pas devenir à Yonville L’Abbaye

- Etre heureux ?

- Ha ha

 

Le vague à l’âme c’est un flottement de l’âme qui s’est jeté. Voilà ce que je me dis.

- Comment ça ?

- Le vague à l’âme est un état d’âme qui ne flotte plus, ou si tu veux il est continu dans le flottement parce qu’il s’est jeté dans les vagues, c’est une façon de persévérer quand-même dans son être quand on est empeché de persévérer dans son être à cause d’un contexte, par exemple Yonville L’abbaye. Ou le chômage…

- Ça flotte dans le vague

- Voilà. Mais pourquoi ?

- Je sais pas, moi

Tu as dit que les flottements de l’âme, c’était l’état de l’esprit qui nait de deux sentiments contraires qu’on éprouve en même temps concernant un même objet, ou un même corps. C’est bien ça ?

- Oui enfin c’est Spinoza qui dit ça…

- D’accord mais tu es d’accord ?

- Disons que je trouve cette idée intéressante

- Tu dis que les flottements de l’âme ont des conséquences sur les actions

- En effet

- Tandis que le vague à l’âme n’a pas de conséquence sur les actions.

- Non

 

- Eh bien je suis d’accord

 

- Je suis d’accord, mais c’est pas parce que le vague à l’âme est un truc de fille

- J’ai jamais dit que c’était un truc de fille

- Disons une maladie psychologique du genre de Madame Bovary

- Merde, tu recommences ?  

 

- Le vague à l’âme, c’est perséverer quand-même dans son être quand on ne peut pas persévérer à cause d’un contexte.

 

Et ça c’est politique.

 

CQFD.

politique de l'ame © STUDIO DOITSU

http://www.raison-publique.fr/article702.html

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